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L’accès à l’électricité des plus pauvres :des technologiques durables à portée de main, mais un modèle industriel à revisiter (10/02/2013) - par Jean-Pierre CERDAN, secrétaire général de Electriciens sans frontières

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L’accès à l’électricité est un enjeu majeur pour permettre aux plus démunis d’accéder à un niveau de développement qui leur est aujourd’hui interdit. Pour contribuer à la réflexion, deux volets sont explorés : l’impact des innovations technologiques (dans le domaine notamment de la conversion photovoltaïque), et l’inadaptation d’un modèle industriel hérité d’une histoire qui n’est pas celle des pays en développement.

D’un coté, les leçons de longues années d’expérience, qui montrent que les technologies sans carbone, que l’on pensait réservées aux rivages californiens, sont en réalité une réponse adaptée aux besoins élémentaires des populations précaires, réduites aujourd’hui au recours à des énergies chères, polluantes et peu efficaces. Et d’autre part, un bilan des programmes d’électrification récurrents proposés aux pays en développement, qui montre qu’ils s’inspirent d’un modèle à bout de souffle. Il est urgent que nous apprenions à nous adapter à un contexte qui n’est pas (encore) celui des pays développés.


L’électricité, un bien essentiel…

En Afrique plus de 75% de la population n’a pas accès à l’électricité, et si l’on remonte aux régions subsahariennes, c’est 99,6% de la population qui est privée de ce qui est, ou devrait être, un bien essentiel. Essentiel parce que l’électricité impacte tous les piliers du développement : activités économiques, accès à des soins de qualité, accès à une eau qui ne soit pas celle d’un marigot ou d’un puits à ciel ouvert, accès à l’éducation et aux moyens d’information.

… pour les plus pauvres.

Il n’y a pas proportionnalité entre quantité d’électricité disponible et niveau de développement. Toutes les études montrent que les indicateurs qui décrivent le niveau de développement humain d’une population, sont très sensibles à un accès minimal à l’électricité.
Si pour les plus fortunés de la planète, 1kwh en plus ou en moins ne change rien, dans un village d’Afrique, du Laos et d’ailleurs, l’arrivée de ce kWh est un vrai bouleversement. Car l’électricité est plus qu’un simple levier de développement. L’arrivée de l’électricité fait entrer dans la modernité, elle est une rupture qui révolutionne les modes de vie et les comportements. Elle est, pour des millions de villages aujourd’hui coupés de la communauté des hommes, le moyen de se raccorder au monde en marche.

Les ENR, des technologies à portée de main.

Des technologies propres, fiables, robustes et adaptées aux besoins des populations démunies sont aujourd’hui disponibles. Et les expériences acquises par tous les acteurs, institutionnels et ONG, engagés sur le terrain, démontrent qu’il est d’ores et déjà possible de mettre à la portée des plus précaires les meilleures technologies. Depuis des siècles l’exploitation de ressources hydrauliques est affaire de techniques quasi rustiques et bon marché. Ce qui était accessible, il y a plus d’un siècle, à des villages savoyards, est à la portée de communautés laotiennes. Malheureusement le potentiel hydraulique de la planète n’est pas équitablement réparti. Il reste donc, parmi les énergies renouvelables non dévastatrices (le bois), l’énergie éolienne et le solaire. Cette dernière, grâce aux techniques de conversion photovoltaïque, a l’immense avantage de tirer parti d’un gisement énergétique inépuisable et partout disponible.

Dans ce domaine stratégique, les programmes de R et D permettent
d’entrevoir de nouveaux progrès en matière d’efficacité et de coût de mise en œuvre, dans le prolongement des réductions continues et sensibles déjà réalisées sur le prix, au kW installé, des installations photovoltaïques. Mais le constat d’une utilisation désormais possible de cette filière à grande échelle, et d’un réel potentiel d’augmentation massive des volumes de production, est à lui seul porteur de perspectives significatives d’une baisse des couts, qui rendra encore plus accessibles des équipements répondant aux besoins du bas de la pyramide.

C’est bien là la véritable innovation en matière technologique : les technologies les plus avancées ne sont pas réservées aux plus riches. Elles sont capables de répondre dès maintenant aux besoins des plus pauvres. Et c’est à eux qu’elles sont le plus utile. Pour la communauté des équipes de R et D, il est sans doute important (et motivant) de savoir que la course vers des technologies plus performantes est plus qu’une compétition de haut niveau, et qu’elle concerne directement plus de un milliard de personnes.

Un modèle industriel dominant inefficace.

Les systèmes électriques fondés sur des moyens de production centralisés et de grands réseaux de transport associés, ne sont pas adaptés au contexte géographique et démographique de la plupart des pays en développement. Ils sont incapables de desservir des populations rurales dispersées. Les coûts de desserte et de raccordement sont presque toujours prohibitifs, ramenés aux services rendus et aux ressources des communautés villageoises. Et lorsqu’il est accessible, le kWh délivré est d’un coût élevé.

Ces grands systèmes sont dépendants de sources d’énergie fossile (à l’exception de quelques grands ouvrages hydroélectriques), chères et polluantes. Les énergies renouvelables sont en effet des énergies réparties, difficiles à marier avec un modèle qui fonde sa rationalité économique sur des moyens de production suffisamment concentrés et de taille suffisante pour justifier l’existence d’un réseau à maille régionale ou nationale.

Il est donc temps, pour les décideurs publics, comme pour les bailleurs institutionnels, de revisiter un modèle dominant incapable à la fois de desservir des pans entiers de populations, et inadapté à l’utilisation de sources durables d’énergie, les seules qui soient le plus souvent disponibles localement, les seules aussi à n’avoir que peu d’effets sur la dérive climatique.

Il est temps d’engager de grands programmes d’électrification rurale, fondés sur des systèmes de production à l’échelle locale, et utilisant des ressources disponibles localement : solaire, petite hydraulique, éolien.


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