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Quelle vision après 2015 pour atteindre les OMD ? (10/02/2013) - par Jean NEMO de l’Académie des sciences d’outre-mer

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La question appelle des réponses au niveau global et des réponses en ce qui concerne les politiques de la France (gouvernement, société civile) pour accompagner ou prendre sa part des orientations retenues au niveau global.

Sur les huit objectifs définis et adoptés en 2005, en simplifiant à l’extrême, plusieurs sont pratiquement atteints, voire dépassés « La cible relative à la réduction de moitié de la pauvreté extrême a été atteinte cinq ans avant l’échéance de 2015, et il en est de même de la cible relative à la réduction de moitié de la proportion de personnes qui n’ont pas d’accès disponible à des sources d’eau potable améliorées. Les conditions de vie de plus de 200 millions de personnes vivant dans des bidonvilles ont été améliorées ; c’est le double de la cible 2020. Le taux d’inscription des filles à l’école est équivalent à celui des garçons, et nous avons enregistré un progrès accéléré dans la réduction de la mortalité infantile et maternelle ». D’autres, en revanche, ne seront pas remplis.

En outre, les disparités sont importantes, entre grandes régions du monde, entre milieu rural et milieu urbain. L’Afrique subsaharienne, par exemple, a vu son taux de « pauvreté extrême » passer de 52 % en 2005 à 47 % en 2008, fort loin de l’objectif global de réduction de 50 %, alors que celui-ci sera dépassé pour les autres grandes régions, à l’exception de l’Asie du Sud.

Les cibles les plus importantes ont été atteintes ou dépassées mais resteront sans doute d’actualité. Il conviendra de les actualiser en fonction des constats et évaluations relatifs à la période antérieure à 2015.

Les objectifs déjà définis, à réévaluer donc pour la période suivante, il conviendra de prendre en considération des problématiques. On citera l’évolution climatique qui appelle réflexion dans ses effets sur le développement.

Ont été absentes des OMD les problématiques relatives à l’ordre économique mondial actuel. Les pays dits « intermédiaires » ou « émergents » prendront de plus en plus de capacités à se positionner dans les échanges mondiaux, il n’en va pas de même pour les pays les plus pauvres. Leur développement est conditionné par leurs ressources d’exportation et leur aptitude à assurer leur sécurité alimentaire.

De ce point de vue, il y aurait probablement lieu de compléter les futures OMD par une clarification de la structure et des modalités de ce que l’on appelle l’ « aide au développement ». Et d’inscrire parmi ces futures OMD des objectifs clairs d’aide.

Les OMD actuelles ont été arrêtées au niveau multilatéral de l’ONU.
Il en sera de même pour les prochaines. Ce qui implique, si la France souhaite peser significativement dans le débat puis les orientations, qu’elle se donne les moyens de le faire. Or son positionnement dans les enceintes pertinentes est rien moins que clair et elle donne souvent l’impression qu’elle parle de plusieurs voix. Ce qui renvoie à un certain nombre d’observations sur les modalités de sa politique d’aide au développement.

Depuis le début des années 1960, nombre de rapports ont été remis aux gouvernements ou aux parlementaires. Ils ont préconisé les mêmes types de mesure : mieux définir les objectifs, les modalités et les moyens de l’aide au développement, simplifier ou à tout le moins mieux organiser les responsabilités et l’appareil de l’aide au développement et de la coopération ; mieux définir la part respective de l’aide « bilatérale » et de celle qui transite par des programmes ou institutions multilatéraux, mieux préciser les priorités géographiques et thématiques. Il n’est pas évident que les propositions de ces rapports aient été suivies d’effets convaincants.

A partir des années 1990, une certaine forme de « conditionnalité » de l’aide a été introduite, en relation avec les progrès de la démocratie et de critères de bonnes gouvernances. Les résultats ne sont pas à la hauteur des ambitions.

En revanche, le nombre des acteurs de l’aide s’est considérablement accru depuis les années 1990 et la qualité de leurs interventions se sont sensiblement améliorées. Les collectivités locales et régionales, le monde associatif sont devenus des acteurs majeurs, même si leur part dans le financement global de l’aide reste inférieure à celle de l’État proprement dit.

La part du secteur privé est fort mal évaluée et n’est que très partiellement prise en compte dans les stratégies de l’aide.
S’il y a eu des avancées significatives au niveau de la coordination gouvernementale de l’aide au développement, elle reste trop dispersée.

En outre, la seule initiative pour mettre en place un organe consultatif de tous les acteurs (le HCCI) a tourné court.

Assurer qu’à l’occasion de la redéfinition d’une deuxième étape post 2015, la position française donne lieu à un débat généralisé mais ordonné (tous les acteurs, prise en compte de leurs avis dans l’élaboration d’un texte à discuter au Parlement, mesures à prendre pour que ce texte (ou ces textes si nécessaire) soit pris en considération lors des négociations multilatérales.

Cela suppose le rétablissement d’une instance consultative, une mobilisation de l’opinion publique (si celle-ci est favorable en général à l’aide, les campagnes et programmes politiques ne lui réservent qu’une place marginale).

Il ne peut être discuté ici de la redéfinition des grands axes de futures OMD, de leur éventuelle hiérarchisation, des priorités géographiques et thématiques, des incitations publiques aux acteurs, des éventuelles « conditionnalités ».


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