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Les agrocarburants industriels, révélateurs de l’incohérence des choix politiques (10/02/2013) - par Maureen JORAND, Chargée de plaidoyer Souveraienté Alimentaire / CCFD-Terre Solidaire

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Les agrocarburants industriels contribuent aux fluctuations des prix alimentaires et à la ruée vers les terres des pays du Sud. Ils sont donc en partie responsables de l’insécurité alimentaire mondiale. Pour être cohérente avec sa politique de développement, la France doit marquer un coup d’arrêt à leur encouragement et soutenir des alternatives.

Dans un rapport adressé au G20 en 2011, la FAO, la BM, le FMI, l’OCDE et d’autres organisations internationales ont pointé le rôle joué par les agrocarburants dans les hausses des prix alimentaires mondiaux et leur volatilité. En effet, les politiques d’incorporation obligatoire et de soutien entrainent l’utilisation croissante de denrées alimentaires pour remplir les réservoirs de nos voitures : 40% du maïs américain et 65% des huiles végétales européennes y sont consacrés (chiffres FAO).

De plus, les besoins affichés de l’Europe en agrocarburants en font un marché très rentable : les entreprises privées en quête de terres fertiles et moins coûteuses dans les pays du Sud sont encouragées à accaparer des millions d’hectares, entrainant la spoliation ou la destruction des moyens de subsistance essentiels aux agricultures familiales et paysannes dans ces pays. Au cours des dix dernières années, l’équivalent de 4 fois la taille de la France métropolitaine aurait été accaparé, dont environ 60% pour produire des agrocarburants principalement pour l’exportation. Les victimes sont des populations rurales et paysannes, qui souffrent déjà le plus de l’insécurité alimentaire.

Pourtant, les objectifs européens en matière d’agrocarburants ne permettront en rien de diminuer l’impact des transports européens sur le réchauffement climatique. Au contraire, ils aggravent le changement climatique en favorisant la conversion en terres cultivées d’écosystèmes fragiles et de gisements de carbone comme les prairies, les forêts et les tourbières, libérant ainsi des millions de tonnes de gaz à effet de serre. Qui plus est, la production d’agrocarburants en monoculture nécessite l’emploi de produits chimiques qui détruisent la faune, polluent les eaux et émettent également des gaz à effets de serre.

La production actuelle de denrées alimentaires pourrait suffire à nourrir correctement l’ensemble de l’humanité. Pourtant chaque année, la faim progresse, atteignant plus d’un milliard de personnes, tuant plus de personnes que le sida, le paludisme et la tuberculose réunis.

Dans ce contexte, l’appui sans faille de l’Union européenne et de ses Etats membres aux politiques de soutien et d’incorporation d’agrocarburants est irresponsable.

Des engagements récents… qui ne changent pas la donne Mi-octobre, la Commission Européenne a proposé de limiter à 5% la part des agrocarburants de première génération (produits à partir de denrées alimentaires) dans l’objectif total de 10% d’énergies renouvelables pour les transports à l’horizon 2020, prévu par la Directive de 2009 sur les énergies renouvelables. La Commission a également préconisé aux Etats membres de mettre fin, d’ici 2020, aux subventions accordées aux agrocarburants de première génération. De son côté, le gouvernement français, dans le plan d’action sur la hausse des prix des céréales, présenté en septembre 2012 par le ministre de l’agriculture S. Le Foll, prévoit une « pause » dans le développement des agrocarburants de 1ère génération – avec un objectif national de 7%.

Ces coups d’arrêt sont bienvenus, mais très relatifs : ces plafonds d’incorporation correspondent quasiment au niveau actuel de la consommation européenne d’agrocarburants de première génération (moyenne européenne : 4,5% ; moyenne française : 6.5%). Une « pause » qui s’apparente donc au maintien du statu quo dans la concurrence alimentation/énergie, dont les impacts négatifs sont dors et déjà dommageables. Enfin, ces annonces ne concernent pas les agrocarburants de 2ème et 3ème génération, pas encore viables commercialement, dont les impacts sont encore mal mesurés.

Des propositions pour plus de cohérence des politiques :

Afin de véritablement mettre un coup d’arrêt aux impacts négatifs des agrocarburants industriels sur la sécurité alimentaire, la France doit :

- supprimer tout objectif contraignant de production et de consommation d’agrocarburants industriels ainsi que toute forme de soutien. Face aux défis climatiques et énergétiques, la priorité doit être donnée à la réduction de la demande globale en carburant et à l’amélioration de l’efficacité énergétique. Cela suppose pour la France et l’UE de redéfinir les garanties de durabilité (environnementale et sociale) des carburants, de les rendre juridiquement contraignantes, et de prendre en compte de manière honnête et transparente les « changements d’affectation des sols indirects » induits par les agrocarburants consommés en Europe.

- s’engager à arrêter tous les soutiens directs ou indirects à la filière, et encourager l’ensemble des Etats européens à faire de même.

Face aux défis climatiques et énergétiques, des alternatives plus rentables et durables existent et doivent être promues. Des solutions immédiates doivent être mises en place pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et la demande globale en carburants, afin de limiter le réchauffement climatique à maximum 2°C d’ici 2050. Dans les pays du Sud, il faut soutenir les agricultures familiales et paysannes, moins consommatrices d’énergie et moins émettrices de C02, et promouvoir l’accès à l’énergie pour les plus vulnérables.


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