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La microassurance indicielle, un instrument financier innovant au service du développement agricole et de la sécurité alimentaire (28/01/2013) - par Jean-Luc PERRON, délégué général Fondation Grameen Crédit Agricole

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En Afrique 70% des pauvres vivent en zone rurale et dépendent très largement de l’agriculture pour leur subsistance. L’immense majorité des exploitations agricoles est exposée aux risques naturels, en particulier de sécheresse et d’inondation. De ce fait, mais aussi en raison de la petite taille des exploitations, de l’absence de titres fonciers, de la volatilité des prix et de la dispersion sur un vaste territoire, leur accès aux services financiers est inexistant ou très limité. En particulier les systèmes traditionnels d’assurance agricole, basés sur l’expertise, sont pratiquement inapplicables.

Réduire l’exposition des agriculteurs aux risques, en particulier au travers de dispositifs de microassurance-récolte, lèverait un des obstacles majeurs au développement du crédit à l’agriculture, serait un encouragement à l’équipement agricole et l’amélioration de la productivité, renforcerait la résilience des populations rurales dans les pays les plus exposés aux crises alimentaires et à la malnutrition et contribuerait puissamment à la sécurité alimentaire. Le changement climatique augmente encore le besoin de concevoir et déployer des systèmes adaptés de protection contre les risques météorologiques.

Sans être une réponse complète contre les risques naturels dans les pays en développement, le recours à des indices météorologiques ou des indices de rendement peut permettre l’élaboration de nouvelles solutions de protection. L’indemnisation de la perte de récolte est alors déclenchée automatiquement quand certains seuils, par exemple un déficit de précipitations, sont franchis, ou quand les rendements sont inférieurs à des standards calculés sur des moyennes historiques ou à partir de champs-témoins. L’expérience développée par l’Inde depuis plus de 20 ans dans ce domaine et qui s’applique aujourd’hui à près de 30 millions d’exploitations de moins de 2 ha est riche d’enseignement.

La pénétration de l’assurance reste très faible en Afrique pour la population vivant de moins de deux dollars par jour. Toutefois, l’intérêt pour la micro-assurance agricole et notamment l’assurance indicielle, est grandissant. Les bailleurs internationaux mettent à disposition des fonds pour le développement du secteur. Notamment IFC subventionne la Global Index Insurance Facility (GIIF) en Afrique de l’Ouest et en Afrique de l’Est. Les grands groupes mondiaux de réassurance consacrent des efforts importants de recherche sur ces sujets, dont ils pressentent le potentiel de développement. Les nouvelles technologies, notamment l’exploitation de l’imagerie satellitaire et le déploiement au sol de stations ou de sondes avec transmission automatique des données, ouvrent des possibilités nouvelles de couverture, y compris dans des régions d’accès difficile. Le recours au téléphone portable permet de toucher des populations à faible revenu dispersées sur de vastes territoires. En Afrique des projets pilote d’assurance-récolte indicielles sont en cours, notamment au Kenya, au Rwanda, Mali, Burkina Faso et en Ethiopie.

Ces programmes sont encore jeunes, fortement subventionnées et sont loin d’atteindre l’échelle nécessaire pour être viables à long terme.

Toutefois la microassurance indicielle fait face à un certain nombre d’obstacles à l’expansion et la pérennité du secteur :

  • Coût de développement des produits : les paramètres de l’indice doivent refléter le cycle agronomique de chaque culture et les caractéristiques physiques de chaque micro-région et prendre en compte des séries historiques très longues (30 ans).
  • Coût de création et de maintenance des infrastructures physiques, en particulier d’un réseau suffisamment dense de stations météo.
  • Capacité limitée des agriculteurs à supporter le coût de l’assurance et des budgets des Etats nationaux à subventionner les primes d’assurance.
  • L’éducation des clients : le niveau de compréhension de l’assurance est inexistant ou très faible parmi la clientèle cible. L’appropriation par les agriculteurs de ces mécanismes ne se fera que sur très longue période et à condition de tenir le plus grand compte des traditions locales et des organisations villageoises.
  • L’innovation en matière de distribution : la micro-assurance récolte sera le plus souvent associée (ou "packagée") avec la fourniture des intrants ou l’octroi d’un prêt. Ces canaux de distribution doivent eux-mêmes être formés à ces nouveaux produits.
  • Le risque de base : le maillage des territoires et la précision des indices doivent être fortement améliorés pour éviter que des agriculteurs assurés qui ont subi un sinistre ne soient pas indemnisés, détruisant la confiance dans le système.
  • Le cadre réglementaire devra parfois être adapté pour protéger les clients, tout en permettant le recours à divers réseaux de distribution.
  • Absence d’intérêt économique (« business case ») pour les assureurs locaux : les perspectives de rentabilité sont trop éloignées et incertaines à leur niveau pour qu’ils engagent les ressources nécessaires à la création et la distribution de ces micro-produits.

    Pour répondre à ces défis, une coalition de tous les acteurs du développement – Agences de coopération, banques de développement, ONG – mais aussi du secteur privé - en particulier les groupes d’assurance et de réassurance – est nécessaire pour élaborer une stratégie globale de généralisation de l’assurance agricole dans les pays en développement, mettre en commun les résultats de la recherche et les meilleures pratiques, et déployer des dispositifs d’assurance indicielle adaptés à chaque pays au travers de partenariats public-privé.

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