Accès rapide :

Quelle vision du développement après 2015 ? Pour un bilan de la situation (03/12/2012) par Yves LE BARS, président du CFSI

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

Cette note a été écrite après avoir participé à la première séance des Assises, ouvertes par Pascal Canfin, Ministre du développement, le 5 novembre 2012.

Les documents préparatoires ont été jugés de grande qualité, et les discussions ont montré une réelle volonté d’associer les partenaires dans les négociations en cours, en particulier celle sur la préparation des décisions de 2015 sur les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et les objectifs de développement durable (ODD) : nous avons pu comprendre le processus de cette préparation et donc accru notre capacité à les influencer. C’est un acquis, il est important.

Cette note est cependant motivée par deux insatisfactions :

• la quasi absence d’un bilan de la situation actuelle de la coopération pour le développement, et de la façon dont la France se positionne dans le monde. Qui n’a pas été frappé de la démobilisation des agents qui portent la présence de la France dans le monde en développement ?

• alors que les assises se présentent comme celle de la Solidarité internationale, peu de référence est faite au renforcement de l’esprit et des pratiques de cette Solidarité internationale : l’Etat y a un rôle de facilitateur, de stimulateur. Et à travers elle se construit le support de nos concitoyens à la politique française de contribution au développement.

A ce stade cette note se contentera de proposer quelques pistes en réponse à la première insatisfaction. Pour la seconde le CFSI se propose d’y réfléchir davantage avec ses membres.

Tentative de ce bilan de la situation dans la perspective des Assises

Dans un processus de préparation d’une politique publique, une phase de bilan est nécessaire. Il faut que soient apportées les analyses préalables (état des lieux de la politique française antérieure, et évaluations de son contenu et de ses impacts…) avant d’élaborer les réponses à des questions comme : comment la France agit-elle dans le contexte d’aujourd’hui, comment se prépare-t-elle à affronter les enjeux de demain, et à en trier parti ? Quelle place pour la solidarité internationale ?

Ce qui me semble dominer c’est la contradiction entre la qualité des documents qui avaient été produits, et tout particulièrement du document cadre de 2011, et le découragement de bon nombre des acteurs de la coopération pour le développement. Il est important de comprendre pourquoi.

Voici quelques formules, particulièrement heureuses, extraites du document cadre de 2011 « Coopération au développement : une vision française » :

• L’interdépendance est un fait de la mondialisation, il revient à la volonté politique de la transformer en solidarité active (p. 5) ;

• La coopération doit favoriser une convergence des normes économiques sociales et environnementales qui garantissent l’avenir de la planète (p. 6) ;

• L’enjeu des financements innovants et notamment d’une participation au financement du développement des activités qui tirent le plus profit de la mondialisation (p.7) ;

• La cohérence des politiques publiques devra permettre, dans le contexte européen, de développer des solutions gagnant-gagnant (et de réduire les contradictions éventuelles) entre les politiques de développement et les autres politiques (p. 7) ;

• La France considère la production et l’échange des savoirs, la circulation des idées et la création comme des leviers essentiels du changement (p.7) ;

• Des instruments souples, permettant de travaille dans la durée (p.8) ;

• Le citoyen doit pouvoir trouver sa place dans ce monde qui change. Il doit pour cela avoir accès à des outils pour mieux comprendre et analyser les enjeux internationaux et la politique de coopération, et le cas échéant, qui lui permettront de renforcer son engagement dans la solidarité internationale (p. 10) ;

• Il apparait enfin de plus en plus nettement que le modèle technique et énergétique de croissance qui a permis l’expansion économique des pays industrialisés et le décollage rapide des pays émergents n’est pas généralisable… Il s’agit d’inventer de nouveaux chemins de croissance verte et solidaire à l’échelle mondiale (p. 11).

Pourtant, malgré la qualité de cette feuille de route, les agents de la France dans les pays en voie de développement, rencontrés sur différents continents, étaient il y a peu encore très souvent découragés, le mot est faible. Pourquoi des acteurs clé tant critiques et démobilisés ? Pourquoi tant de repli dans le monde et en France, à côté certes de beaucoup de générosité, en particulier chez nombre de jeunes ?

Il faudrait analyser les obstacles structurels, culturels, les incohérences réelles qui affaiblissent la position de la France dans sa volonté de contribuer à un développement solidaire.

Le bilan évaluatif de la politique française de coopération au développement entre 1998 (date de la décision de regroupement des services de la coopération avec ceux du MAE) et 2010 (date d’approbation du document cadre) confiée à un cabinet d’audit devrait être apportée aux participants des assises.

Quelques pistes de bilan :

• Ce document cadre n’était pas vraiment porté par le ministre des affaires étrangères et européennes, et plus largement le gouvernement et le président de la république. Il formule une ambition qui n’est portée que très partiellement (il faudrait en faire le bilan), à côté de décisions qui vont à son encontre (la révision générale des politiques publiques - RGPP - vécue comme une réduction des effectifs sans relation avec une redéfinition réaliste des objectifs ; la priorité donnée à l’appui aux grands groupes français, aux ventes d’armes…). N’y avait-il pas une pratique du double discours ?
Malgré la réforme du dispositif institutionnel, la politique de coopération est restée isolée, ignorée du reste du dispositif gouvernemental.

• Il sous-estime les forces intérieures et extérieures de l’accumulation des biens, la cupidité, et l’importance de la croissance liée aux prédations environnementales et sociales. Comment stigmatiser par exemple la position du Canada dans les négociations internationales comme à Rio, la toujours forte présence des idées comme celles de F. Hayek dans les sociétés développées…

• Malgré les priorités définies, une dispersion des actions, et une grande difficulté à s’engager dans la durée.

• Une ambigüité dans la relation avec les entreprises privées dans leur contribution au développement : s’agit-il de favoriser la création d’entreprises dans le tissu local, ou de faciliter la pénétration des grandes entreprises françaises ?

• La prise en compte de l’immigration (absente dans la première partie du document) qui privilégie l’angle de la menace sécuritaire. L’absence de référence aux syndicats de travailleurs dans les acteurs internationaux…

• L’absence d’espaces où les différents partenaires auraient pu lever ces contradictions ou insuffisances, avec la disparition du HCCI, et la mise en sommeil du CICID.

• Et enfin l’absence d’une volonté, et d’une politique pour accroître l’esprit et les pratiques de solidarité internationale en France.

Un travail de fond reste à faire, si l’on veut construire une politique de la France dans le monde, cohérente et forte, mais réaliste donc mobilisatrice, portée par un esprit accru de solidarité et par la conscience de notre intérêt bien compris ! Et partagée par tout le gouvernement.

Sans ce diagnostic ces Assises pourraient se limiter, ce n’est bien sûr pas inutile, à améliorer la participation de la société civile aux négociations en cours et à donner un peu plus de place aux ONG dans les financements du développement.


PLAN DU SITE



MENTIONS LÉGALES & INFOS PRATIQUES

Tous droits réservés - Ministère des Affaires étrangères et du Développement international - 2014