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Sécurité alimentaire : pour une cohérence dans les politiques d’investissements (10.02.13) Jorand Maureen - Chargée de plaidoyer souveraineté alimentaire - CCFD Terre Solidaire

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

La sécurité alimentaire mondiale, l’enjeu de nourrir tout un chacun dans un contexte de crises multiples, continue à mobiliser – politiquement et financièrement – la communauté internationale.
Investir dans l’agriculture est aujourd’hui présenté comme la solution clé pour atteindre cet objectif.

Constats :

Ces investissements peuvent revêtir une multitude de formes (accès aux semences, développement des infrastructures, soutien à l’organisation des producteurs, formations, etc… ). Cependant, nombre d’investissements engagés au titre de la sécurité alimentaire n’atteignent pas leurs objectifs, voir pire violent les droits humains.

Les accaparements des terres et des ressources sont les révélateurs de ce phénomène qui épuise les agricultures paysannes et familiales en les privant de leur ressource primaire, la terre. On ne parle pas d’un épiphénomène mais bien de centaines de millions d’hectares en dix ans.
Or 60% de l’alimentation mondiale est issue de l’agriculture paysanne, laquelle constitue donc la clé de la sécurité alimentaire mondiale.

Dans ce contexte, parler de cohérence des politiques pour la sécurité alimentaire, c’est s’assurer que les avancées politiques pour la
défense des droits humains auxquelles ont souscrit les Etats dans
certains espaces internationaux (Nations Unies, OCDE en particulier) ne soient pas annulées par des dynamiques d’investissements encouragées par ces mêmes Etats, dans d’autres espaces internationaux.

Ainsi il apparaît incohérent que les Etats membres du G8 aient lancé, lors du G8 de Camp David (2012), la Nouvelle Initiative pour la Sécurité Alimentaire en soutenant dans 6 pays africains l’action de plusieurs entreprises multinationales de l’agroalimentaire, à de nombreuses reprises déjà pointées du doigt pour leurs pratiques irresponsables.

En effet les conditions ne sont pas réunies aujourd’hui pour s’assurer que ces investissements du secteur privé dans l’agriculture des pays du Sud ne violent pas les droits humains. Des textes sont pourtant travaillés au niveau international sur cette question spécifique, comme les principes directeurs des Nations Unies ou de l’OCDE sur la responsabilité des multinationales – mais ils ne sont pas à ce jour reversés aux discussions thématiques sur le foncier et les investissements dans l’agriculture.

Ce qui marche pour la sécurité alimentaire :

Aujourd’hui, la preuve est faite que les agricultures familiales et paysannes sont à mettre au centre de toutes politiques développées touchant à la sécurité alimentaire. Les investissements mis en œuvre doivent les cibler en premier lieu et les soutenir dans le développement de leur exploitation ainsi que d’alternatives pour relever le défi de la transition face aux enjeux du changement climatique.

C’est l’investissement public dans l’agriculture, qui a dans diverses régions et particulièrement en Europe, montré son efficacité pour permettre un développement soutenu de ce secteur. C’est donc la responsabilité des Etats de maintenir leur engagement dans ce secteur central, vital.

Enfin, la concertation avec les organisations de la société civile, et en premier lieu, les organisations paysannes, est déterminante pour assurer le développement de politiques et d’investissement répondant réellement aux besoins identifiés par les populations locales. Ce mode de gouvernance a prouvé son efficacité, via le Comité sur la Sécurité Alimentaire mondiale.

Le CCFD-Terre Solidaire se félicite de voir la France fortement engagée sur cette approche, au sein de l’Union Européenne et du Comité sur la Sécurité Alimentaire, ainsi que des espaces de discussion multi-partites tels que le GISA.

Propositions pour plus de Cohérence des Politiques dans les investissements pour la sécurité alimentaire :

- Au niveau français, la révision du cadre sectoriel agriculture de l’AFD doit être plus explicite sur le sujet. La France doit s’assurer que les projets développés ou co-portés dans les pays du Sud par son agence de développement n’entrainent pas d’accaparements de terres et de ressources. Pour cela, ce cadre devrait faire explicitement référence aux textes internationaux adoptés par la France : d’une part, ceux relatifs au secteur agricole comme les directives volontaires pour la gouvernance foncière ; d’autre part, concernant la responsabilité des acteurs économiques porteurs de projet, faire une référence explicite aux principes directeurs sur la responsabilité des multinationales de l’OCDE.

- Au niveau international, la nécessité d’une cohérence des espaces de gouvernance traitant directement ou indirectement des enjeux agricoles et alimentaires (G8, G20, Comité sécurité alimentaire mondiale de la FAO,
Rio+20,…) se fait de plus en plus sentir. Il faut sortir de cette
concurrence entre les espaces qui tire vers le plus petit dénominateur commun.

La France doit réaffirmer la position du Comité sur la Sécurité Alimentaire comme étant la structure de gouvernance légitime et inclusive alors que s’ouvrent deux années de discussion sur des Principes d’Investissement Responsable dans l’Agriculture. Et dans la perspective de ces travaux, elle doit porter l’encadrement des acteurs économiques – et particulièrement des multinationales- pour assurer des investissements contribuant réellement à la sécurité alimentaire.


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