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Banques communautaires de développement et monnaies sociales - Par Carlos de Freitas (Institut Palmas Europe)

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

Une banque du peuple et une monnaie locale

une méthodologie financière et sociale inventive et évolutive pour installer durablement les bases de l’éradication de la pauvreté dans les territoires enclavés

En 1998, après 25 ans de luttes pour l’accès aux services de base (eau, électricité, transport, assainissement), et face à des circonstances sociales et économiques toujours plus aggravantes, une communauté du Nordeste brésilien a choisi de s’émanciper de sa condition de laissée pour compte en s’inventant un outil sur-mesure : la banque communautaire.

Le système Palmas en bref

pour un développement territorial endogène et solidaire des communautés

Alliant un système traditionnel de microcrédit à la production (taux d’intérêts évolutifs et solidaires) à l’exercice d’un microcrédit à la consommation (sans taux d’intérêt) basé sur la gestion et la diffusion d’une monnaie locale - le « Palmas » - ne circulant que dans le quartier et indexée à parité sur le réal (1 réal = 1 palmas), la Banque Palmas fédère autour de ses activités financières des programmes :

  • d’insertion et de formation professionnalisants (capacitations ciblant notamment les jeunes et les femmes en situation de risque social et visant à créer des leaders communautaires pour l’avenir),
  • d’accompagnement vers le retour à l’emploi (un bureau de l’emploi local intégré),
  • de sensibilisation et de mobilisation des habitants au travers de campagnes pédagogiques et populaires (consommer localement, promotion des fondamentaux de l’économie solidaire, concours locaux, projets communautaires de développement…),
  • de renforcement du réseau de commerçants et de producteurs locaux, notamment par la réalisation d’une cartographie de la consommation et de la production locales et de marchés solidaires,
  • d’incubation et de développement de coopératives locales (reprenant la « marque » du quartier : le Palmas : PalmaFashion, PalmaLimpe, etc.)
  • de développement de services financiers adaptés aux communautés, en complément des mécanismes de microcrédit, une micro-assurance vie, des contrats de correspondances bancaires avec les banques traditionnelles implantant un service financier de proximité)
  • d’innovation technique et technologique (logiciels de gestion open source, paiement par téléphonie mobile, applications de cartographies de la consommation locale).

Le dispositif est gouverné par la communauté réunie en assemblée populaire, chaque semaine.

Un dispositif pour territorialiser l’économie, dynamiser les échanges, transformer les comportements

La monnaie sociale fédère les énergies communautaires autour d’un projet collectif et territorialisé.

Elle permet par ailleurs aux habitants des quartiers pauvres de consommer auprès des commerçants et des producteurs acceptant la monnaie locale.

Ces derniers offrent aux clients, réglant leurs achats à travers cette monnaie, des décomptes incitatifs à partir de 5 %.

Les administrations publiques présentes dans le quartier et certaines entreprises peuvent régler une partie (5 à 20 %) des salaires de leurs employés, issus du quartier, en Palmas, participant ainsi à renforcer la vitesse de circulation de la monnaie locale.

Cette relocalisation sociale de l’économie dans les quartiers favorise un développement endogène et pérenne sans pour autant isoler la communauté (et les commerçants) du marché traditionnel : les commerçants peuvent en effet convertir la monnaie locale en monnaie nationale, auprès de la banque communautaire, afin de renouveler leurs stocks, mais également pour importer des produits ou technologies présents sur le marché national.

Si la monnaie nationale créé la richesse, la monnaie sociale la redistribue.

L’institut Palmas (IP), organe de diffusion de cette méthodologie, fédère aujourd’hui un réseau de 110 banques communautaires réparties dans tout le Brésil et constituées sur le modèle de la Banque Palmas (mais en toute autonomie).

Organisation faîtière, l’IP a géré plus de 40 millions € depuis

2005 en formant et en employant uniquement des habitants des communautés.

En 15 ans, la Banque Palmas a révolutionné les pratiques de l’économie sociale et solidaire brésilienne.

De par son partenariat avec la Banque Nationale de Développement Economique et Social (BNDES) (portefeuille actif de crédit à la production de près de 1,14 millions € directement investis dans les quartiers), l’Institut Palmas réalise une hybridation des économies (locale-solidaire et capitaliste-de marché) favorisant l’attractivité des quartiers et le développement propre des communautés.

Correspondant bancaire de banques traditionnelles, la Banque Palmas joue aussi le rôle de guichet universel de proximité (ouverture de comptes courants, règlement de factures diverses ou perception des pensions de retraite et autres prestations sociales, dont une partie peut être versée en monnaie locale) : rétribuée à chaque transaction réalisée, elle installe sa durabilité financière.

Soutenu par le Secrétariat National à l’Economie Solidaire brésilien, intégrant des collectivités locales d’échelle d’intervention diversifiées (municipalités, états-régions), partenaire de plusieurs banques brésiliennes, appuyé par les réseaux mondiaux d’économie sociale, évalué par des chercheurs académiques, plusieurs fois primé, disséminé sur tout le territoire brésilien, le modèle de développement vertueux institué par la Banque Palmas est déjà une référence internationalement reconnue.


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