Accès rapide :

Commentaires et propositions du Groupe Initiatives suite à la 1ère table-ronde du 5 novembre 2012 (22/11/2012) - par Frédéric APOLLIN, AVSF - GROUPE INITIATIVES

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

1. Les Objectifs du développement durable (ODD) doivent se centrer sur la lutte contre "la pauvreté" mais aussi les inégalités et les mécanismes d’exclusion

Depuis l’élaboration des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), la géographie de la pauvreté s’est profondément modifiée : les pauvres sont majoritairement dans des pays à revenus intermédiaires (PRI). Plutôt que de s’obstiner à faire cohabiter des politiques "généreuses" de lutte contre la pauvreté avec un modèle économique excluant, il s’agit d’attaquer les causes structurelles de la pauvreté, des inégalités et de l’exclusion qui résultent notamment de la spéculation financière, la financiarisation du vivant, l’accaparement des terres et des eaux, l’incohérence des politiques ou l’absence de politiques publiques de redistribution et lutte contre l’exclusion. Les ODD doivent traduire le choix d’un modèle de croissance qui combat les inégalités, les exclusions et la dégradation de l’environnement : une croissance inclusive et durable. Les ODD doivent permettre un autre regard sur la pauvreté. Si des politiques publiques de réinsertion et redistribution sont indispensables, de nombreux "pauvres" peuvent parvenir à une insertion économique et sociale dans le cadre d’un fonctionnement équitable et transparent des marchés. Le développement pour lequel nous postulons doit être durable et équitable.

2. Parce que les défis de l’emploi et de l’alimentation sont fondamentaux, l’agriculture paysanne doit être un pilier incontournable du développement post 2015.

Dans de nombreux pays les moins avancés (PMA), l’agriculture paysanne reste en effet le principal pourvoyeur d’emplois. Les secteurs de l’industrie et des services, primordiaux, ne seront pas à même de répondre seuls à moyen terme au défi de l’emploi (croissance démographique, jeunes expulsés des campagnes par la pression foncière). Les marges permises par les migrations sont de plus de plus limitées. Ces agricultures paysannes produisent déjà 70% de l’alimentation mondiale. Elles sont un pilier inéluctable pour relever les défis du 21ème siècle et créer des emplois dans l’activité de production et des métiers connexes : transformation, commercialisation, artisanat, etc.. Les politiques de développement doivent donner la priorité à des agricultures productives et intensives mais en main d’œuvre et dans l’usage de la fertilité naturelle des sols, pour des aliments sains qui respectent l’environnement.

3. Les droits humains pourraient être le fondement des ODD sous réserve d’être mis en œuvre et suivis à l’échelle non seulement des Etats, mais des territoires.

L’approche par les droits est pertinente car universelle (Nord et Sud) et préalable à tout développement équitable. Parmi les droits fondamentaux :
• droit à l’instruction, l’éducation et à la santé
• droit à l’alimentation, dont le droit à la souveraineté alimentaire
• droit au travail et à des emplois dignes, avec des choix politiques en faveur des agricultures familiales, de l’économie sociale et solidaire (ESS) et d’une réelle responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises du secteur marchand.
• droit à des dispositifs indispensables de protection sociale. Si les ODD doivent encourager les droits politiques et d’exercice de la citoyenneté, alors évitons une approche top-down : il s’agira de
décliner des ODD en objectifs et indicateurs à l’échelle des Etats, mais surtout des territoires, pour (a) une implication réelle des différents acteurs dans leur mise en œuvre et suivi : collectivités, sociétés
civiles, ESS, secteur privé marchand, etc.. (b) des processus d’innovations pluri-acteurs © contrecarrer le peu d’enthousiasme de certaines élites nationales à mener à bien des politiques de réduction de la pauvreté et des inégalités.

4. Les ODD doivent être réalistes au regard des financements mobilisables et de leur soutenabilité économique à moyen terme.

Les ODD devront être moins sectoriels, combiner quantitatif et qualitatif, mais surtout être réalistes en matière de mise en œuvre et suivi et au regard des financements mobilisables (APD, TTF et autres financements innovants, fiscalité nationale, etc.). En matière d’aide publique au développement (APD), parce que les procédures administratives et de gestion des mécanismes bi ou multilatéraux sont de plus en plus complexes, il faut défendre des dispositifs financiers moins contraignants et laissant plus de place à l’innovation alors que la tentation est grande de remettre en cause des mécanismes intéressants (ex : Facilité de l’UE) ou de placer tous les moyens disponibles dans le multilatéral. Les ODD devront également être réalistes quant à la possibilité de soutenabilité économique des processus engagés. Celle-ci renvoie aussi à la part de responsabilité des dirigeants des pays partenaires en matière de politique de croissance et de politique fiscale.

5. Une réelle consultation et mobilisation doit être organisée et soutenue par la communauté internationale pour la définition, la mise en œuvre et le suivi des ODD

La communauté internationale doit soutenir une réelle consultation et participation des acteurs à l’échelle des Etats et des territoires. Les sociétés civiles, en particulier les ONG, porteurs historiques d’innovations, doivent également avoir la possibilité de parler entre-elles. A l’aube de l’année internationale 2014 des agricultures familiales, pour laquelle nos ONG se sont fortement mobilisées, le Gouvernement français serait-il prêt à parrainer, soutenir et accueillir sur son territoire une conférence internationale des sociétés civiles sur les agricultures familiales en 2014 ? Les ONG du Groupe Initiatives seraient prêtes à s’y impliquer.


PLAN DU SITE



MENTIONS LÉGALES & INFOS PRATIQUES

Tous droits réservés - Ministère des Affaires étrangères et du Développement international - 2014