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ECOSOC 2014 – Segment humanitaire - Rencontre de haut niveau sur l’action humanitaire en Centrafrique et dans les pays voisins - Discours du directeur du Centre de crise, Didier Le Bret (New York, 23 juin 2014)

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

La France souhaite tout d’abord rendre hommage à l’action déterminée des Nations Unies et de l’Union européenne en faveur de la RCA. La conférence de Bruxelles du 20 janvier dernier, organisée à l’initiative conjointe de la Commission européenne et du BCAH, avait constitué le premier acte dans la mobilisation de la communauté internationale à un moment où intervenaient à Bangui des changements importants avec l’élection de Mme Samba Panza, présidente de la transition. Notre réunion aujourd’hui doit nous permettre de poursuivre et d’intensifier cet engagement, de l’inscrire dans la durée, au bénéfice de la RCA et de ses voisins. Nous nous réjouissons que l’objet de la conférence ait été élargi aux pays voisins et saluons leur présence aujourd’hui.

Cette mobilisation, qui a permis en janvier dernier, grâce à l’action de Mmes Valerie Amos et Kristalina Georgevia, de lever 360M€ de promesses d’aide, a construit le socle de notre engagement. Sur le terrain, bien sûr, les défis demeurent. Nous avons tous entendu le cri d’alarme de Zara et d’Eulalie et, comme l’a dit Mme Samba Panza à plusieurs reprises, « les urgences sont partout en RCA ». Il nous faut désormais transformer cet élan de générosité en actes.

Pour aussi dramatique que soit la situation pour des millions de Centrafricains, nous ne devons pas nous décourager.

Avec l’aide des forces françaises et africaines, avec le soutien désormais opérationnel d’EUFOR RCA, la situation sécuritaire se stabilise. Les acteurs humanitaires ont un meilleur accès aux populations dans le besoin. Le déploiement des 10.000 soldats et de 1.820 policiers de la MINUSCA, au 15 septembre prochain, contribuera encore à améliorer la situation.

Le nombre des déplacés internes a considérablement baissé, passant de 900.000 personnes à 558.000 en l’espace de quelques mois. A Bangui, la différence est visible, même si trop d’innocents sont encore victimes d’exactions et si de nombreuses personnes de confession musulmane ont dû quitter leurs foyers dans des conditions dramatiques.

Grâce à l’action conjuguée du PAM et de la FAO, mais aussi de tous leurs partenaires, la campagne agricole 2014 s’annonce sous un jour meilleur que prévu, même si les financements sont encore bien en deçà des besoins.

L’Etat centrafricain lui-même reprend pied et organise progressivement, dans des conditions, il est vrai, encore difficiles, le retour de ses agents en province. Grâce à notre action collective déterminée, et le soutien de la région, le paiement du salaire des fonctionnaires est désormais garanti jusqu’à la fin de l’année. La remise en marche du système des finances publiques a permis en particulier le retour, en avril et mai dernier, du FMI et de la Banque mondiale.

Les opérations de sécurisation des principaux axes routiers ont permis une nette reprise de l’activité commerciale, même si là encore des difficultés subsistent.

Enfin, sur le plan politique, les choses avancent également, même si le processus ne progresse pas aussi vite que prévu. L’Autorité nationale des élections (ANE) a été mise en place et commence à travailler. Le gouvernement de transition s’efforce, même s’il rencontre d’immenses difficultés, de promouvoir le dialogue politique et la réconciliation dans un contexte de méfiance réciproque pour ne pas dire de haine.

Ces avancées, même fragiles, doivent nous encourager à faire plus : pour la RCA mais également pour les pays de la région. Les promesses de dons doivent se concrétiser, l’aide doit être mise en œuvre de façon effective et les organisations humanitaires doivent renforcer leur présence sur le terrain. La sortie de crise est à ce prix.

Comme elle l’a fait parmi les premiers, la France reste déterminée à maintenir son effort, à titre bilatéral, mais aussi dans le cadre de son engagement européen, et bien sûr, de ses responsabilités aux Nations Unies.

Face à une crise aussi aiguë et complexe à la fois, la réponse ne peut être que globale. C’était l’approche que nous avions privilégiée collectivement en janvier dernier. C’est aussi l’approche de l’UE que nous soutenons. Cette approche est plus que jamais d’actualité. Concrètement, il nous faut agir sur au moins trois fronts pour pouvoir restaurer les conditions durables de la paix.

