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Efficacité et Transparence I : Pour quoi faire ? (10.02.13) - Par le Groupe Coopération et Développement EELV

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

Le concept d’efficacité de l’Aide nait tardivement en 2005 après 20 ans de néolibéralisme mondial. Appliqué dans un contexte de post guerre froide qui néglige les « petites » puissances, l’ajustement structurel a provoqué baisse de l’APD, régression des services publics et ouverture commerciale, des PMA notamment, à une concurrence mondiale dévastatrice pour leurs économies rurales, leur base productive. En 2000, la conscience croissante de risques sanitaires, climatiques et sécuritaires mondiaux, eux sans frontières, incite la communauté internationale à une « Déclaration du millénaire » ambitieuse à l’ONU (8 OMD visant à réduire –« de moitié »- la faim et l’extrême pauvreté d’ici 2015), puis la conduit en 2002 à se réengager pour les financer sur un objectif d’APD de 0,7% du PIB de l’OCDE (tombée au plus bas à 0,2%).

La Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’Aide en 2005 vient tempérer cette générosité affichée en insistant sur le « mieux » plutôt que « plus », bien connu des périodes de restriction budgétaire. « Appropriation, alignement, harmonisation .. » sont les maitres mots –technocratiques- sans réelle conséquence tirée, qui sont censés guider une APD qui restera chiche au nom de la « faible capacité d’absorption » des États, vidés justement de ressources par les restructurations, dérégulations et privatisations.
Le mal est fait : L’inefficacité supposée de l’APD et des États « bénéficiaires » est pointée du doigt, sans s’interroger, ni sur l’impact des politiques internationales, ni sur l’intensité et la priorité, défectueuses, des moyens engagés. L’opinion publique est déjà entrée dans l’ère du soupçon par 40 ans de mal développement -sans transparence ni promotion de l’action publique- et par les échos des corruptions et dictatures d’Etats « défaillants », soutenus sans vergogne excessive par les grandes puissances malgré une rhétorique vertueuse, au nom de la stabilité, puis du terrorisme, sans négliger nos intérêts particuliers (Françafrique). Elle est déjà acquise au moins d’Etat et convaincue de la seule efficience des ONG (« 1 € donné = 1 € sur le terrain »).

Comment s’étonner du scepticisme persistant des européens, des français, à l’égard de l’APD ? Leur bonne volonté ininterrompue face à la misère du monde, alors que sévit depuis 40 ans une crise occidentale majeure, mérite mieux que ce storytelling fait de peurs latentes, de bonne conscience et de manque d‘ambition publique.
L’action caritative, puis militante ou citoyenne, d’ONG devenues OSC, elle, a capitalisé ses expériences de travail participatif de terrain auprès des plus pauvres et vulnérables et, dans une critique constructive du modèle, porte, seule avec les mouvements sociaux mondiaux, l’appel au retour urgent de grandes régulations publiques.
L’efficacité de l’aide, et son avatar, la « gestion de l’aide par les résultats », que l’on « mesure », ont donc une histoire et une expression libérales. Derrière le vocabulaire banalisé du management, la vision politique néolibérale –versus un altermondialisme régulateur de plus en plus convaincant issu de ses rangs mêmes (J. Stiglitz) - perdure dans une fausse neutralité de ses déterminants idéologiques (la main invisible du marché rendant « inutile » le politique), installant partout logique marchande et dédain du public.

On ne s’attaque pas aux causes, l’ordre mondial étant donné (par les IFI et l’OMC). Et les bailleurs de fonds, unanimes, tentent de mettre la réalité institutionnelle, sociale et politique, des pays et de leur changement social, en batterie d’objectifs, de chiffres et de tests (ex E. Duflo), ayant l’apparence de la rigueur. Les « cadres logiques » (ex
ante) des programmes peinent pourtant, et pour cause, à traduire la complexité des relations de système entres les dimensions multiples du développement (au moins 4 dans le DD) et l’impact de l’APD sur ses dynamiques. Les objectifs alignés ne sont pas forcément quantifiables et les indicateurs tendent à transformer les résultats -à la consistance et à la durabilité douteuses- en objectifs finaux dont ils deviennent la substance.

Après 50 ans d’échecs massifs successifs qui ont vu les grands bailleurs se rapprocher de la recherche et des ONG, les « développeurs » s’accordent aujourd’hui : Le développement renvoie à des processus de changement complexes, non linéaires, dans un cadre globalisé, surdéterminant.

Plutôt que de viser un contrôle (souvent financier) peu performant, la redevabilité, vue comme responsabilité des acteurs de rendre compte de leurs actions et de ses résultats auprès d’eux-mêmes comme des contribuables (ou des citoyens ?) –enjeu de mobilisation-, doit aujourd’hui consacrer l’intérêt d’une logique de processus, nécessairement contextuels, participatifs et inclusifs, en renforçant :

  • l’évaluation interne d’amélioration permanente (à l’image du
    médico-social en France)
  • la capitalisation par la généralisation d’évaluations ex-post de
    type systémique, indispensable au changement d’échelle nécessaire à une APD aujourd’hui à l’étiage.

L’efficacité de la politique APD est aujourd’hui critiquée dans son cadre de référence (quel développement ? les DH dans une transition écologique globale), son cadre politique international (cohérence externe par la régulation), dans ses choix (cohérence interne par priorisation), ses institutions (pilotage) et sa légitimité citoyenne, et ses moyens techniques et financiers (à hauteur enfin des enjeux ?).


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