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Quelle vision du développement après 2015 ? (10/02/2013) - par Philippe HUGON pour l’Académie des sciences d’outre-mer

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Les résultats des OMD

Les ODD définis en 2000 pour 2015 ont été globalement atteints en terme de baisse de 50% de la pauvreté absolue, de scolarisation primaire proche de 100%, d’équité par genre de la scolarisation. Ils ont été dépassés pour l’accès à l’eau potable (baisse de 50% du non accès), de la population exclus de quartiers insalubres (200 millions contre 100 millions comme objectifs) mais ils ont été inférieurs en termes de baisse de la mortalité naturelle (la moitié contre ¾ pour les
objectif) et de mortalité infantile (baisse d’1/3 contre ¾ au niveau des objectifs). Ces moyennes résultent d’évolutions très divergentes entre les pays émergents et les pays pauvres à forte croissance démographique. Ils apparaissent insuffisants face à la pluri dimensionnalité des processus de développement.

Les nouveaux enjeux du développement :

Le monde a changé depuis le début du XXIème siècle. Aux relations cardinales et binaires Nord/Sud s’est substitué un monde tripolaire entre pays industrialisés en crise, pays émergents et pays en développement ou Etats failli. Il y a eu basculement de la richesse et de la puissance vers les pays émergents. Les enjeux environnementaux ont pris une importance croissante avec la responsabilité commune mais différenciée des pays notamment pour les questions climatiques ou l’empreinte écologique. Le modèle carboné, énergivore, à obsolescence rapide des produits des pays occidentaux apparait de moins en moins comme le modèle de référence supportable par la planète. La financiarisation du capitalisme mondial se heurte aux nécessaires régulations. La mondialisation accélérée s’accompagne également de forts replis identitaires et de confrontation des systèmes de valeurs et d’absence de convergences des préférences collectives. Les échecs des conventions internationales (ex du climat) montrent les oppositions de préférences collectives et la priorité donnée aux adaptations et résiliences face à la prévention des catastrophes.

Les risques des ODD (objectifs du développement durable)

Les OMD conduisaient à un relatif consensus de la communauté internationale et étaient perçus en termes de rattrapage des pays du Sud par rapport à ceux du Nord. Ils ne remettaient pas en cause les préférences collectives des pays du Nord et traitaient les pays émergents comme des pays en développement. Les ODD visent des objectifs beaucoup plus larges et moins consensuels.

Les objectifs sont multiples : sécuritaires, droits de l’homme, environnement d’où la volonté d’introduire de nouveaux objectifs en termes de libertés publiques, d’environnement et d’élaborer des objectifs de développement durable (ODD). Or il y a conflits de valeurs sur les libertés ou les priorités environnementales. Les objectifs du développement durable ne peuvent être consensuels puisqu’ils expriment des tensions et des conflits entre l’efficience économique, l’équité sociale, la soutenabilité écologique et la sécurité liées aux libertés publiques.

Quels objectifs et quels indicateurs de développement durable ?

Les objectifs doivent être concrets, concis, faciles à comprendre, en nombre limité, simples, comparables, universels et chiffrables tout en étant ambitieux d’envergure et intégrant les spécificités des pays en développement. Il faut des indicateurs mesurables permettant de confronter pour les bailleurs des résultats et des objectifs selon un échéancier programmé. Or la question de la mesure est rendue très délicate pour beaucoup d’objectifs. Il y a contradiction entre la pluralité des trajectoires et la complexité des processus de développement et la nécessité d’agir internationalement de manière universelle.

Il n’y a pas de réponses satisfaisantes universelles. Il importe, comme pour les OMD, que soient définis des objectifs de tendance par rapport à des valeurs relatives en % et non des niveaux absolus. Il est souhaitable que les pays industriels et émergents soient impliqués par les objectifs en tant que parties prenantes et non pas seulement comme donateurs par exemples en termes d’empreintes écologiques ou d’émission de CO2. Il est souhaitable que les OMD ne soient pas abandonnés mais complétés par les ODD ce qui suppose évidemment des financements additionnels (fonds souverains, financements innovants, financements privés). Il serait vraisemblablement réaliste de différencier les ODD par grandes zones géographiques continentales ou sous continentales.


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