D’abord, rétablir la sécurité. Ce fut le sens même de l’intervention conjointe des forces africaines et françaises fin 2013. Le pire a pu être évité, mais il reste beaucoup à faire : déployer des forces dans le pays ; reconstruire les capacités d’intervention de la RCA ; accompagner le processus électoral ; encourager les initiatives visant à la réconciliation ; renforcer l’Etat de droit, notamment en redonnant du crédit à la justice. Dans toutes ces tâches, le rôle de la MINUSCA sera essentiel. La France se réjouit de la décision prise par les autorités centrafricaines de saisir la Procureure de la CPI afin qu’une enquête soit ouverte sur les crimes les plus graves commis en RCA depuis le 1er août 2012. Le désarmement est également au cœur des préoccupations – le désarmement des combattants et pour cela celui des esprits et des cœurs ; en ce sens les efforts déployés et les initiatives prises pour asseoir autour d’une table les représentants des groupes armés doivent être encouragées.

La composante civile de la MINUSCA devra également jouer tout son rôle dans l’organisation du processus de transition politique et de réconciliation.

La France contribue à consolider cet indispensable processus démocratique : nous l’avons déjà fait en aidant l’Autorité Nationale des Elections et en mobilisant de l’expertise dans le domaine financier et de l’Etat de droit ; nous allons poursuivre avec une assistance renforcée au rétablissement de la chaîne pénale et un appui aux médias et à la société civile.

Il nous faut parallèlement poursuivre notre effort humanitaire. A Bruxelles, la France s’était engagée à débloquer pour 2014 en urgence 35M€, dont 7M€ d’aide humanitaire. A la fin de ce mois, nous aurons engagé, voire décaissé, plus de 60 % du montant promis, et la part de notre aide humanitaire est plus élevée que prévu, avec d’ores et déjà 10 M€ décaissés ou engagés. Là encore, nous allons poursuivre notre mobilisation, pour que les agences de l’ONU et les ONG soient en capacité de mieux répondre aux besoins immédiats des populations les plus vulnérables.

Fidèles aux engagements pris à Bruxelles, nous continuerons d’encourager les axes d’intervention humanitaires qui enclenchent le cercle vertueux du développement, en privilégiant achats locaux et travaux à haute intensité de main d’œuvre.

Au titre enfin du développement, il est impératif de ne pas différer les projets qui peuvent être lancés dès maintenant, qui seuls pourront amorcer la reprise de l’activité économique et garantir la stabilisation. L’Agence Française de Développement a relancé des projets pour un montant total de 25M€ ; leur mise en œuvre se fera principalement via les ONG et les acteurs locaux, en lien étroit avec les autorités centrafricaines. L’esprit de ces actions est de donner un travail aux milliers de jeunes sans emploi ni occupation, afin de leur procurer un salaire et une activité, et ainsi de leur permettre de reprendre pied dans la vie autrement que par la violence. Ces efforts se conjuguent avec ceux accomplis dans le cadre de l’éducation – qui est la véritable urgence pour le futur.

Dans le cadre multilatéral, afin de mobiliser des moyens dans la durée, la Commission européenne, l’Allemagne et la France travaillent actuellement à la création d’un fonds fiduciaire multi-bailleurs pour la RCA. Ce fonds, qui devrait s’intituler Fonds « Békou », signifie « espoir » en Sango. Ouvert à l’ensemble des bailleurs, il sera mis à la disposition des autorités centrafricaines pour appuyer des actions d’urgence, de réhabilitation et de développement. Son champ d’application sera national et régional, et ses actions seront complémentaires de celles soutenues par les fonds multilatéraux déjà existants. Il pourra contribuer à aider la RCA et la sous-région à développer une approche globale dans une perspective de moyen terme.

La France, enfin, ne peut que souscrire à l’appel lancé par les Nations Unies de ne pas oublier les pays de la sous-région, qu’il s’agisse du Cameroun, du Tchad, mais aussi de la RDC ou du Congo.

En maintenant leurs frontières ouvertes aux populations civiles, en accueillant sur leur territoire des milliers de réfugiés, ils s’exposent, prennent des risques pour leur propre stabilité. Comme cela nous a été rappelé, le plan inter-Agences des Nations Unies pour les réfugiés est actuellement sous-financé. Faute de réponse adéquate, à terme, c’est la stabilité régionale qui en jeu.

La France finance d’ores et déjà les agences compétentes de l’ONU et les ONG internationales qui interviennent dans les camps de réfugiés et dans les centres de transit. Pour renforcer l’action déterminée du Haut-Commissaire aux Réfugiés, à qui nous rendons hommage, des mesures additionnelles seront prises dans les semaines qui viennent, au titre de l’aide humanitaire mais également de la stabilisation et du relèvement précoce. La France salue l’effort financier de l’Union européenne en faveur des pays voisins.

En conclusion, tous les efforts sont requis. La mobilisation jusque-là enregistrée est encourageante, mais il nous faudra collectivement faire preuve de persévérance et de patience. Pour cette raison, pour que cette crise régionale ne soit pas occultée par une actualité toujours plus chargée, nous proposons, comme cela avait été fait l’an dernier, une réunion de niveau ministériel sur la RCA en marge de la prochaine AGNU.

Je vous remercie de votre attention.


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