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Propositions pour la vision post-2015 (10/02/2013) - par Coordination Sud

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

En 2000, la communauté internationale se fixait un agenda « développement » pour les quinze prochaines années, dont l’ambition inscrite dans le texte de déclaration qui l’accompagnait était l’éradication de la pauvreté d’ici à 2015.

Aujourd’hui le processus de travail et de réflexion pour préparer les OMD « post-2015 » croise celui issu de la Conférence dite de « Rio+20 » qui prévoit la mise en œuvre d’objectifs de développement durable (ODD).

Cette confusion pourrait faire échouer toute tentative de mise en place d’un véritable consensus pour le développement qui a déjà largement fait défaut jusqu’à présent ; car à force de déclarations et conventions qui s’additionnent depuis 1992, de découpage en secteurs certes essentiels du développement, les progrès à l’issue de ces quinze dernières années sur le développement et la réduction de la pauvreté sont faibles, et remis en question avec l’accumulation des crises depuis 2008.

Entre temps, et en dépit des avancées que certains Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ont permises, et qu’il faut savoir souligner, la situation du monde a profondément évolué, avec ses chamboulements géopolitiques, ses crises alimentaires, sociales, économiques, financières, environnementales, son urbanisation croissante.

L’une des caractéristiques historiques de la période que nous vivons est l’accroissement sans précédent des inégalités, entre pays mais aussi à l’intérieur même des pays, et l’enrichissement toujours sans limite d’un groupe restreint d’acteurs économiques et financiers. A celle-ci s’ajoutent les effets dévastateurs sur notre environnement et les populations du Sud en particulier, d’un modèle de développement basé sur une surexploitation des ressources naturelles, la pollution de nos eaux, mers et océans, de nos sols, de notre air. Ce modèle de développement a laissé se mettre en place une irresponsabilité collective d’acteurs mondialisés à l’égard des droits humains en faisant s’effondrer les régulations dont disposaient les Etats et en n’adaptant pas suffisamment le droit à la mondialisation.

Dès lors, toute réflexion sur la lutte contre la pauvreté « post-2015 » se doit, sous peine d’être condamnée d’avance à l’échec, de :

• prendre en compte la nécessaire réduction des inégalités et la
finitude des ressources naturelles,

• adopter une approche basée sur les droits humains,

• considérer la pauvreté comme étant aussi la résultante d’un
modèle mondialisé de croissance par nature inégalitaire et destructeur de notre environnement et de mécanismes socio-politiques globaux.

De même, toute réflexion sur le post-2015 doit s’appuyer sur le besoin d’une gouvernance mondiale rénovée et renforcée, fondée sur la défense des biens communs et la régulation internationale.

A l’occasion des Assises du développement et de la Solidarité internationale, Coordination SUD demande :

- Que la France contribue au sein de l’Union européenne et de la
communauté internationale, à poser les bases d’un véritable consensus pour le développement en faveur d’une transition écologique et sociale de nos sociétés et de nos économies et de la recherche de modes de développement et de vie socialement justes et écologiquement soutenables, qui privilégient l’intérêt général plutôt que les intérêts particuliers du plus petit nombre, ce qui nécessite la construction de politiques publiques inclusives, avec les sociétés civiles. Le rapprochement des processus entre la mise en place des ODD, et la création de futurs objectifs post-2015, est une nécessité ; ce consensus devra être nourri du bilan tiré des OMD, mais aussi de vingt ans de mise en œuvre de stratégies de développement durable partout dans le monde, bilan qui n’a pas été fait à la conférence « Rio+20 » ;

- Que ce consensus pour le développement affirme une vision du
développement partagée, ancrée dans le respect des droits fondamentaux et des textes européens et internationaux y afférant. Le développement est l’affaire de tous au regard des enjeux globaux que nous partageons. Les personnes marginalisées ou exclues ne doivent plus être considérées comme des destinataires passifs mais comme les acteurs de leur propre développement. Le développement est aussi une démarche pluri-acteurs, inscrite dans un territoire. Il convient de réaffirmer également la nécessité de rendre les droits fondamentaux opposables partout dans le monde, et de créer des mécanismes de recours, pour qu’ils deviennent une réalité pour toutes et tous ; le chemin pris par la France en signant le protocole facultatif additionnel au PIDESC est un acte important ; sa ratification est une nécessité. L’idée de promouvoir la mise en oeuvre de socles de protection sociale a progressé, mais le principe d’universalité, basé sur le respect des droits fondamentaux pour tous, doit encore être retenu, avec les engagements financiers afférents ;

- Que ce consensus pour le développement souligne le respect de la planète, les limites des ressources naturelles, et pose la nécessité de s’attaquer aux causes structurelles de la pauvreté ; pour cela, ce consensus devra en tout premier lieu acter les mécanismes à mettre en place pour financer les biens publics mondiaux et permettre les régulations économique, financière et fiscale, l’encadrement des entreprises multinationales et du secteur financier, qui s’imposent pour sortir de la crise systémique actuelle, dont bénéficie une minorité ultra-riche de la planète ; la taxe sur les transactions financières, au-delà de lever des fonds pour le développement, devra être l’un de ces mécanismes de régulation à adopter.

- Que le consensus pour le développement intègre la prévention des crises naturelles ou politiques, la gestion des crises et le post-crise. La nécessaire réponse aux conséquences humanitaires des crises doit s’inscrire dans une stratégie globale de co-développement et de renforcement des capacités des populations pour prévenir les risques. La France doit investir dans le développement, le renforcement de capacités et la prévention des risques dans les zones fragiles en s’appuyant sur les ONG et sur les réseaux de la société civile.


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