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La liberté de l’information, facteur essentiel du développement (23/01/2013) par Christophe DELOIRE, directeur général de Reporters sans frontières

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La liberté de l’information n’est ni un privilège corporatiste, ni un slogan couvrant des intérêts particuliers, ni un concept éthéré. La liberté de l’information est au contraire un facteur d’épanouissement politique, économique, social et culturel, par conséquent un catalyseur essentiel du développement et de la solidarité internationale.

1) Facteur de transparence et d’efficacité de l’aide

Comment identifier la réalité des besoins dans de vastes territoires sans perception indépendante et plurielle de la réalité ? Comment assurer la transparence des circuits d’aide sans regard extérieur ? Comment lutter contre la corruption si la propagande empêche toute révélation ? Comment dénoncer l’accaparement des ressources dans un pays si le pluralisme n’y est pas assuré ? Comment garantir les flux d’information entre les parties prenantes si Internet est contrôlé ?

Les défaillances logistiques ne sont pas seules en cause lorsqu’il arrive que des ressources soient laissées sans usage, ou mal utilisées, tandis qu’à proximité des hommes et des femmes dans le besoin n’en bénéficient pas. Une mauvaise allocation de l’aide peut être imputable à un défaut d’information de ceux qui pourraient en bénéficier, d’où la nécessité d’une circulation fluide de l’information. Il est crucial que l’information soit équitablement répartie, afin que des catégories sociales ou des groupes humains ne soient pas oubliés.

2) Facteur de développement des « capacités »

Le Prix Nobel d’économie Amartya Sen a défini le développement comme « un processus d’expansion des libertés individuelles substantielles ». Incontestablement la liberté de l’information est de celles qui favorisent les « capacités » d’un individu, entendues au sens de sa maîtrise du système de santé, du système d’éducation, du débat public, pour résumer, au sens de la maîtrise de sa vie. Si l’on convient que le développement n’a pas pour seul objectif l’élévation du niveau de richesse, mais l’amélioration de toutes les possibilités sociales, économiques et politiques offertes à l’individu, l’accroissement de sa « capabilité », la liberté de l’information est une condition sine qua non.

Dans un régime de propagande, de mensonges ou d’occultations, que ce régime soit martial ou soft, un être humain peut sans doute marcher, mais n’est pas libre de choisir son chemin. Il ne l’est pas car il ne peut pas prendre ses décisions en connaissance de cause. En l’absence de liberté de l’information, privé de sa lucidité économique, sociale et politique, cet être humain n’a pas la possibilité de vérifier la jouissance des autres libertés par lui-même et ses concitoyens. La liberté de l’information est celle qui permet de vérifier l’existence de toutes les autres (libertés).

3) Facteur de développement des sociétés

S’il est porté atteinte à l’intégrité physique ou morale des « acteurs de l’information » qui se chargent de rapporter les faits, une société ne saurait être transparente à elle-même, et ne saurait donc identifier ni ses problèmes ni les solutions à ses problèmes. Pour fonctionner de manière pertinente, tant le secteur public, le marché privé que l’économie informelle ont besoin d’une juste représentation du réel. Si la (cyber)censure empêche la liberté de la production et la circulation des informations, les comportements des acteurs politiques et économiques sont altérés, quel que soit le sens critique de ces derniers vis-à-vis des systèmes de propagande.

Conclusion

Pour assurer la cohérence des politiques publiques avec les objectifs du développement, il est essentiel que l’expression de toutes les parties prenantes soit libre, des autorités gouvernementales jusqu’aux individus eux-mêmes, en passant par les organisations politiques ou syndicales. Dans son intervention d’ouverture des assises, le ministre chargé du développement, Pascal Canfin, a observé que « les intérêts légitimes sont parfois contradictoires et les intérêts contradictoires sont tout aussi légitimes ».

Les reportages et les enquêtes des journalistes professionnels et des « citoyens d’information » contribuent directement au développement parce qu’ils favorisent la diffusion de repères factuels et l’expression des intérêts divergents. Dès lors, il paraît essentiel que les politiques de développement et de solidarité internationale incluent désormais, comme objectif et comme moyen, la défense et la promotion de la liberté de l’information.


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