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Efficacité du développement ou efficacité de l’aide ? Analyser en quoi l’aide contribue aux processus de développement (23/01/2013) - par Laurent DENIS, directeur du F3E

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I. Introduction : la question n’est pas tant de savoir ce que l’aide réalise, mais en quoi elle est utile au développement.

Cela renvoie à la dualité entre efficacité de l’aide et efficacité du développement. Notre objectif final est l’efficacité du développement (quel développement ? Cela renvoie au chantier n°1…). Naturellement, l’efficacité de l’aide y contribue, mais c’est un angle de vue plus limité, qui peut parfois déboucher sur des approches où le moyen prend le pas sur la fin.


II. Deux notions centrales en matière d’efficacité : la complexité du développement et l’apprentissage.

II.1. La complexité du développement

La notion d’efficacité du développement est indissociable de celle d’impact. La difficulté est que – sauf cas particuliers très circonscrits – l’impact renvoie à des processus de changement complexes, non linéaires, que les acteurs de l’aide ne maîtrisent pas et qu’ils peuvent difficilement anticiper. L’aide constitue l’un des facteurs – parmi d’autres – qui contribue aux processus de développement.

II.2. L’apprentissage

Il faut donc essayer d’appréhender la complexité du développement.
L’objectif n’est pas tant de chercher à s’attribuer le mérite de telle brique sur un mur construit à plusieurs, que (i) de comprendre les mécanismes de changement à l’œuvre dans un contexte donné et (ii) d’analyser en quoi l’aide a pu – ou pas – y contribuer.

Ainsi, les acteurs de l’aide pourront améliorer leurs pratiques pour contribuer à plus d’impact. Ceci n’est pas du tout incompatible avec l’obligation de rendre compte, au contraire : cette meilleure compréhension des processus de développement doit permettre de mieux rendre compte, de façon plus pertinente.

III. Propositions pour améliorer l’efficacité

■ Prendre du recul avec la « religion de l’indicateur ».

Limiter la mesure de l’efficacité à une comparaison prévisionnel/réalisé est réducteur, du fait de la non linéarité du développement. De même, on ne peut se limiter à des indicateurs de performance définis a priori. Au contraire, il est nécessaire de centrer les méthodologies sur des questions évaluatives que l’on se pose. Les réponses qui y seront apportées pourront inclure des indicateurs quantitatifs et qualitatifs, mais doivent viser avant tout la compréhension et l’apprentissage.

■ Développer des méthodologiques qualitatives, permettant d’appréhender la complexité du développement et de doter les acteurs de clés de compréhension et d’apprentissage.

Les méthodologies qui cherchent à apporter des preuves rigoureuses et scientifiques d’un impact sont utiles, mais ne doivent pas empêcher le développement de méthodologies plus qualitatives, qui cherchent à appréhender des questions plus vastes et plus complexes et visent à doter les acteurs de clés de compréhension et d’apprentissage. On pourra s’inspirer de certaines approches ou méthodologies développées en ce sens (ex. : cartographie des incidences, techniques du changement le plus significatif, théorie du changement…) et développer des approches sur-mesure, adaptées aux besoins spécifiques des acteurs.

■ Développer des méthodologies participatives, inclusives.

L’implication des acteurs du développement est indispensable. Cela signifie que les critères et méthodes d’appréciation de l’efficacité doivent être conçus et mis en œuvre de façon inclusive, au-delà des bailleurs de fonds et, plus globalement, au-delà des acteurs de l’aide, c’est-à-dire avec les acteurs directement impliqués dans les processus de développement (autorités locales et nationales, organisations de la société civile et autres acteurs communautaires dits « bénéficiaires »).

■ Renforcer les capacités des acteurs

La prise en compte de la complexité du développement exige de renforcer les acteurs, tant ceux de l’aide que ceux impliqués directement dans les processus de changement sur le terrain. Un tel renforcement des capacités n’est pas uniquement méthodologique, il est aussi politique (s’attaquer aux causes structurelles des difficultés de développement, plus qu’à leurs conséquences) et d’interaction (interagir avec les autres acteurs influents en termes de changement).

■ Développer des espaces d’échange et d’apprentissage pluriacteurs

Il est nécessaire de développer les espaces d’échange et d’apprentissages entre les acteurs du développement, sans nécessairement cloisonner entre les différentes familles d’acteurs (acteurs publics, collectivités territoriales, ONG, syndicats, chercheurs, etc.).

■ Mettre en cohérence les procédures de financement avec les exigences de la prise en compte de la complexité et l’apprentissage.

Les procédures de financement doivent permettre aux acteurs de l’aide de développer des actions permettant d’appréhender cette complexité : inscrites dans le temps, avec des méthodologies permettant l’apprentissage (tant des acteurs de l’aide que des acteurs « locaux » et des « bénéficiaires » avec lesquels ils travaillent).
À cet effet, il serait utile d’éviter la systématisation des évaluations instaurées dans une optique de redevabilité, car alors la compatibilité entre apprentissage et redevabilité est difficile. La promotion d’un suivi-évaluation orienté vers l’apprentissage et le pilotage constitue un autre facteur très positif pour favoriser un environnement propice.


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