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Intervention de Pascal Canfin lors de la clôture des Assises du développement et de la solidarité internationale (Paris – 1er mars 2013)

Seul le prononcé fait foi.

Madame la Commissaire,

Mesdames, Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs les Ministres

Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs,

C’est un très grand plaisir pour moi de vous voir si nombreux réunis ce matin pour la clôture des Assises du développement et de la solidarité internationale. Aujourd’hui, nous achevons un processus de 4 mois de concertation commencé le 5 novembre dernier. Ces assises ont été voulues par le Président de la République. Le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault et le Ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius m’en ont confié la responsabilité.

Lors de mon intervention, le jour du lancement des assises, j’ai dit que vous étiez le carburant de ces assises et que sans ce carburant notre véhicule s’arrêterait. Aujourd’hui, grâce à vous, nous sommes, je crois, arrivés à bon port. Je vous remercie de votre engagement, qui a fait de ces assises, de vos assises, un succès.

Laissez-moi vous donner quelques chiffres : 600 participants, 19 réunions, dont une organisée à Dakar dans le cadre d’Africités, 250 contributions, 12 ministères impliqués, des dizaines de partenaires du Sud, qui ont pu participer physiquement ou par vidéoconférence, depuis Haïti, le Burkina Faso ou encore les Philippines.

Vous, responsables d’ONG, élus locaux, parlementaires français et européens, chercheurs, syndicalistes, responsables d’entreprises et de fondations vous avez apporté par votre expérience, vos témoignages, vos arguments, la matière de ces assises.

Je veux aussi remercier ici toutes celles et ceux qui ont travaillé à ces assises dans les ministères impliqués dans ce processus. Je voulais tout spécialement remercier Jean-Baptiste Mattei, Directeur général de la Mondialisation, son adjoint Jean-Marc Châtaigner et Anne-Sophie Cerisola, Secrétaire générale des assises d’avoir piloté ce processus.

Je ne me lancerai pas dans la restitution des débats que nous avons eus depuis quatre mois. Je laisserai la responsabilité de partager les grandes conclusions des assises à des représentants des différents acteurs qui y ont participé. Je remercie Michel Delebarre, président de Cités Unies France, Christian Cambon, sénateur, Bénédicte Hermelin, vice-présidente de Coordination Sud, Marcel Grignard, secrétaire national de la CFDT, Laurence Tubiana, directrice de l’IDDRI et Emmanuel Faber, directeur général délégué de Danone d’avoir accepté de se prêter à cet exercice.

Mesdames, Messieurs,

J’ai l’honneur d’ouvrir cette journée. Difficile exercice que de parler avant le Président de la République qui viendra clôturer notre matinée et tracer les grandes perspectives de la politique française de développement, en présence du Président de la République du Sénégal Macky Sall. La préséance, vous le comprendrez, m’oblige à une certaine réserve notamment en matière d’annonces ! Alors laissez-moi rappeler l’état d’esprit qui préside à l’action de ce gouvernement dans le domaine du développement depuis maintenant 9 mois.

Tout d’abord, pourquoi ces assises ? Cela faisait 15 ans qu’un tel exercice de concertation n’avait pas eu lieu.

En 15 ans, le monde a considérablement changé.

La Chine, l’Inde, le Brésil se sont affirmés comme de nouvelles puissances. Ces pays ont fait leur entrée, et une entrée parfois fracassante, sur la carte des bailleurs.

La pression exercée par le changement climatique sur les pays les plus vulnérables s’est considérablement accrue.

Dans le même temps, des progrès spectaculaires en matière d’accès à l’éducation, à la santé ont été réalisés. Ces progrès ont permis à 600 millions de femmes et d’hommes de sortir de la pauvreté. Les Objectifs du Millénaire pour le développement ont été un formidable catalyseur.

Mais il reste encore tant à faire.

Tant à faire pour les 1,3 milliards d’êtres humains qui vivent encore avec moins de 1 euro par jour.
Tant à faire pour le milliard de personnes qui ne mangent pas à leur faim, et qui sont pourtant, bien souvent, des paysans.
Tant à faire pour les 100 millions d’enfants qui ne sont toujours pas scolarisés.
Tant à faire pour les millions de femmes qui n’ont pas accès à des services de santé de base.

Tant de raisons de nous indigner, aurait dit Stéphane Hessel, qui toute sa vie aura combattu le cynisme et l’indifférence. Il est un exemple pour nous tous, et je souhaitais aujourd’hui lui rendre hommage, lui qui nous éblouissait de sa force et de sa culture, et qui avait fait de la solidarité internationale un de ses engagements majeurs. Je me permets en votre nom de lui dédier ces assises.

Mesdames et messieurs,

Face aux chiffres que je viens de rappeler, nous n’avons pas le droit de nous résigner : car derrière ces chiffres, derrières ces abstractions, il y a des vies. Il y a des enfants privés d’avenir. Il y a des femmes privées de dignité.

