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Note de cadrage de la table ronde du 12 février 2013 : les nouvelles technologies de l’information et de la communication

Contexte

Les nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) sont aujourd’hui reconnues comme des vecteurs incontournables de transformations économiques et sociales dans les pays développés comme dans les pays en développement (PED). La singularité du numérique et des télécoms tient à leur transversalité : au-delà des secteurs qui en dépendent directement, ils sont une force de changement économique et sociale qui innerve un grand nombre d’activités et les refaçonne en profondeur. En ce sens, les TIC sont bien au cœur de modèles socio-économiques de croissance et d’innovation.

Les effets de leur diffusion sur le développement économique ne fait pas de doute. Une étude de la Banque mondiale de 2010 montre par exemple qu’une croissance de 10% de la pénétration de la téléphonie mobile en Afrique subsaharienne engendre 1,2 point de croissance économique supplémentaire. Mais leur intérêt est également social : les TIC peuvent permettre d’atténuer, voire de dépasser, les barrières d’accès à l’information, aux biens et aux services, qu’elles soient d’ordre physique, financier ou culturel.

Pour ces raisons, leur diffusion est recommandée dans les OMD : « En coopération avec le secteur privé, faire en sorte que les nouvelles technologies, en particulier les TIC, soient à la portée de tous » (objectif 8.5).

Quels enjeux sous-tendent la problématique TIC et développement ?

L’utilisation des TIC au service du développement ne peut se faire que si une double condition est réunie : d’une part la disponibilité des infrastructures et supports, d’autre part la diffusion des usages. Des réseaux sans exploitation sont inutiles, et des applications sans appareils sont inefficaces. Jusqu’ici, la mise en œuvre des TIC pour le développement était entravée par la faible diffusion des supports de communication.

Toutefois l’accroissement considérable de l’équipement en téléphones mobiles constitue une opportunité nouvelle pour l’utilisation à grande échelle des TIC pour le développement. Le nombre d’utilisateurs de la téléphonie mobile dans les PED a été multiplié par 15 en 10 ans pour approcher 4 milliards. Aujourd’hui, 90% de la population mondiale a accès à un réseau de téléphonie mobile, et 68% de la population des PED dispose d’un téléphone.. Avec cette généralisation des téléphones mobiles, on voit en quoi les TIC peuvent jouer un rôle de « raccourci » en faveur du développement : des technologies récentes leurs sont désormais massivement accessibles, dont les applications sont multiples et utiles pour surmonter l’un des obstacles majeurs auxquels ces populations font face – l’éloignement : de l’information, des soins, des commerces…

Cette évolution est source d’innovations. Il existe aujourd’hui une capacité d’innovation importante dans le domaine des usages qui prend sa source dans les PED eux-mêmes. Bien souvent, ces innovations ne sont pas issues de la recherche ou de l’importation de solutions provenant des pays développés, mais bien du potentiel d’innovation des entrepreneurs locaux. Dans certains domaines, tels que les services bancaires sur téléphone mobile, les PED peuvent mêmes passer pour pionniers.

Elle est également source de nouveaux défis : définition de nouvelles normes et de nouveaux standards, de régulation, de sécurité et de protection des données personnelles ou sensibles, de gestion des déchets électroniques, etc.

Quels enseignements tirer des expériences réussies ?

Des expériences de projets TIC dans les PED se sont multipliées depuis une décennie. Elles concernent en particuliers les champs suivants :

  • la santé : diffusion électronique des campagnes de sensibilisation, stockage des données liées aux patients et télémédecine permettant le suivi et le diagnostic à distance ;
  • l’éducation : mise à disposition de nouveaux contenus, diffusion élargie de l’enseignement et possibilité de suivi individualisé pour les étudiants et les enseignants ;
  • les services : accès dématérialisé aux services éventuellement couplé à la mise en place de petits relais locaux, qu’ils soient dispensés par le secteur privé (banque mobile) ou l’administration (e-gouvernement), profitant directement aux populations enclavées ;
  • l’agriculture : gestion des cultures et de l’élevage, accès aux prévisions météorologiques, et aux informations de marché pour les agriculteurs ;
  • les réseaux d’infrastructures de transport, d’énergie, d’irrigation… : détection à distance des défaillances, gestion décentralisée et meilleure information aux usagers.

Des succès notables ont pu voir le jour. L’initiative M-PESA est exemplaire. Créé en 2007 par Safaricom, principal opérateur télécom kenyan, c’est un système qui permet de transférer de l’argent sans compte bancaire, via une interface mobile simple. Trois ans après sa création, il comptait plus de 13 millions de clients et était utilisé par près de 40% de la population kenyane.

