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Travaillons à des outils et des mécanismes performants pour l’aide à la santé publique : le cas des maladies liées à la pauvreté - 10/02/2013 - par Jean-François Alesandrini pour la DNDi (Drugs for neglected Diseases initiative)

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Questionner l’impact de l’aide publique au développement conduit à s’interroger sur les questions de l’innovation médicale et de l’accès aux traitements essentiels, vaccins ou diagnostics.

Au début des années 2000, la recherche et développement (R-D) sur les maladies liées à la pauvreté était littéralement en panne. Le constat fut sans appel : seuls 1,3 % des nouveaux médicaments approuvés étaient spécifiquement destinés pour traiter les maladies négligées, alors que ces dernières représentaient plus de 11 % de la charge de morbidité dans le monde.

De ce constat émergeait une évidence très controversée à l’époque mais maintenant admise par le plus grand nombre des experts : la protection par les brevets n’est en aucun cas un outil incitatif pour engendrer de l’innovation médicale là ou la demande n’est pas solvable c’est-à-dire en l’absence de marché.

Nouveaux modèles. Pour répondre à cette crise relevée par la société civile à la fin des années 90,, ces dernières années ont vu l’émergence de nouvelles approches alternatives dans la recherche médicale à l’instar des partenariats de développement de produits
(PDPs) comme la fondation DNDi (Drugs for Neglected Diseases initiative, ou initiative pour les maladies négligées), la création de plusieurs mécanismes d’incitations pour favoriser l’innovation vers ces maladies négligées, consolider les marchés, partager les connaissances, faciliter l’accès des traitements et leur mise à disposition sur des terrains difficiles.

Un accroissement sensible des ressources affectées à la recherche médicale contre les maladies négligées a été constaté sous l’impulsion de quelques gouvernements dont la France, de la Fondation Bill & Melinda Gates donateur puissant dans le domaine de la santé publique et aussi de l’engagement de plusieurs pays émergents Ces efforts ont permis d’obtenir des premiers résultats intéressants avec en particulier la mise sur le marché de nouveaux produits certes encore loin d’avancées thérapeutiques majeures et l’installation de partenariats publics/privés sur des principes collaboratifs orientés vers les besoins du patient ,s’agit – il faut bien le reconnaitre- pour l’essentiel d’avancées isolées et limitées

Lancée en 2003 par Médecins Sans Frontières, l’Institut Pasteur, des institutions de recherche publique au Brésil, en Inde, au Kenya, en Malaisie, ainsi que le Programme de recherche tropicale de l’OMS, DNDi est l’un de ces opérateurs nouveaux pour la recherche-développement, sorte de laboratoire pharmaceutique sans murs rassemblant et sans profit , rassemblant des capacités de recherche et développement existantes dans le monde, favorisant des transferts de savoirs Nord/Sud et Sud/Sud pour amener sur le marché de nouveaux traitements adaptés, efficaces et abordables. Six nouveaux traitements développés contre le paludisme, la maladie du sommeil, le kala-azar, la maladie de Chagas en moins de 10 ans avec des modes collaboratifs variés mais avec l’objectif de développer des traitements sans brevet dissociant le coût de la recherche du prix final du traitement pour faciliter l’accessibilité aux patients.

Trois Enseignements majeurs pour l’aide publique. Quelles leçons tirer de ces expériences récentes en matière de recherche et développement bénéficiant de l’aide publique et comment contribuer a un meilleur impact des politiques publiques.

Selon l’expérience de la fondation DNDi, trois enseignements majeurs doivent guider les politiques publiques

1. la participation active des pays endémiques est un atout essentiel pour une coordination efficace de la R-D. Les pays en développement, notamment les économies émergentes ayant une forte capacité d’innovation, offrent de plus en plus la possibilité de mener des activités de R-D dans
le cadre de collaborations internationales

2. une innovation plus ouverte et une gestion de la propriété
intellectuelle favorisant l’accès sont essentielles à la création de biens publics mondiaux pour les patients négligés.
En consolidant et en améliorant les initiatives actuelles basées sur le libre accès, les politiques publiques pourraient créer un cadre normatif favorable qui lierait l’innovation et l’accès à de nouveaux produits de santé considérés comme des biens publics mondiaux puisque bénéficiant de subventions publiques


3. Des mécanismes innovants pour des financements durables. Une portion de la taxe sur les transactions financières pour le R-D

Bien qu’en augmentation les niveaux actuels de financements de la R-D pour les maladies négligées seront très insuffisants pour combler durablement le déficit d’outils thérapeutiques. Des mécanismes innovants et pérennes en suivant l’exemple réussi d’UNITAID ou le recours à des taxes indirectes prélevées sur les transactions financières pourraient s’avérer des solutions de financement durables en période de contraction des dépenses publiques L’aide publique française serait renforcée en offrant la pérennité aux programmes de R-D et pourrait être ensuite mutualisée au niveau européen en offrant dès lors la masse critique de financements susceptible de modifier radicalement l’impact en termes de santé publique pour certaines des maladies dont l’OMS planifie l’élimination durable a l’horizon 2020. Seuls des financements innovants engendrés par le politique peuvent corriger la déficience des marchés.


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