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Une stratégie globale pour favoriser la formalisation de la petite entreprise (24/01/2013) par Rafael PANIAGUA, responsable de la coopération internationale à l’Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat (APCMA)

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Réseau spécifique d’accompagnement des entreprises artisanales françaises, les chambres de métiers et de l’artisanat (CMA) ont développé des compétences et des savoir-faire dont elles font bénéficier l’artisanat des pays ayant résolument opté pour la voie du développement. L’Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat (APCMA) est à la tête de ce réseau. L’APCMA et un certain nombre de CMA sont déjà engagés dans un soutien actif qui témoigne d’une volonté d’ouverture, d’échange d’expériences et de partage de connaissances pour que la place de l’artisanat dans les économies en développement soit pleinement reconnue.

1) Un diagnostic : l’artisanat, un levier de développement économique et social

En Afrique subsaharienne, le segment des PME représente plus de 90 % de l’ensemble des entreprises, mais sa contribution au PIB n’est estimée qu’à moins de 20%, alors qu’elle peut atteindre jusqu’à 60 % dans les pays à haut revenu. Trois causes peuvent expliquer ce décalage :

•la faible compétitivité des petites entreprises artisanales, qui les empêche d’accéder aux marchés les plus porteurs,

•le manque de structuration des corps intermédiaires pour jouer leur rôle de représentation et d’accompagnement des entreprises artisanales,

•l’absence de politiques de promotion de l’artisanat et la prédominance de l’informel.

On distingue, également, au sein des entreprises artisanales, d’une part, les entreprises « de survie » qui sont dans une logique de reproduction simple et, d’autre part, les entreprises « émergentes » ou « structurées » portées par une logique de développement. Leurs problématiques et potentialités sont spécifiques. Les méthodes d’accompagnement, pour être efficaces, devraient être mieux ciblées.

2) Une stratégie : le pari sur les corps intermédiaires

La frontière très fine entre le secteur formel et informel rend très forte la capacité de reproduction de l’informel. Par conséquent, les corps intermédiaires semblent condamnés à manquer de moyens et à ne pas pouvoir apporter les services d’appui dont les entreprises auraient besoin pour émerger, se structurer et se formaliser. Un cercle vicieux de l’informel est à l’œuvre.

Une nouvelle logique économique de croissance tirée par la structuration, l’organisation et l’accès aux services d’appui est nécessaire. C’est pourquoi, le réseau des CMA et son Assemblée permanente ont fait le pari d’une coopération structurante avec les corps intermédiaires représentatifs des petites entreprises émergentes et structurées. Trois leviers d’action ont été identifiés pour permettre aux corps intermédiaires de jouer pleinement leur rôle auprès des petites entreprises et des entreprises artisanales :

•au niveau micro, le renforcement des compétences artisanales pour favoriser l’accès des entreprises aux marchés les plus porteurs et aux services d’appui. Le développement de la petite entreprise nécessite une dynamique de groupe orientée vers des objectifs économiques dont la réalisation suppose une approche partenariale et de mutualisation. C’est ce que permet la méthode du compagnonnage artisanal,

•au niveau méso, un accompagnement efficace et ciblé sur les corps intermédiaires consulaires, professionnels et les autres structures d’appui et de représentation. Le développement d’une offre de services d’appui adaptés, l’adhésion conséquente des petites entreprises à leurs corps intermédiaires sont les facteurs clefs du développement des petites entreprises. Le compagnonnage institutionnel a été développé pour répondre à ces besoins,

•au niveau macro, favoriser le développement d’un ensemble de politiques publiques incitatrices et structurantes en faveur des petites entreprises artisanales et de leur formalisation progressive. Le réseau des CMA agit dans ce sens au travers d’actions de plaidoyer auprès des autorités nationales, des organisations panafricaines et des instances européennes.

3) Des réseaux et des compétences en faveur du développement économique africain

a) Renforcement des compétences des artisans : programmes de compagnonnage artisanal

Cette méthode vise à renforcer les compétences techniques, entrepreneuriales et commerciales des chefs d’entreprise pour qu’ils puissent proposer une offre de produits diversifiée, ainsi qu’à créer les conditions d’émergence d’une dynamique de mutualisation et de construction de partenariat autour d’objectifs économiques concrets. La mobilisation d’artisans français, appuyés par une équipe locale de coordination, permet d’identifier aussi l’offre de services d’appui adaptée pour favoriser l’accès des entreprises artisanales aux marchés les plus porteurs. Les missions de compagnonnage artisanal se déroulent selon trois étapes :

•un diagnostic d’entreprise pour définir les besoins et priorités d’accompagnement,

•un accompagnement et des préconisations individuelles et collectives,

•la conception et réalisation d’une action collective par chaque groupe d’artisans.

L’APCMA appuie également ses partenaires africains, lorsque les conditions sont réunies, pour développer un outil d’accompagnement adapté aux conditions spécifiques de l’entreprise artisanale en Afrique, à savoir les centres de ressources professionnelles (CRP). Les CRP permettent la mise à disposition d’équipements communs, des actions de formation et de perfectionnement, des activités d’information et de conseil en financement, gestion, investissement, innovation, commercialisation…

b) Renforcement des corps intermédiaires : programmes de compagnonnage institutionnel

Cette méthode vise à renforcer le rôle de représentation et la capacité des corps intermédiaires à apporter des services aux entreprises membres. Ce dispositif permet ainsi d’accroitre la légitimité des corps intermédiaires et de favoriser l’adhésion des petits entrepreneurs à ces organisations. Il bénéficie de la mobilisation d’experts de haut niveau du réseau des CMA, chargés de la réalisation de missions de diagnostic économique et institutionnel, de formation des élus et cadres, d’accompagnement administratif ou méthodologique, de définition d’une offre de services…

c) Impulsion de politiques en faveur de l’artisanat : actions de plaidoyer et travail d’influence

Afin de faire reconnaitre la place de l’artisanat dans le développement économique et social, la mise en place d’un dispositif d’incitation à la déclaration de l’entreprise dans le secteur formel et de promotion d’une culture entrepreneuriale est indispensable. Ce dispositif doit favoriser la structuration de la petite et moyenne entreprise et être incitatif pour l’Etat, pour les chefs d’entreprise eux-mêmes et pour leurs salariés.

Dans ce contexte, les initiatives en matière d’accès à la protection sociale et à la retraite, de fiscalité adaptée, de financement sont encouragées et des actions de plaidoyer sont mises en œuvre. Elles mobilisent essentiellement les élus et dirigeants de l’artisanat français et du réseau consulaire africain. Elles devraient se traduire par :

•la sensibilisation des élus et hauts responsables à la charte PME élaborée par la CPCCAF,

•la participation aux instances de réflexion, de concertation et de coordination,

•une réflexion autour de l’accès aux marchés nationaux, aux marchés publics et aux marchés africains.


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