Julienne Lusenge, présidente de l’association Solidarité des femmes pour la paix et le développement intégral est venue de Kinshasa pour nous parler de la vie des femmes qui portent dans leur chair la violence de la barbarie. Je n’ai pas oublié ce que nous a dit Julienne Lusenge à Kinshasa : « Ici le corps des femmes est le champ de bataille des hommes ».

Aziza Mint Mohamed Kattra, adjointe au maire de Tombouctou, et Boubacar Bah, président de l’association des municipalités du Mali témoigneront de la situation dans leur pays. Lors de notre rencontre à Bamako la semaine dernière nous avons évoqué le manque d’eau, d’électricité, de centres de santé, de médicaments… dans une grande partie du pays. Au Mali, notre grande bataille, à nous acteurs du développement, c’est de gagner la paix. Car nous le savons bien, au Mali comme ailleurs, il n’y a pas de développement possible sans sécurité. Mais il n’y pas de sécurité durable sans développement.

C’est pour ces hommes et ces femmes au Sud que nous agissons. C’est pour eux et avec eux que nous sommes engagés pour le développement et la solidarité internationale. C’est pour eux et avec eux que nous nous battons pour cet objectif, qui n’est pas un slogan, qui n’est pas une utopie, l’objectif d’éradiquer la faim et l’extrême pauvreté. Car la pauvreté prive l’homme de la liberté la plus essentielle : celle de choisir son avenir.

Cette politique nous la menons au nom des valeurs de notre République, au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Ces valeurs universelles sur lesquelles nous fondons le destin de notre pays, une France solidaire, une France ouverte sur le monde.

La pauvreté ne connaît pas de frontières, la solidarité non plus.

Cette politique de développement, nous la menons dans une relation d’égal à égal.

Le nouveau partenariat avec les pays en développement, et en particulier avec les pays africains, ne peut se construire que dans une relation d’égal à égal. Nous sommes en train d’écrire une nouvelle page de notre histoire avec l’Afrique : les relations obligées du passé ont laissé la place à des relations choisies. Et c’est tant mieux. Si la priorité de notre politique de développement reste et restera l’Afrique, c’est parce que c’est là que se trouvent aujourd’hui les besoins les plus importants. 34 des 49 pays les moins avancés sont des Etats africains.

C’est aussi là que se trouvent de formidables promesses. Le Sud ne veut pas que le Nord le regarde avec je ne sais quelle condescendance. Il y a en Afrique, en Asie, dans le monde arabe, en Amérique du sud, partout, des hommes et des femmes qui font l’Histoire. Aujourd’hui, comme hier. Valoriser ces talents, ces idées, ces initiatives, et permettre leur éclosion, c’est aussi l’ambition de notre politique de développement.

Cette politique est essentielle car elle peut et doit apporter sa pierre à la résolution des tensions de notre monde.

La première tension, c’est celle des inégalités. Le monde s’est rétréci à une vitesse prodigieuse. La révolution des transports et des communications a porté la mondialisation. Mondialisation qui va bien au-delà des seuls échanges économiques. Internet a rapproché les hommes de manière formidable. Mais ce rapprochement n’a pas permis de résorber les inégalités. Dans ce monde qui est devenu un village, le défi qui nous est posé, c’est celui du vivre ensemble mondial.

La seconde tension, c’est celle qui pèse sur l’équilibre naturel de notre planète et de ses ressources. Le temps où l’Homme pouvait puiser de manière insouciante dans des ressources réputées inépuisables est derrière nous. Nous entrons dans une nouvelle ère, où pour la première fois, nous devons gérer ensemble le capital naturel de notre planète.

Pour résoudre ces tensions, nous aurons besoin de trouver un nouveau grand compromis capable d’offrir à tous une prospérité partagée et durable. Nous aurons besoin de faire évoluer nos modes de production et de consommation et de faire d’autres choix que ceux du passé. Nous aurons besoin de partager et d’inventer.

Partager et inventer. Voilà deux valeurs clés de notre politique de développement.

L’une des lignes de force de la nouvelle histoire que nous sommes en train d’écrire ensemble c’est qu’il n’y a plus, d’un côté, la lutte contre la pauvreté et, de l’autre, la recherche d’un développement soutenable. Comme le montre si bien la Banque mondiale dans son récent rapport, en aggravant les sécheresses, le réchauffement climatique contribue déjà à accentuer l’insécurité alimentaire. Au final, c’est l’ensemble des progrès en termes de mortalité infantile qui pourrait être effacé du fait d’un réchauffement incontrôlé. Autrement dit, un monde à plus 4 degrés, c’est aussi un monde où plus d’enfants mourront avant l’âge de 5 ans. Hindou Oumarou Ibrahim, directrice de l’association des femmes peules autochtones du Tchad, qui vivent au quotidien les effets du changement climatique, nous en parlera tout à l’heure. Et c’est tout le sens de l’agenda post-2015 qui a occupé une partie importante des débats des assises.

