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Pour une recherche citoyenne au Sud (04/01/2013) - par Marie-Lise SABRIE pour le conseil scientifique de l’IRD

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

Force est de constater dans les pays du Sud, plus encore qu’au Nord, une fracture entre le monde de la recherche et la société civile.

Les avancées de la recherche – il est vrai de plus en plus complexes – demeurent peu intelligibles, suscitant souvent une défiance, et pour le moins un désintérêt, à l’égard des sciences et des techniques. Ce faisant, le rôle et la place de la recherche dans le processus du développement restent méconnus du plus grand nombre, souvent ignorés des décideurs et parfois remis en cause par les acteurs du développement…

Trop souvent confinées dans les laboratoires ou, au mieux, dans les revues de rang A, les connaissances et analyses produites par la recherche peinent à s’affirmer comme une source d’innovations apte à irriguer les politiques publiques de développement et à nourrir les programmes d’action mis en œuvre par les ONG. Et tout laisse penser que, dans les années à venir, ces relations sciences-sociétés se distendront encore puisque l’on observe, comme dans les pays du Nord, une désertion des jeunes générations dans les cursus scientifiques. Récemment, Mary Teuw Niane, alors Recteur de l’Université Gaston Berger au Sénégal1, tirait la sonnette d’alarme pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne, qui, soulignait-il, « assiste comme tétanisée à la désaffection des filières scientifiques et technologiques dans les collèges et les lycées ».

Comment expliquer cet état de fait ? Dans cette région du monde, universités et organismes de recherche s’engagent trop rarement encore dans une politique volontariste de diffusion de leurs résultats, que ce soit vers le grand public, vers les médias qui pourraient s’en faire le relai auprès des populations ou encore vers les ONG qui pourraient en bénéficier dans leurs actions en faveur du développement. Les liens entre le monde de la recherche et la société civile sont d’autant plus ténus que, dans nombre de pays du Sud, en particulier en Afrique subsaharienne, rares sont les institutions dédiées à une médiation et à une « mise en culture » des savoirs scientifiques : musées, muséum, centres culturels, médias (presse écrite, radio, télévision, internet), associations… Or, ces structures, aussi différentes soient-elles, peuvent être amenées à jouer un rôle majeur pour créer les conditions d’une meilleure appropriation par la société civile des connaissances et des innovations issues de la recherche.

Une telle fracture ne peut qu’interpeller les organismes dédiés à la recherche pour le développement des Suds. Dans cette région du monde, ils ont aussi, aux côtés de leur mission scientifique première, la responsabilité de contribuer à promouvoir des sciences plus « citoyennes ». Leurs efforts doivent s’intensifier afin de mieux faire connaître et comprendre les méthodes et apports de la recherche dans l’analyse des grands problèmes mondiaux, l’amélioration des conditions de vie (accès à l’eau, santé, éducation…), la protection de l’environnement et la gestion durable des ressources, la lutte contre les pandémies, la réduction des inégalités sociales et économiques… Et ces efforts doivent porter tant en direction des populations que des pouvoirs publics, des décideurs et des bailleurs de fonds, sans oublier, bien sûr, les ONG.

Dans cette perspective, le champ d’actions est vaste et peut bénéficier, entre autres, des immenses possibilités offertes par les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Aussi quelques propositions pourraient-elles être faites :

  • Inscrire plus systématiquement dans les programmes de recherche, et dès l’amont de la programmation, un volet de diffusion des savoirs et de restitution des résultats vers la société civile, les médias, les décideurs, les ONG, les bailleurs de fonds… en priorité dans les pays ou régions où sont conduites les recherches.
  • Multiplier les occasions de rencontres et de débats entre chercheurs et acteurs du développement, de façon à ce que les grands choix en matière de recherche scientifique et technologique, tout comme les innovations qu’ils peuvent induire, puissent être mieux analysés, débattus, compris ou transférés.
  • Construire des projets en partenariat avec des structures du Sud (associations, ONG, organismes de recherche, universités…) qui souhaitent s’engager dans les politiques de diffusion de la culture scientifique.
  • Renforcer les actions visant à sensibiliser les jeunes publics dans les pays du Sud aux enjeux et au rôle de la recherche dans l’analyse et la résolution des problèmes auxquels ils sont quotidiennement confrontés (santé et environnement notamment).

Signé par les membres du Conseil scientifique de l’IRD :
http://www.ird.fr/l-ird/organigramme/instances-et-comites/le-conseil-scientifique/les-membres-du-conseil


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