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Contribution du Forum des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations (FORIM) - Première partie (23/01/2013)

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

L’idée que les migrants sont partie prenante du développement s’est imposée quand on a découvert, au début des années 2000, que les transferts vers leur pays d’origine représentent plus de 2 fois l’APD.
Mais les migrants ne transfèrent pas que de l’argent : compétences, innovations, comportements sociaux, réseaux…

Nous saluons les Assises du Développement lancées par les autorités françaises qui ont reconnu les migrants en accordant une place au FORIM qui regroupe des associations œuvrant là-bas pour le développement du pays d’origine et ici pour l’intégration des migrants et de leurs descendants.

Un monde en profond bouleversement

Appartenant aux sociétés d’ici et de là-bas, les migrants vivent pleinement les bouleversements du monde : convergence économique entre pays du Nord et pays du Sud, croissance des inégalités au sein de tous les pays, prise de conscience des limites des ressources physiques de la planète.

On sait que le modèle de production et de consommation des pays du Nord, fortement destructeur de ressources naturelles et producteur de déchets, n’est pas extensible à toute la planète. Ce défi ne se résoudra pas seulement par des innovations techniques, mais demandera de profondes mutations dans les relations internationales, dans les régulations économiques, dans les rapports sociaux.

La migration internationale constitue la 4° dimension de la mondialisation, aux côtés de celles des marchandises, des flux financiers et de l’information. De ces 4 dimensions, c’est celle qui est la plus complexe car elle relève avant tout de pratiques sociales. Quitter ou retrouver son pays d’origine, accéder à un pays d’accueil, transférer des fonds, des droits ou des compétences… relèvent de décisions qui ne se laissent pas facilement orienter, encadrer ou contraindre.

Migration et Développement : une relation complexe

On sait que le développement n’entraine pas, dans les premières décennies, la fin de l’émigration : le développement en Europe a provoqué le départ de plus de 60 millions d’européens vers le reste du monde. Dans l’autre sens, on sait que les migrants ne pourront jamais à eux seuls amorcer le décollage de leur pays d’origine. Mais une fois le développement initié au niveau national, ils peuvent soutenir ce mouvement, comme le fait la diaspora chinoise par ex.
En l’absence de dynamique de développement du pays, l’action des migrants peut avoir des effets significatifs si elle est concentrée à l’échelle d’une région. De par leur vie à cheval entre Sud et Nord, les migrants ont la connaissance de leur société d’origine : ils ont ainsi la légitimité pour transmettre les savoirs acquis au Nord, en les décodant et recodant aux normes des territoires de leur pays d’origine.
Les migrants qui s’engagent ainsi peuvent, à l’échelle d’un territoire, prendre part à l’élaboration endogène du développement.

Les politiques publiques de soutien aux actions des migrants pour le développement doivent être dissociées des politiques de contrôle des flux migratoires.

Les politiques publiques peuvent soutenir les actions de développement des migrants. Pour ne pas être en contradiction avec les objectifs d’intégration dans les pays d’accueil, ces politiques doivent être totalement dissociées des politiques de contrôle des flux migratoires.
Les expériences du passé en France et dans les autres pays européens, ont largement démontré cela.

Rééquilibrer les relations entre Sud et Nord

Le FORIM estime que le tournant vers les ODD constitue une opportunité immense pour rompre avec le surplomb qui a prévalu dans la définition des ODM et plus largement dans les politiques d’Aide menées depuis 60 ans.
En effet, la plupart des enjeux environnementaux sont communs aux sociétés du Nord et du Sud, même si les moyens pour y répondre sont inégalement répartis. Leur caractère commun permet de nous engager dans cette approche nouvelle, sans a priori normatif, en construisant des Biens Publics Mondiaux (BPM) ou Régionaux, où se construiront ces solidarités nouvelles, que la ligne Nord-Sud ne fractionne pas.

Une telle approche par les BPM permettra de rééquilibrer les relations de coopération Nord-Sud. Concrètement, ce rééquilibrage pourrait se marquer par une approche de l’aide « par la demande », qui respecterait l’autonomie des sociétés du Sud et le caractère endogène du développement. Une approche qui remplacerait celle « par l’offre » qui a prévalu jusqu’alors : offre de propositions, de politiques, de modèles… accompagnés de financements venant du Nord et déversés sur le Sud.

Les migrants ont un rôle à jouer dans cette nouvelle configuration

Le nouveau jeu des puissances entre pays, la profondeur des enjeux environnementaux, l’émergence comme horizon pour un nombre croissant de pays, les prises de paroles des sociétés dans le monde arabe… offrent des opportunités pour renouveler en profondeur les pratiques et les politiques de développement.

Les migrants, acteurs vivants de ces relations internationales, peuvent et souhaitent jouer un rôle dans ce renouvellement, en symbiose avec les sociétés d’accueil et en lien actif avec leurs sociétés d’origine.


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