C’est pour cela que ce gouvernement a décidé de faire des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique la première priorité de l’Agence française de développement pour ses investissements dans le domaine de l’énergie. C’est pour cela que nous avons décidé que tous les projets de l’AFD auront désormais un deuxième avis Développement durable.

Cette exigence d’inventivité et de nouveauté, la France la porte dans de nombreux domaines. Quand elle défend une agriculture familiale et durable, quand elle promeut une couverture sanitaire universelle, quand elle met en place des financements innovants pour le développement, quand elle est la première à appuyer l’initiative de l’OCDE Inspecteurs des impôts sans frontières, quand elle est la première à financer le fonds de la Banque Mondiale pour renforcer les compétences juridiques des Etats du Sud. Cette initiative prise avec le Ministre de l’économie et des finances Pierre Moscovici permettra aux pays en développement de mieux négocier les termes des grands contrats miniers. Autant de sujets où la France a aujourd’hui un leadership reconnu.

Mais quelle que soit notre bonne volonté, et je sais qu’elle est immense et partagée, nous ne pourrons seuls relever ces défis. C’est pourquoi je suis si attaché à inscrire notre politique de développement dans un cadre européen. J’ai souhaité que Kristalina Georgieva, Commissaire européenne à l’aide humanitaire, soit présente ce matin et je la remercie d’avoir accepté cette invitation. Nous avons avec elle, tout comme avec le commissaire Andris Piebalgs, chargé du développement, un degré d’entente et de coopération très élevé. Et je tenais à le souligner ici. Les Chefs d’Etats se sont mis d’accord pour que le fonds européen de développement dispose de 27 milliards d’euros pour la période 2014-2020. Soit une capacité d’engagement préservée pour les sept prochaines années. C’est une décision forte dans un contexte particulièrement difficile de pression à la baisse sur le budget européen.

Le développement ce n’est pas seulement l’aide publique au développement. C’est aussi la construction des grandes régulations mondiales qui rendent possible le développement. En matière agricole, commerciale, financière, environnementale et climatique. L’absence de gouvernance mondiale, c’est la loi du plus fort et l’écrasement des faibles, à commencer par les pays les plus pauvres. Notre politique de développement, c’est aussi un outil pour mondialiser le droit et tirer la mondialisation vers le haut. La France s’engage pleinement dans la conférence climat pour 2015 qui doit définir le grand compromis climatique de la prochaine décennie. Comme vous le savez, le Président de la République a proposé d’accueillir cette conférence en France. Ce qui nous donne une responsabilité immense. Et je sais que le soutien des pays en développement sera essentiel pour faire de cette conférence un succès.

Mesdames, Messieurs,

Notre politique de développement traduit notre vision du monde. Mais elle traduit aussi notre vision de nous-mêmes et de notre pays.

Quand la France contribue au renforcement des sociétés civiles appuyant les libertés et celles et ceux qui les portent, nous pouvons être fiers.

Quand la France est le premier donateur en matière de santé et permet à 4,2 millions de malades du sida d’avoir accès à des traitements à travers l’action du Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose, nous pouvons être fiers.

Quand l’Agence Française de Développement a permis, en 2011, à 1,7 millions de personnes d’avoir accès à l’eau potable, libèrant ainsi des femmes de la corvée d’eau quotidienne, nous pouvons être fiers.

Quand le fonds LGBTI permet de soutenir les associations qui luttent contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle alors que 80 pays répriment encore les relations sexuelles entre personnes du même sexe, nous pouvons être fiers.

Quand chaque année des milliers d’étudiants étrangers en provenance des pays en développement sont accueillis en France pour se former, nous pouvons être fiers. Ces échanges contribuent à construire une mobilité bénéfique à tous. Ce gouvernement l’a compris. C’est pourquoi une des premières mesures que nous avons prise a été d’abroger la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers et, dans le domaine du développement, de dénouer le lien qui avait été fait par le passé entre contrôle des politiques migratoires et crédits de développement.

Quand nos chercheurs, du Cirad ou de l’IRD, inventent avec l’entreprise Nutriset l’aliment thérapeutique qui a révolutionné la lutte contre la malnutrition ou quand ils trouvent le vaccin contre une maladie qui menaçait les troupeaux en Afrique en Asie et au Moyen Orient, nous pouvons être fiers.

Et je ne peux conclure sans parler des 3 millions de Français qui comme vous sont engagés par leur action ou par leurs dons pour la solidarité internationale. Ce sont ces 500 000 personnes qui se mobilisent pendant la Semaine de la solidarité internationale. Ce sont ces 3000 associations qui agissent pour le Sud. Ce sont ces 5000 collectivités territoriales qui mènent des actions de coopération décentralisée. Car même si elle n’est pas souvent sous le feu des projecteurs, la solidarité internationale irrigue notre société. Elle l’ouvre sur le monde, elle l’enrichit et, tout simplement, elle la rend plus forte, elle la rend plus belle.

Je vous remercie.


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