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L’Afrique subsaharienne et l’agenda post 2015. Dix enjeux (27/11/2012) - Par Pierre JACQUEMOT, président du GRET

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

Quatre scénarios à long terme.
Nul ne connaît l’histoire de la prochaine aurore dit l’adage lobi.
Relevons pourtant le défi en esquissant quatre trajectoires possibles d’évolution à long terme, allant de la régression totale au développement durable.

1. Le scénario du chaos
Ce scénario catastrophe pour pays fragiles et a fortiori pour pays faillis se résume dans un enchaînement régressif : chaos économique, conflits et migrations massives, approfondissement de la pauvreté. La modernisation a échoué. La classe dirigeante est associée aux réseaux mafieux : drogues, armes, fausse monnaie, traite des êtres humains. L’Etat de droit ne s’y enracine que difficilement. De graves conflits internes et aux frontières mettent en péril les lentes avancées démocratiques. Les risques de repli menacent. Dans certains cas, on peut même craindre une tendance à la criminalisation de l’Etat, associée à la montée de l’autoritarisme et à l’apparition d’un banditisme généralisé. Il s’agit alors d’une modalité meurtrière d’insertion dans la mondialisation.

2. Le scénario de la marginalisation.
Il est fondé sur l’idée selon laquelle à long terme des pans entiers de la population africaine auront trouvé leur propre rythme d’évolution mais en marge, déconnectés des grands systèmes mondiaux. L’économie
de la rente primaire reste le lien avec le marché mondial dans une spécialisation appauvrissante. Il s’agit donc d’un scénario de l’équilibre par le bas qui s’établit, vaille que vaille, autour du conservatisme patrimonial, de la dépendance primaire, d’une absence de maîtrise de la démographie et de la gestion spatiale, de l’insécurité alimentaire et d’un accommodement de survie pour le plus grand nombre
dans un secteur informel de stagnation et de débrouille. Avec aussi une vulnérabilité extrême envers les risques environnementaux et sécuritaires, avec leurs lots croissants "d’éco-exilés" et de réfugiés.

3. Le scénario de l’intégration au marché mondial
Il est celui du rattrapage et de l’extraversion, avec une totale ouverture commerciale, une croissance reposant sur une valorisation poussée des ressources naturelles (pétrole, mines, terres) portée par
les investissements étrangers et arrimée à des marchés géographiquement de plus en plus diversifiés, une progressive montée en gamme dans les chaînes de valeur internationales, avec une industrialisation possible comme « atelier à bas prix » en substitution à l’Asie. Ce scénario implique d’importants progrès de productivité, des effets d’apprentissage, l’appropriation des technologies de la production et de l’information et une conversion des rentes en accumulation productive, c’est-à-dire en fin de compte des
mutations importantes dans le système social patrimonial, ses institutions et ses règles.

4. Le scénario du développement endogène
Ce dernier scénario, le vertueux, est fondamentalement calé sur l’essor graduel de marchés régionaux protégés et sur une croissance non mimétique, verte et inclusive. L’urbanisation entraîne la croissance
agricole grâce à des investissements d’infrastructures qui accompagnent les mouvements démographiques. Le retour de l’épargne et des compétences des diasporas favorise l’émergence d’entrepreneurs. Ce scénario repose sur une stratégie d’Etat volontariste qui prend en considération diverses tendances positives : maîtrise de la fécondité, élargissement des droits des femmes, impulsion par des institutions
démocratiques et par les contre-pouvoirs des organisations de la société civile, inclusion dans l’économie immatérielle de la connaissance, entrée dans la petite prospérité et dynamique des classes moyennes,
pratiques soucieuses de l’environnement, et enfin efforts de régulation des tensions sociale et de prévention des conflits. Les bouleversements en cours et les perspectives identifiées doivent
inspirer l’agenda après 2015 autour de dix enjeux.

➢ Enjeu 1. La croissance inclusive
➢ Enjeu 2. La santé encore à l’ordre du jour
➢ Enjeu 3. Le dividende démographique et la jeunesse
➢ Enjeu 4. La lutte contre les discriminations sexuelles
➢ Enjeu 5. Migration intra et extra-africaines
➢ Enjeu 6. La sécurité alimentaire
➢ Enjeu 7. La politique agricole et foncière
➢ Enjeu 8. La maîtrise de la ville
➢ Enjeu 9. La croissance verte
➢ Enjeu 10. Créer des « sécurités », construire des « résiliences
 »

Dans le contexte d’incertitude qui caractérise la situation économique et financière, la question de l’agenda post 2015 de l’Afrique se confond avec celle de son aptitude à construire des « sécurités » pour
faire face aux risques et aux chocs systémiques. La vulnérabilité aux risques peut être en effet une variable plus décisive des performances économiques que la qualité des politiques mises en œuvre. Dans ce processus, il n’y a pas d’obstacle culturel dirimant. Toute culture est compatible avec l’innovation depuis que l’on sait que les modes de gestion efficients sont pluriels.


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