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Le chaînon manquant : internet n’y suffira pas (04/02/2013) par Richard ESCADAFAL, président du Comité scientifique français de la désertification (CSFD)

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La percolation des résultats de la recherche et de l’innovation vers les applications, apparaît imparfaite, souvent partielle, voire aléatoire ; et c’est particulièrement le cas dans de nombreux pays en développement.

Pourtant à l’heure des bases de données accessibles par internet, celles-ci peuvent donner le sentiment que a) l’essentiel de l’information scientifique est à portée de main et b) ces outils facilitent sa diffusion vers les utilisations, dont celles pour le développement. Le premier point est certainement vrai pour une bonne part des résultats récents qui sont au bon format numérique et naturellement propagés par les outils du web.

Il y a cependant une masse d’informations datant d’avant l’ère des fichiers numériques et de l’internet, intéressantes et utiles pour résoudre aujourd’hui des problèmes d’environnement et de développement. C’est le cas, par exemple, des nombreuses études sur les composants des milieux naturels et leur utilisation. Cette partie non visible depuis internet peut disparaitre à la vue des jeunes scientifiques, des techniciens, des opérateurs, des acteurs du développement, lorsqu’il se fient presque exclusivement à ce qu’ils peuvent trouver en ligne. En méconnaissent ces travaux ils sont alors parfois amenés à réinventer la roue ou tout au moins à perdre le précieux bénéfice d’expériences et connaissances existantes.

A titre d’exemple, les questions du développement durable , de la sécurité alimentaire sont fondamentalement imbriquées avec celles de la maîtrise de la dégradation des terres, particulièrement dans les régions sèches, où elle s’appelle « désertification » et menace la survie des populations. Or l’information accessible aujourd’hui par internet reste insuffisante pour guider les actions de lutte contre la dégradation environnementale et pour la mise en place de modes de gestion durable des terres. Cas symptomatique, les cartes et inventaires de la nature et la qualité des sols ont été initialement publiés sur papier, depuis certains ont été scannés et rendus accessibles par internet. Mais il ne s’agit le plus souvent que de simples fac-similés, c’est à dire sous des formats et des nomenclatures non directement utilisables, alors qu’elles font partie des informations environnementales indispensables .

De même, les thèses , les études, les monographies, les rapports de projets, sont inégalement accessibles et quand c’est le cas, le plus souvent impossibles à transposer en recommandations pour l’action. C’est là le chaînon manquant.

De fait , la deuxième question est comment rendre intelligible la masse d’information scientifiques éparses qu’elle soient actuelles ou moins récentes. Certes, les activités d’information et de vulgarisation scientifique et technique permettent de sensibiliser les jeunes à l’apport de la science au développement et des actions de diffusion de résultats de la recherche sont de plus en plus souvent intégrés dans les programmes scientifiques. Mais cela ne répond que très partiellement au besoin de capitalisation, indispensable pour éviter que les différents éléments composant les connaissances nécessaires à l’action se diluent et se perdent. Une requête dans une base de données ne donne souvent pas la réponse attendue, il y a un besoin de digérer la masse des informations de sources multiples, de faire converger et synthétiser pour filtrer et retenir l’essentiel des savoirs, en visant particulièrement ceux qui ont une portée opérationnelle pour les actions de développement.

Cette capitalisation, synthèse et mise à disposition d’avis et conseils opérants, qui parait si importante, ne semble pourtant pas être une mission bien identifiée et attribuée. Ce n’est pas du ressort des organismes de recherche qui sont attendus sur les nouveaux résultats et leur "facteur d’impact", ni de celui des ONGs, le plus souvent en prise directe avec le terrain et ont le souci d’avoir des résultats concrets rapidement.

Comme en témoignent les travaux en cours par le groupe d’experts (AGSA) de la Convention des Nations Unies de Lutte contre la Désertification (UNCCD), il n’existe pas de modèle éprouvé de la chaîne complète de l’information entre les connaissances scientifiques et la mise en œuvre d’actions de développement sur le terrain. Ils montrent que l’internet n’y suffit pas et que la percolation nécessite un maillon intermédiaire, préfiguré au niveau global par l’effort de synthèse des panels intergouvernementaux (comme le GIEC pour le climat et l’IPBES pour la biodiversité), effort pour le moment surtout tourné vers les gouvernements. Aux niveaux « inférieurs » plus opérationnels, cette expertise de niveau international est à combiner avec les spécificités, expériences et savoirs locaux, selon une stratégie qui reste encore en grande partie à définir.


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