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Renforcer les capacités collectives de recherche action en faveur de l’innovation sociale et institutionnelle (10/02/13) - par Laurent Denis, directeur du F3E

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

1/ La réalité des processus de développement invite à accorder une attention particulière aux innovations institutionnelles et sociales.

L’innovation est une notion très relative, d’autant plus dans le contexte du développement, qui recoupe assez fortement celles de changement et d’impact. Pour contourner la difficulté d’une définition absolue, on peut considérer qu’innover consiste à apporter des solutions nouvelles dans un contexte particulier, à un niveau d’abord local (expérimentation) puis avec un objectif de changement d’échelle (diffusion).

Au regard de la complexité du développement, il s’agit aussi de considérer que les innovations peuvent être de différentes natures, qu’elles ne se limitent pas à l’innovation technique ou technologique et qu’il y a un enjeu particulier à innover dans les pratiques sociales et institutionnelles.

A titre d’illustration, pour ce qui est de l’innovation sociale, la définition du CRISES (Centre de Recherche sur les Innovations Sociales) est intéressante : « innovation initiée par des acteurs sociaux, pour répondre à une aspiration, subvenir à un besoin, apporter une solution ou profiter d’une opportunité d’action afin de modifier des relations sociales, de transformer un cadre d’action ou de proposer de nouvelles orientations culturelles » (…). Elle n’est pas le fait d’une autorité car elle « implique un processus de discussion, de transformation et d’adaptation nécessaire à son adoption ».

Les partenariats pluri acteurs représentent quant à eux un potentiel important et intéressant d’innovation institutionnelle dans la mesure où ils sont autant d’expérimentations de modes de gouvernance démocratiques et particulièrement favorables à un plus grand impact sur le développement.

2/ Les innovations sociales et institutionnelles au nord et au sud peuvent se nourrir mutuellement.

Ces champs d’innovation ont également l’intérêt d’être particulièrement propices à une réciprocité dans le développement, à travers une plus forte connexion entre l’économie sociale et solidaire d’une part, la solidarité internationale et la coopération au développement d’autre part :

- les ONG et associations qui agissent au nord et au sud peuvent faire évoluer leurs pratiques au nord au regard des expériences qu’elles mènent au sud sur des problématiques similaires de changement social, de lutte contre la pauvreté et les inégalités notamment

  • les collectivités territoriales engagées en coopération
    décentralisée peuvent enrichir leurs différentes politiques publiques sur leurs territoires en tirant des enseignements de leurs partenariats avec des collectivités au sud

- les expériences de gouvernance et de partenariats pluri acteurs au sud peuvent inspirer des pratiques similaires au nord (développement de modes de collaborations hybrides) ; voir par exemple les aspects innovants des programme concertés pluri acteurs (PCPA), les collaborations entre collectivités territoriales et ONG, entre ONG et entreprises etc.

3/ L’innovation relève plus de la « recherche action » que de l’intervention planifiée et elle doit être davantage considérée comme une activité collective.

On peut considérer qu’un processus d’innovation passe par quatre étapes dont la mise en œuvre demande des capacités spécifiques :
l’émergence, l’expérimentation, l’évaluation, la diffusion.

Favoriser l’émergence et l’expérimentation de l’innovation requiert de mettre l’action de terrain et la participation des acteurs au cœur de la recherche sur le développement, pour être au plus près des besoins, des acteurs et des réalités du développement. Il s’agit de pouvoir identifier dans les pratiques ce qui marche ou pas, ce qui est source d’innovation, avant de les capitaliser puis les diffuser et de changer d’échelle.

C’est aussi par la mobilisation de l’expertise collective, le partage de points de vue, de réflexions et d’expériences que l’innovation peut émerger. La mise en réseau doit permettre de mobiliser l’intelligence collective, mutualiser des savoirs-faire et savoirs, partager des problématiques de changement et des idées de solutions à mettre en œuvre. Il s’agit en particulier de soutenir le travail en réseau autour d’une même thématique d’innovation, à travers des échanges, des études transversales, la diffusion et la publication des résultats etc.

L’innovation peut en effet être conduite comme un processus d’apprentissage collectif qui implique plusieurs acteurs concernés par un problème ou un défi complexe (innovations co-construites). La mise en réseau doit permettre d’identifier les besoins d’innovation (problèmes à résoudre) et agir collectivement pour partager et expérimenter des solutions plurielles, avant d’en valider les résultats et d’en assurer la diffusion large (changement d’échelle). De ce point de vue, il y a un enjeu particulier à évaluer et capitaliser transversalement les résultats des projets financés par l’instrument FISONG, mis en place par l’AFD pour soutenir l’innovation sectorielle des ONG.

Pour favoriser l’émergence et la diffusion des innovations dans une optique de recherche action, les organisations doivent pouvoir renforcer leurs capacités à gérer, individuellement et collectivement, des processus de rétroaction et d’apprentissage tiré de l’action, de capitalisation d’expériences et de production des connaissances.

Enfin, dans la mesure où les innovations réussies sont celles qui aboutissent à des améliorations dans l’efficacité, la qualité ou les impacts des interventions, évaluer l’expérimentation requiert d’avoir des méthodologies adaptées et qui permettent en particulier un équilibre entre les analyses qualitatives et quantitatives dans l’appréciation des résultats et des impacts.


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