Toutefois, très peu de projets ont pu à ce jour se généraliser et devenir économiquement pérennes. En 2011, Une étude réalisée par HYSTRA pour le compte d’un consortium composé notamment de l’AFD et d’Orange a recensé près de 300 projets utilisant les TIC en faveur du développement. Nombre de ces projets ont eu une durée de vie réduite, notamment du fait de leur dépendance à des subventions ou dons. Dans le secteur des services financiers, voire du développement rural, la viabilité économique est toutefois plus systématique. Très peu de projets ont par ailleurs dépassé le million d’utilisateurs, en dépit de la large diffusion des téléphones portables.

Les défis rencontrés par les projets analysés sont d’une double nature. Pour certains, il s’agit d’une inadéquation aux besoins des populations et aux contraintes spécifiques aux PED (notamment faiblesse des infrastructures et de la formation des usagers), et à la démarche d’apprentissage nécessaire à l’appropriation des solutions proposées par les populations. Pour d’autres, il s’agit d’un problème de changement d’échelle. En effet, la généralisation d’une solution locale requiert une complexification technique et des besoins en financement à plusieurs niveaux pour les porteurs de projets : prêts pour les investissements initiaux, besoins en fonds propres, besoins spécifiques pour promouvoir les produits, financer des formations… Le succès initial des produits adaptés aux situations locales peut requérir des compétences distinctes de celle qui exigées et la mise en place d’un écosystème spécifique pour changer d’échelle.

Quels enseignements tirer de ce ces succès comme des défis rencontrés ? Comment aider les projets à changer d’échelle ? Quelles pistes de réflexion sur le rôle que peuvent jouer les entreprises françaises et leurs relations avec les entreprises locales ? Quels défis pour la promotion des TIC dans les PED et comment les surmonter ?

La transversalité propre aux TIC et au numérique est facteur d’opportunités mais implique également une approche particulière pour la promotion de sa diffusion. Celle-ci doit procéder d’une stratégie générale et cohérente.

En premier lieu, la prise en compte des caractéristiques numérique doit être systématiquement analysée pour chaque projet d’aide. Compte tenu des bénéfices attendus et des défis techniques qui en relèvent, étudier l’intégration d’une composante numérique en amont de tous les projets de développement est désormais un réflexe nécessaire, même si le recours aux nouvelles technologies ne saurait être considéré comme un facteur automatique de succès. Par ailleurs, les usages originaux des TIC ayant émergé localement démontrent par ailleurs la nécessité de la participation technique des pays en développement pour la définition des besoins, la conception des projets et le déploiement de solutions innovants dans des pays aux environnements numériques très contraints.

Mais, pour être efficace, cette approche ponctuelle par projet doit s’accompagner d’une démarche plus large pour lever les obstacles auxquels fait face la diffusion des TIC à grande échelle. Une véritable politique d’adoption des TIC doit être mise en œuvre, qui nécessite l’intervention des Etats. Il s’agit d’enjeux tels que l’adaptation du cadre règlementaire, qui fait parfois défaut dans des domaines tels que la santé ou le secteur financier, la formation de techniciens capables de prendre en charge la complexification des solutions, l’apprentissage de la population aux outils numériques de base. Dans ces domaines, des coopérations peuvent encourager les innovations issues du secteur privé et leur donner une chance de se diffuser.
Le déficit d’infrastructures souligne enfin la nécessité d’investissements massifs pour combattre les multiples fractures (numérique, entre autres) entre les régions en développement (entre l’Afrique anglophone à l’Est, en plein essor, l’Afrique francophone à l’Ouest moins dynamique et l’Afrique centrale qui demeure enclavée).

Comment renforcer les synergies entre les différents acteurs impliqués ?

Applications transversales, usages originaux, recours à des compétences multiples, tant sectorielles que sociale ou techniques et investissements massifs dans les infrastructures rendent indispensable une approche intégrée et partenariale entre tous les acteurs du développement (l’État et ses agences, la coopération décentralisée, le secteur privé, le milieu académique, la société civile) pour mieux mettre l’innovation technologique au service du développement. C’est le modèle de ces partenariats qu’il faut aujourd’hui définir.

Ainsi, comme le préconisent les OMD, le rôle clé des entreprises et des entrepreneurs sociaux, tant en termes d’investissements que d’expertise et d’innovation, doit être promu dans les projets à grande valeur ajoutée pour les conditions de vie, l’emploi et la préservation de l’environnement. Les questions de « ticket d’entrée » du secteur privé et de masse critique de bénéficiaires devraient aussi être posées pour garantir la viabilité et le passage à l’échelle supérieure de tels projets.

Du côté des acteurs institutionnels – États, enceintes internationales (ONU, G8, G20,…) –, le défi consiste à favoriser dans les pays en développement l’émergence de cadres régulés, reconnaissant l’innovation comme support de développement au-delà des seules perspectives commerciales offertes par l’essor du secteur. En ce sens, le renforcement des capacités locales dans le domaine des TIC (enseignants, médecins, fonctionnaires,… ; mais aussi régulateurs et décideurs) devrait constituer une priorité de l’action publique, accompagnée par les opérateurs de développement et les ONG


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