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Prendre en compte le genre dans les politiques de lutte contre le réchauffement climatique (07/02/2013) - par Claudy VOUHE présidente de Genre en action

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

Comment accroître la cohérence des politiques publiques en faveur du développement ?

Des initiatives intégrant le genre dans la lutte contre le changement climatique se développent dans les pays francophones. Pourquoi ne les connaît-ton pas ?

Les concepts et le jargon du changement climatique ne sont pas maîtrisés dans les pays francophones hors du cercle des initié-es. Il n’y a pas de conceptualisation des initiatives de lutte contre le changement climatique (CC). Si cette conceptualisation existait et était connue, plus de projets dans l’espace francophone pourraient se revendiquer de la lutte contre le CC, être reconnus comme tels et « profiter » des ressources mises à disposition pour ce type d’intervention.

Des projets menés par la société civile, notamment les associations de femmes contribuent à la lutte (reboisement, foyer amélioré, conservation de la bio-diversité, préservation des sources d’eau) contre le changement climatique, mais ne le savent pas forcément. Au mieux, ces projets sont intégrés sous la bannière des questions « environnementales », sinon entrent dans la catégorie « allègement des tâches de bois/eau », d’assainissement ou de « gestion des déchets », dans des projets productifs « aménagement des terres », « amélioration de la production » … ou « sécurité alimentaire ».

Dans leur grande majorité, les initiatives de lutte contre le CC contribuent à une double exclusion des femmes et la perpétuation voire le renforcement des inégalités de genre : D’une part, elles ne cherchent pas à intervenir dans des domaines non-consensuels (parce que non-traditionnels). En effet, les inégalités de genre dans les espaces et instances de décisions sont connues. Elles prolongent et reflètent le moindre contrôle des ressources par les femmes (accès au foncier, aux ressources communales ex. forêts, accès à la prise de décision dans les ménages). Les initiatives de lutte contre le CC ne tentent pas de s’emparer de ces enjeux et inégalités criantes qui sont jugées « culturelles » d’une part (donc peu malléables de l’extérieur), et secondaires d’autre part. Très peu de femmes participent aux négociations liées au CC. La situation se répète au niveau local (conseils municipaux).

D’autre part, les initiatives de lutte contre le CC ignorent aussi les domaines consensuels issus de la division « genrée » du travail et la très grande implication « traditionnelle » des femmes dans des tâches liées directement aux ressources environnementales : eau, arbres, bois, semences … quand les femmes sont impliquées, elles sont souvent au ban des délinquantes environnementales, ou présentées comme victimes.

Cette double exclusion prive les femmes de leurs droits citoyens et de valorisation sociale en même temps que de ressources vitales pour leurs conditions de vie et celles de leur entourage. Elle prive aussi les initiatives (politiques, programmes et projets) des connaissances et des solutions que les femmes peuvent apporter au processus.

A l’échelle internationale, les leçons et les bonnes pratiques en matière de genre en général, et de genre et changement climatique en particulier, viennent historiquement de continents, de pays, de régions, plus avancées dans la publication de réflexions et d’expériences de mise en œuvre de l’intégration transversale de genre dans les politiques. Elles ne sont pas facilement appropriables dans les pays francophones. Elles ne peuvent pas intrinsèquement être plaquées comme modèles. Elles demandent à être transformées, confrontées aux spécificités historiques et géopolitiques des pays francophones. Elles requièrent notamment des remontées d’informations de la part de praticiennes et de militantes de terrain, processus qui n’est qu’à son commencement.

Axes d’interventions pour les politiques françaises de lutte contre le changement climatique :

⇒ Relevé et prise en compte des différences (historiques,
géo-politiques, conceptuelles) des pays francophones (par rapport aux pays africains anglophones, hispanophones et asiatiques) dans la conceptualisation, l’interprétation et l’application des notions de genre d’une part et de CC d’autre part. Contextualisation au delà de la traduction « linguistique » ;

⇒ conceptualisation des croisements entre genre et CC, en lien avec la pauvreté, la santé, la gouvernance, la production agricole etc … déclinée en outils et approches opérationnelles pour le repérage des enjeux et des dynamiques en cours, leur soutien et capitalisation (passage à l’échelle/scaling up) ;

⇒ formation (macro, meso, micro) des groupements et associations de femmes (valorisation de leurs apports dans la lutte contre le CC) et des responsables des politiques (F et H) sur genre et changement climatique ;

⇒ capitalisation des expériences, vécus et savoirs des femmes
(recherche-action)

⇒ information/documentation/vulgarisation (TIC)

⇒ suivi de la prise en compte du genre dans les actions de CC ->
observatoires du genre

Sur notre site : http://www.genreenaction.net/spip.php?rubrique183


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