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Quelle transition énergétique pour les plus pauvres ? (10/02/2013) - par Hervé GOUYET, président de Electriciens sans frontières

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Apporter la lumière par des systèmes collectifs locaux d’électrification au milliard d’habitants de la planète, qui constitue la bas de la pyramide, est possible, pas si couteux et sera une amorce décisive du développement.

En 2013, près d’un quart de la population mondiale n’a d’autre accès à l’énergie que les sources dites traditionnelles telles que le bois et la tourbe, généralement complétées de bougies et de pétrole lampant. Ces ressources énergétiques sont chères, chronophages, polluantes, peu efficaces et dangereuses. A ces populations dépourvues de tout accès à l’électricité s’ajoutent de surcroit trois milliards de personnes dont l’accès est minimal, caractérisé par des coupures souvent plus longues que les durées de fourniture effective.

Par ailleurs, trois milliards de personnes dépendent de la biomasse pour leurs besoins énergétiques ce qui se traduit par une déforestation importante. Un milliard vit avec moins de un dollar par jour.

Le fossé de consommation entre pays développés et les autres n’est pas en voie de résorption. Cette année encore, comme en 1972, un français a consommé 6 fois plus d’énergie qu’un africain.

Pourtant, l’accès à une énergie efficace, sûre et moins polluante est à la fois un enjeu de développement économique et humain mais aussi un enjeu sanitaire et environnemental. Car l’énergie constitue une condition fondamentale du développement, économique mais aussi et surtout humain. Sans énergie, il n’y a pas d’accès à l’eau potable, ni de lumière dans les maisons, les écoles et les centres de santé. Ainsi, dans les pays en développement, c’est le fonctionnement de l’ensemble des services de la collectivité qui se trouve actuellement entravé par l’accès insuffisant à l’énergie.

Le devoir de solidarité s’impose aujourd’hui comme une réponse aux défis sociétaux de la mondialisation et de l’écologie. Il s’impose aux Etats, aux institutions, aux entreprises, mais aussi aux individus.

Dans la lutte contre la pauvreté, il ne faut négliger aucune initiative, quels que soit la taille et les moyens de ceux qui en sont à l’origine – des grandes institutions internationales aux plus modestes associations humanitaires. Toutes leurs actions sont complémentaires et porteuses de sens.

En apportant l’électricité aux populations les plus démunies, cela contribue à initier puis à maintenir des cercles vertueux de développement humain. En se concentrant sur les besoins les plus élémentaires de la population, des actions posent les fondements d’un développement pérenne. Reposant sur la valorisation des ressources locales, elle permet aux communautés locales de s’approprier ces méthodes et de les reproduire. Lutter contre la pauvreté c’est d’abord donner aux individus les moyens de maitriser et d’exploiter les ressources de leur environnement naturel, afin qu’ils puissent consacrer leur énergie et leurs capacités au développement d’activités productives.

La mise en place de modèles durables et compatibles avec la situation des plus pauvres, est aujourd’hui facilitée par l’émergence de technologies toujours plus efficaces sur le plan énergétique, par l’apparition de produits mieux adaptés (portés par l’intérêt de grands groupes industriels pour ce marché de la pauvreté), et par une réduction des coûts permise par la dissémination à grande échelle de ces produits. Elle suppose l’existence de dispositifs locaux de micro crédit non dissuasifs complémentaires des soutiens institutionnels trop souvent axés sur les gros investissements. Quand le Conseil mondial de l’énergie annonce qu’une cinquantaine de milliards seraient nécessaires annuellement pour atteindre un accès universel à l’électricité d’ici 2030, sur la base d’un système électrique reposant sur des gros moyens de production et la construction de réseaux.
Il faut aussi imaginer une électrification locale répondant aux besoins prioritaires de base s’appuyant sur les ressources locales.

Les acteurs engagés dans ce domaine porteur d’enjeux immenses, savent cependant qu’il n’y a pas d’émergence naturelle de modèles économiques innovants, forcément décalés par rapport à des logiques et des traditions sociales lourdement enracinées. Ils savent aussi qu’il n’y a pas non plus génération spontanée d’entrepreneurs locaux, capables de mettre en place et de porter des projets novateurs. Là où il n’y a pas d’électricité, il n’y a pas d’électriciens, et les success stories vantant l’initiative individuelle ne disent pas toujours les actions de formation et d’accompagnement indispensables pour faire germer l’envie d’entreprendre et donner les moyens de réussir. Les Organisations de Solidarité Internationale, comme les acteurs institutionnels, ont donc à construire des modèles économiques spécifiques, adaptés aux besoins prioritaires, aux moyens et à la culture des populations concernées, et à soigneusement préparer les conditions de leur appropriation et de leur réussite. On ne bâtit pas le même projet pour des agriculteurs du nord Laos que pour des éleveurs transhumants des pays du Sahel.

L’accès durable à l’énergie doit reposer sur des formes d’énergie adaptées aux usages et aux besoins fondamentaux des populations les plus pauvres, et sur des technologies et des équipements les plus efficaces et les plus propres possibles. Il s’agit à la fois de répondre aux besoins immédiats et de favoriser le développement des plus démunis, en utilisant les ressources énergétiques les moins nuisibles pour l’environnement et le changement climatique. La production d’électricité, à partir de sources renouvelables non polluantes (solaire, hydraulique, éolien), chaque fois qu’elles sont disponibles localement, doit donc être favorisée.

Bien plus, le recours à des sources d’énergie locales et non épuisables, réduit la dépendance des populations concernées vis-à-vis de moyens traditionnels coûteux (pétrole, piles jetables) et souvent hors de portée pour les villages isolés. La transition énergétique vers les énergies renouvelables dans les pays en développement est donc à la fois possible et économiquement justifiée. Elle ne peut cependant réussir que si les actions mises en place sont ancrées dans la durée. Elle suppose d’abord une adéquation entre les services énergétiques rendus et les besoins des populations. Mais le bon fonctionnement des installations sur le long terme passe aussi par un transfert de compétences, des modules de formation adaptés, et un accompagnement afin que, sur le terrain, les acteurs s’approprient les technologies mises en place. La réussite des projets repose enfin sur la mise en place systématique d’activités génératrices de revenus destinées à financer la maintenance des matériels et à soutenir durablement l’émergence et l’activité d’opérateurs locaux.

En articulant fourniture d’énergie pour les ménages ou pour des services collectifs, et création d’activités génératrices de revenus pour les populations locales, il est possible d’assurer durablement cette transition énergétique indispensable au développement des plus pauvres de la planète.


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