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Dynamiser le rôle des acteurs non gouvernementaux dans le développement et la solidarité internationale et enrichir l’expertise de la coopération française (05/02/2013) - par Nathalie GRIMOUD, expert technique internationale "société civile et industries extractives"

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Le Mozambique est un des 4 pays les plus pauvres de la planète (rapport IDH 2011) caractérisé par une croissance très forte (8,4 % de croissance du PIB prévue en 2013), une forte dépendance vis-à-vis de l’APD (plus de 30% du budget 2013), un Etat de droit défaillant et extrêmement centralisé. Le parti au pouvoir depuis l’indépendance, le Frelimo exerce un contrôle fort sur l’ensemble de la société et la classe politique au plus haut niveau domine le monde des affaires. La société civile est émergente, ses ressources humaines, tout comme l’ensemble de la société, sont caractérisées par un niveau de formation très faible.

L’échec des politiques de lutte contre la pauvreté et les lenteurs dans la mise en œuvre des politiques anti-corruption ont entamé la confiance des bailleurs vis-à-vis du gouvernement et conduit à l’érosion lente mais marquée de l’aide budgétaire. Cela suscite des attentes fortes vis-à-vis de la société civile locale, appelée à encourager le débat public autour des grands enjeux de développement ainsi qu’à réaliser le suivi des politiques publiques. Or, la société civile mozambicaine se caractérise par sa jeunesse, le faible nombre d’organisations à même de travailler sur ces enjeux, des ressources humaines limitées et peu à la hauteur des défis auxquels est confronté le pays Actuellement, le pays connait un développement extrêmement rapide de l’exploitation de ses ressources naturelles (gaz, charbon, sables lourds, métaux et pierre précieux). Ce processus suscite craintes et espoirs : espoirs de ressources additionnelles pour l’Etat et de création d’emplois induits.

Néanmoins, le rythme accéléré du développement des projets, les faibles capacités des différents ministères concernés (Ministère des Ressources Minérales MIREM et Ministère de la coordination environnementale MICOA), l’extrême centralisation de la décision , les conflits d’intérêts liés à la participation des plus hauts responsables dans les projets extractifs, et ce dans un contexte où la discipline liée à l’appartenance au parti prime sur le respect de l’Etat de droit, font craindre à de nombreux observateurs que le pays ne soit victime de la « malédiction des ressources naturelles ».

La plupart des bailleurs mettent en œuvre des programmes sur les questions de gouvernance et investissent dans la promotion de processus participatifs pour l’élaboration des politiques à différents niveaux des territoires (du national au local). Les OSC sont appelées à encourager le débat public autour des grands enjeux de développement ainsi qu’à réaliser le suivi des politiques publiques et reçoivent de nombreux financements.

Quelle est la valeur ajoutée d’un expert technique international (ETI) dans un tel contexte ? L’ETI est un outil efficace pour mieux connaître et renforcer les capacités des organisations de la société civile (OSC) sur les questions de gouvernance. Au Mozambique, un expert technique international est positionné auprès d’une plateforme informelle regroupant 31 organisations de la société civile actives sur la question de l’exploitation des ressources naturelles. Les objectifs de la plateforme sont de stimuler le débat public sur les conditions d’exploitation des ressources naturelles, de renforcer la capacité des organisations membres ainsi que les synergies entre acteurs et de promouvoir le dialogue ainsi que la concertation entre les pouvoirs publics et les organisations de la Société Civile (OSC).

L’ETI, placée au plus près des acteurs de terrain, permet de mieux comprendre les jeux de pouvoir et notamment les éventuels obstacles ou problèmes qui limitent l’efficacité de l’aide. Dans un contexte de
ressources relativement abondantes (BM, Canada,…), elle diminue les risques de décaissements multiples pour un même objet, crée des synergies entre bailleurs, construit un discours de la méthode, pour orienter les ressources de manière plus directe, informe l’ambassade dans sa fonction de veille sectorielle etc. Autant d’actions peu quantifiables mais qui assurent au quotidien la visibilité d’une expertise professionnelle française de terrain qui fait du transfert de compétences.

Par ailleurs, dans la perspective d’un doublement des fonds de l’aide publique au développement par le canal des ONG, les postes ont intérêt à se doter d’une expertise ayant une bonne connaissance des milieux associatifs locaux afin d’être en mesure d’analyser les projets présentés et de garantir la bonne utilisation de ces fonds.

Les prochaines étapes intéressantes pour ce type d’ETI est d’aller vers le montage de plateforme multi-acteurs rassemblant les OSC, les multinationales de l’industrie extractive et les pouvoirs publics. Ce type d’outil est en cours d’analyse par le SCAC qui s’inspire d’autres initiatives positives élaborées notamment au Ghana.

Malgré un contexte budgétaire parfois restreint, l’effet levier du travail de l’ETI permet de donner une visibilité à l’action de la France auprès des autres bailleurs mais aussi des autorités publiques qui connaissent la plateforme. L’action de l’ETI rend possible une coordination venant du terrain là où les coordinations inter bailleurs ne parviennent pas à descendre. De même, les remontées d’informations permettent d’alimenter le service de coopération et d’action culturelle et la chancellerie de l’ambassade dans la construction de leurs stratégies de projets et d’analyses du contexte politique du pays d’accueil. Le poste est satisfait des retombées du travail de l’ETI et incite les autres postes connaissant un contexte similaire à dupliquer cette initiative riche d’enseignements.


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