Accès rapide :

Pour une approche territoriale du développement (07/02/2013) - par Pierrick HAMON, secrétaire général du Global Local Forum

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

Au cours des quatre dernières décennies, les doctrines du développement ont mis l’accent sur les besoins des Etats et, à l’autre bout de l’échelle, sur les projets de proximité au service de petites communautés humaines de base. L’échec relatif de ces stratégies « dissociées », méconnaissant l’échelle intermédiaire des territoires, est suffisamment démontré pour que l’on puisse sérieusement s’employer à promouvoir de nouvelles approches, correspondant à des identités vécues et à des espaces pertinents. Avant même de s’interroger sur les compétences, actuelles ou souhaitables, des autorités qui le gèrent, il faut prendre conscience de ses capacités intrinsèques et de ses ambitions potentielles. Le territoire vaut en effet par les avantages comparatifs qu’il détient ou qu’il développe, et par le talent de ses acteurs, qu’il faut révéler et accompagner.

C’est dire que la décentralisation politique, sous ses modalités variées qui résultent du génie des peuples, de l’expérience des administrateurs, de l’implication des élus et de la volonté des Etats, n’est qu’une dimension, nécessaire sans doute, mais en aucune façon suffisante. L’ordre même de mise en œuvre des stratégies de gouvernance répartie est susceptible de varier selon les contextes.
L’économique peut précéder le politique, ou l’inverse. Et le sentiment d’une culture partagée est souvent décisif dans la prise de conscience des communes appartenances. Il n’est pas besoin d’atteindre un seuil de développement déterminé pour envisager de faire démarrer les territoires sur la base de leurs forces vives. Il ne s’agit pas d’un luxe de pays avancés dans leur développement, ou d’une phase qui devrait n’être abordée qu’après que tous les problèmes de cohérence nationale aient été intégrés dans un consensus civique parfait.

Le développement territorial n’est pas non plus l’habillage conceptuel des séparatismes. Bien au contraire, il en est le meilleur antidote. Parce qu’il est institutionnellement reconnu, il s’intègre dans l’ordre constitutionnel des Etats et concourt à leur fonctionnement régulier, évitant que le pouvoir central ne soit dans tous les domaines « l’intendant du détail » et doive régler les conflits du quotidien sans en avoir les moyens sur place. Le développement territorial est compatible avec les politiques, ou programmations, nationales conçues non seulement sur le mode distributif mais sur celui des solidarités actives et stratégiques.

Les continents engagés dans les dynamiques du développement offrent tous, à leur manière, des contextes désormais favorables à cette prise de conscience. L’ Amérique latine peut se prévaloir de traditions d’organisation fédérale mais aussi d’une réflexion plus récente et souvent novatrice sur le développement municipal et la gouvernance participative. L’ Asie offre un paysage contrasté, mais même des pays centralisés sous l’aspect politique savent décliner leurs programmes sur une base provinciale ou régionale et déconcentrée. Et l’Afrique est beaucoup plus avancée que d’aucuns le pensent sur ce terrain : elle est en train de se doter à la fois des outils institutionnels de la décentralisation et de la déconcentration dans de nombreux pays, mais aussi de mobiliser responsables du développement, membres de la communauté du savoir et de l’expertise et décideurs et sociaux dans des réseaux enfin structurés et interactifs.

Depuis longtemps, la coopération décentralisée, de collectivité à collectivité, de territoire à territoire, a montré qu’il était possible de collaborer entre pairs et d’associer élus ou autorités territoriales, responsables techniques et sociétés civiles locales, et populations, qu’elles soient sédentaires ou nomades - y compris dans leurs dimensions coutumières ou traditionnelles - dans des projets, puis des programmes, puis des processus, fondés sur l’expérience et tenant compte des contextes, et notamment de la diversité des approches et expressions culturelles. Les approches territoriales correspondent encore souvent à une grille de lecture des politiques sectorielles plus qu’à un moteur autonome du progrès des sociétés. Il faut passer à une dimension supérieure, en en faisant un enjeu de premier rang du débat public mondial, et interpeller la communauté du développement en y associant la société de la connaissance. Il faut surtout faire en sorte que les voix et … voies du « Sud », notamment africaines, soient mieux écoutées et … entendues.


PLAN DU SITE



MENTIONS LÉGALES & INFOS PRATIQUES

Tous droits réservés - Ministère des Affaires étrangères et du Développement international - 2014