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Coopérer avec l’économie sociale et solidaire (12/02/2013) - par Pascale DELISLE, comité de coordination du Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale et solidaire (RIPESS)

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Des formes d’organisations communautaires, sur constat de besoins non satisfaits, se créent au Nord comme au Sud, pour apporter des solutions innovantes et participatives, qui viennent structurer un développement économique local, à partir de ressources essentiellement endogènes. Ces entreprises collectives d’initiative populaire s’organisent à la frontière de l’économie informelle, pour innover dans de nouvelles formes de productions/consommations.

Les travaux d’Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie 2009, sur la gouvernance des biens communs , ne permettent plus de mettre en doute l’efficacité et la pertinence de ses formes d’auto-organisations pour gérer des ressources communes. Un des buts affiché par Ostrom était de montrer l’efficience des formes d’auto-gestion des usagers-producteurs-appropriateurs de ressources communautaires, pour démontrer qu’une 3° voie était possible, entre la logique d’un service public et la réponse entrepreneuriale de développement d’une offre régulée par le Marché.

Le modèle de l’implication/engagement des individus dans les processus de gestion/production est toujours présent, depuis l’avènement de l’économie sociale au 19° siècle et les circuits courts producteurs/consommateurs viennent revisiter le concept. La finance participative ou crowdfunding, qui va du club d’investisseurs pour soutenir du développement local aux tontines africaines, en passant par les sites spécialisés dans le soutien aux micro-projets économiques, est en plein essor.

Les pays émergents (surtout l’Amérique du Sud) sont à l’initiative des plus innovants phénomènes d’implication des acteurs/producteurs/usagers (reprise d’activités en coopérative dès les années 2000, budgets municipaux participatifs (co-gérés entre acteurs publics et citoyens), banques communautaires de développement local fonctionnant en mixité financière avec des monnaies locales….) Il n’existe pas de forme juridique spécifiquement adaptée à ces initiatives même si la plupart utilisent les formes courantes de l’économie sociale et solidaire (coopératives, associations,
mutuelles,…) Les organisations de l’économie sociale et solidaire sont issues de la même dynamique participative (traditionnellement un homme égal une voix dans les supports juridiques précités) et le réseau international des circuits courts, URGENCI, est venu naturellement rejoindre le Réseau intercontinental de promotion de l’économie sociale solidaire (RIPESS) . Mais cette mouvance déborde la sphère de l’économie sociale et solidaire : ainsi le réseau des villes en transition (transition towns), qui développe une méthodologie de relocalisation, de mutualisation et d’auto-suffisance en matière énergétique, alimentaire, monétaire… dialogue avec les réseaux de l’ESS ou des monnaies complémentaires, sans leur être affilié.

Optimiser l’aide au développement et son impact

En complément des formes traditionnelles d’APD, un programme d’aide au développement spécifiquement orienté sur ces dynamiques de développement endogène issu d’une forme communautaire organisée, permettrait de mieux cibler des activités qui répondent à des besoins auto-déterminés par les populations elles-mêmes et préviendrait les risques d’imposition de solutions idéales européocentrées du genre « nous savons ce qui est bon pour vous ». Une communauté qui s’est mobilisée est mieux à même de potentialiser une aide et l’implication de ses parties prenantes permet un impact optimal pour toute forme de coopération. Une supervision multi-acteurs diminue les risques de pratiques déloyales, de détournements financiers et les risques de « capture » du projet à des fins particulières par un des acteurs publics ou privés impliqués.
Un exemple particulièrement réussi d’aide au développement, à l’origine de Banco Palmas, à Fortalezza, à consister à transformer une APD d’une ONG hollandaise destinée à la construction d’une école, en caution pour une monnaie locale ad hoc, permettant ainsi une traçabilité totale de la circulation de cette aide, qui a été affectée à plus de 70% pour rémunérer/valoriser des produits et services locaux, permettant la construction de l’école tout en dopant le développement local à partir de ressources endogènes.

Aucune ONG n’aurait pu accomplir le remarquable travail de « marketing viral » produit par l’implication des usagers/bénéficiaires de cette aide, à l’origine de la 1° banque communautaire brésilienne, qui a inspiré un réseau de plus d’une centaine de banques en monnaie locale, au Brésil.

Types d’innovations à développer pour accompagner ces dynamiques d’acteurs

puceoupas nécessité d’un travail d’identification et de classement thématique en amont car aucun réseau ne permet une visibilité complète de ces initiatives

puceoupas recherche partenariale (ou participative) acteurs-chercheurs pour favoriser l’intelligibilité de ces nouveaux modèles et leur possible essaimage -outils de traçabilité de l’aide au développement, en la clonant en monnaie locale pour irriguer un circuit prédéfini, (elle ne peut ainsi s’échapper du territoire ou du projet)

puceoupas élaboration d’un référentiel permettant de visibiliser les différents modes de participation et de gouvernance des parties prenantes, par exemple, à partir des critères de réussite identifiés par E.Ostrom

- techniques d’évaluation multi-parties prenantes, pour installer un dialogue qui nourrit une démarche de progrès -modules de formation à l’articulation avec les démarches participatives pour les gouvernements locaux, les ONG ; formation par les pairs


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