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Cohérence des politiques, santé et genre (30/01/2013) - par Robert TOUBON de Equilibres et populations

Les textes publiés dans le cadre des contributions n'engagent que leurs auteurs

Quelles que soient les politiques à mettre en cohérence, il y a nécessité - pour appréhender la réalité et, donc, être efficaces - d’en avoir une approche « genre », afin de pouvoir :

- connaître les situations respectives des hommes et des femmes ;

- anticiper les conséquences des actions envisagées sur les deux moitiés des populations et les améliorer en conséquence.

De la même façon, toutes les politiques et actions de développement ont des implications pour la santé, qu’il s’agisse du choix d’une source d’énergie, du tracé d’une route ou d’une action d’assainissement.
Mais là aussi, ces implications /conséquences ne seront pas les mêmes pour les femmes et pour les hommes. De la même façon qu’il est tout autant nécessaire d’avoir une approche sexo-spécifique de la santé, qui tienne compte, là aussi, des situations qui ont un impact sur leur santé, que les femmes vivent et que les hommes ne vivent pas, pour des raisons qui ne sont pas, loin de là, seulement d’ordre biologique

Pour tout dire, le développement durable se trouve nécessairement à l’intersection, au croisement, à l’articulation… de la cohérence des politiques, de la santé et du genre. Quelques exemples qui reflètent la réalité des sociétés subsahariennes, par ailleurs cibles prioritaires de la coopération française.

L’exemple de l’eau/assainissement

Les liens entre ce secteur d’une part, le développement et la santé d’autre part (impact des maladies hydriques), sont unanimement reconnus. Mais ce qui l’est moins, c’est l’impératif de l’approche selon le genre, du moins si l’on veut vraiment avoir un impact, en termes de maladies hydriques, et donc de capital humain.

Faute d’analyse sexo-spécifique, on a en effet toutes les chances, en travaillant seulement avec les hommes, qui monopolisent traditionnellement les lieux de décision, de faire les mauvais choix, puisque ce sont les femmes et les filles qui, tout aussi traditionnellement, s’occupent de tout ce qui concerne l’eau et l’assainissement.

Si l’on veut être efficaces, il est donc essentiel de les associer aux décisions d’implantation des puits, forages et autres dispositifs d’assainissement, mais aussi de ne pas les oublier dans les formations au bon usage des nouvelles installations.

L’exemple de l’énergie

Quasiment la moitié de l’humanité continue, pour cause de pauvreté et y compris en ville, à privilégier le bois comme source d’énergie, d’abord pour la cuisine et accessoirement pour le chauffage.

On évoque souvent, à ce propos, les conséquences sur l’environnement, mais moins celles sur la santé, alors que les affections respiratoires qui en résultent tuent autant que le sida. Mais ce qu’on ignore encore plus, si l’on n’a pas une approche « genrée » de cette question, c’est que ce sont d’abord les femmes (et leurs petits enfants) qui sont victimes de l’inhalation des fumées des foyers ouverts.

Que faire ? Il faut, bien sûr, travailler à rendre effectivement disponible une énergie « propre » comme le solaire, idéale à tous points de vue. Mais en attendant que ce soit réellement le cas, il serait par exemple possible, tout de suite, de faire fabriquer à bon compte, par les artisans locaux, des foyers fermés dotés de tuyaux d’évacuation des fumées. D’autant qu’aux gains évidents pour la santé et l’environnement (moindre consommation de bois) viendraient s’ajouter un bouleversement en termes d’emploi du temps pour les femmes et surtout les filles, par exemple au bénéfice de la scolarisation des ces dernières.

L’exemple des routes et autres infrastructures

On sait qu’en cas d’urgence, l’inaccessibilité géographique est, pour la santé, le plus important facteur de risque. Le lien entre ouverture de voies de communication (y compris des pistes, pour peu qu’elles soient carrossables en toutes saisons) et progrès sanitaires n’est donc plus à faire. Mais là aussi, l’approche sexo-spécifique met en évidence les risques particuliers courus par les filles et les femmes (urgences obstétricales) en cas de difficultés/impossibilité d’évacuation vers une structure de santé permettant une prise en charge qualifiée. Ce type de situation représente d’ailleurs, pour les femmes et les filles, le premier facteur de morbi-mortalité.

Reste que l’élimination de l’obstacle géographique par l’ouverture d’une voie de communication praticable, si elle est nécessaire, ne sera pas suffisante. Et là aussi, seule l’approche selon le genre permettra d’isoler, pour mieux pouvoir travailler à leur élimination, les obstacles liés à la condition inférieure faite aux femmes. Car à quoi servirait-il qu’une femmes puisse, en théorie, accéder aux services d’une structure de santé apte à lui sauver la vie, si elle devait, dans les faits, attendre d’avoir la permission de son mari pour pouvoir s’y rendre ?

Dans le jargon du microcosme « développement », on parlerait du "nécessaire primum de la transversalité sur la verticalité". Disons plus simplement que lorsqu’on aborde le développement par le biais de la santé, il ne faut jamais oublier les autres entrées. Et vice versa. Et par dessus tout, se poser toujours la question des situations respectives de femmes et des hommes. A défaut, le développement durable resterait, avant comme après 2015, un vœu pieux.


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