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Les PCPA et le renforcement des sociétés civiles (08/02/2013) - par Anne-François TAISNE au nom de Aide et Action, CFSI et CNSL

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La concertation entre le MAE et les ONG, au début des années 2000, a conduit à la création d’un instrument novateur de coopération non gouvernementale, le programme concerté pluriacteurs (PCPA).
Ce type de programme affiche clairement l’objectif de renforcer les capacités individuelles et collectives des organisations de la société civile d’un pays tiers, tout autant que de développer une pratique du dialogue entre l’Etat et ces organisations. Il mobilise une diversité d’acteurs de la société civile française en mesure d’apporter leur contribution à cet objectif. La perspective de temps de tels programmes est donnée dès le démarrage, sous condition bien sûr de démontrer ses acquis progressifs, pour une période moyenne de 8 ans, au-delà des engagements contractuels habituels.

Les PCPA sont suivis attentivement par le ministère des affaires étrangères et accompagnés par l’AFD. Ils ont été développés en Algérie, au Cameroun, au Congo, en Guinée, au Maroc et dans l’espace régional Roumanie/Bulgarie/République moldave. Ces « géographies » avaient en commun la faiblesse de la société civile et de son organisation, liée au contexte politique ou à des situations de sortie de crise. Ceci explique que dans les PCPA prime la définition de valeurs communes qui sont l’une des clés du partenariat : une culture de paix basée sur le dialogue, la réciprocité et la solidarité entre les acteurs.

Les PCPA sont des programmes innovants car ils mettent en réseau des organisations qui n’ont pas forcément l’habitude de travailler ensemble : associations généralistes ou non, syndicats, collectivités locales, aidant en cela à favoriser des convergences de stratégies, d’approches et d’intérêt. Elles ne sont pas toujours des spécialistes de l’aide au développement. En revanche elles ont une pratique sociale sur leur propre territoire. Celle-ci leur permet d’intervenir sur des enjeux de développement local (Congo) ou socio-économiques, comme en Guinée pour l’exploitation minière. Et leur connaissance d’un secteur d’intervention comme la jeunesse ou l’insertion socio-professionnelle (Algérie, Maroc, Roumanie) contribue à créer des partenariats forts et à positionner les organisations de la société civile comme des acteurs crédibles et légitimes.

Les PCPA renouvellent les modalités de coopération en favorisant une gouvernance partagée et ancrée au Sud. Ils contribuent à élargir le champ des partenariats bilatéraux entre organisations du nord et du sud et créent de nouveaux modes de coopération basés sur la co-construction du programme par tous et sur la coresponsabilité. Le renforcement des organisations de la société civile va bien au-delà des compétences techniques. Il concerne l’exercice de la vie associative à travers le modèle de gouvernance qu’il propose, les compétences politiques qu’il favorise en incitant à développer la concertation. Le pluri-acteurs se concrétise, non pas autour d’un jeu à 4 imposé (pouvoirs publics et société civile des deux pays), mais autour d’une implication de l’ensemble des acteurs d’un territoire, associations, syndicats et collectivités locales. Les PCPA jouent ainsi un rôle déterminant pour concrétiser les politiques de décentralisation, renouveler la coopération décentralisée et favoriser des interactions entre la société civile et les pouvoirs publics.

En 2012, une méta évaluation des PCPA a été conduite à la demande de l’Agence Française de Développement. Ce bilan a souligné de nombreux résultats dans le domaine du renforcement des capacités des sociétés civiles. Ainsi, les PCPA « ont fait entrer le principe de concertation et de dynamique multi-acteurs dans la culture des organisations de la société civile (OSC) et ont contribué au rapprochement de familles d’OSC différentes et parfois opposées ». Ils ont favorisé « l’organisation collective de la société civile en s’appuyant sur des structures existantes ou en contribuant à en créer de nouvelles ». Les résultats politiques sont liés au contexte : reconnaissance de la société civile, évolution des politiques sectorielles, gouvernance démocratique ou conciliation / réconciliation sont à l’actif de l’action des PCPA.

Les PCPA constituent un instrument au service des enjeux du chantier 4 des Assises pour mettre en pratique des logiques de dialogue et de concertation et des stratégies élaborées de manière pluri-acteurs. Pour les renforcer et les démultiplier, ils doivent encore plus s’articuler avec les instruments de la coopération française et d’appui aux OSC du Sud. Ils devraient profiter des dynamiques interministérielles afin d’allier les enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Ainsi, forts de cette articulation, ils seront d’autant plus des outils au service d’un développement durable, et d’une cohérence des interventions et des politiques.

Leur démarche doit également être davantage connue pour permettre aux différents acteurs et aux citoyens d’appréhender les modes de renouvellement de la solidarité inter-nationale. En ce sens, les échanges qu’ils favorisent entre les territoires, entre des professionnels de différents secteurs doivent être renforcés. Ceci demande que la France adopte une politique de visa nettement plus favorable à l’accueil des différentes parties prenantes de ces programmes.

Les futurs PCPA devront, pour renforcer leur impact politique, s’articuler davantage avec les contextes locaux mais aussi régionaux et internationaux et ainsi prendre la mesure de tous les défis économiques et sociaux.


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