Accès rapide :

Commission nationale de la Coopération décentralisée - Discours de Pascal Canfin, ministre délégué chargé du Développement - Séance plénière du 29 janvier 2013

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les membres de la C.N.C.D,

Chers Amis,

Il me revient de conclure cette séance de la CNCD au cours de laquelle les échanges auront été particulièrement riches. Sur la base des propositions du rapport Laignel et des réflexions qui sont les vôtres, nous aboutissons à un véritable plan d’action visant à renforcer, à consolider et à améliorer encore l’efficacité de l’action extérieure des collectivités territoriales, cette « diplomatie démultipliée »comme aime à l’appeler le ministre des Affaires étrangères. Cette séquence consacrée à la coopération décentralisée arrive à point nommé puisque nous sommes également au milieu du processus des Assises du développement et de la solidarité internationale, dans lesquelles la place des collectivités par leur action à l’international est particulièrement soulignée.

Avant de commencer mon intervention, j’aimerais revenir sur la situation au Mali. Je sais que nombre d’entre vous sont en contact avec les élus, les associations d’élus sur place. Comme vous le savez, la France intervient sur plusieurs piliers : le pilier militaire, le pilier politique et diplomatique, le pilier humanitaire et enfin le pilier développement. Je me suis rendu au Burkina Faso la semaine dernière pour visiter un camp de l’UNHCR qui accueille des réfugiés maliens et j’ai pu constater la détresse de ces populations qui n’aspirent qu’à rentrer dans leur pays. Du point de vue humanitaire, la situation est pour le moment sous contrôle grâce à la mobilisation de la communauté internationale. La reprise de l’aide de la France au Mali se fera en fonction de la feuille de route qui est en train d’être adoptée par le Parlement malien. Ces avancées sur le plan politique, sur lesquelles la France a beaucoup insisté auprès des autorités maliennes, sont fondamentales, car le politique, sur cette affaire, doit aller de pair avec les avancées militaires. Je souhaite que dès que les conditions de sécurité le permettront, les collectivités territoriales avec l’appui du Ministère des Affaires étrangères soient en mesure de relancer les partenariats et les projets avec les villes maliennes. Nous aurons notamment à aider au rétablissement des administrations locales dans les villes du nord. La leçon de la crise est encore une fois qu’il ne peut pas y avoir de développement sans sécurité, mais aussi pas de sécurité sans développement. La coopération décentralisée par son agilité et sa proximité des acteurs de terrain sera déterminante dans notre capacité à « gagner la paix ».

C’est pourquoi, je souhaite réunir assez rapidement, au printemps l’ensemble des actrices et des acteurs de la coopération décentralisée franco-malienne, dans une réunion centrée autour des partenariats entre collectivités françaises et maliennes, pour que nous enclenchions ensemble ce nouvel élan, et que nous agissions en tout cohérence.

Je ne reviendrais pas dans ma conclusion sur les orientations que le Ministre des affaires étrangères a souhaité donner en introduction de cette matinée. J’insisterai simplement sur quelques points qui touchent directement aux enjeux de développement et de solidarité internationale.

Dès mon arrivée au ministère, j’ai souhaité rencontrer les réseaux et les associations d’élus afin de montrer l’attachement que je porte à l’action internationale des collectivités. Que ce soit l’ARF, l’ADF, l’AMF, Cités Unies France, AFCCRE, ou encore l’AMGVF, j’ai pu apprécier par mes rencontres et les divers entretiens le dynamisme et la motivation des élus et des représentants des collectivités territoriales. Jean-Michel Despax, (délégué à l’action extérieure des collectivités territoriales, qui coordonne toutes nos actions ici) l’a rappelé, en dressant la liste des partenariats qu’entretient la DAECT. Ces nombreux réseaux d’élus sont une force pour notre pays.

Ce dynamisme vous l’avez mis dans votre participation aux Assises du développement et de la solidarité internationale. Comme vous le savez, à la demande du Président de la République, du Premier ministre et du ministre des Affaires étrangères je conduis depuis novembre 2012 ce processus de consultation ambitieuxqui vise à rénover la politique française de développement. Vous participez toutes et tous aux Assises, dans les différents chantiers thématiques et je tenais à vous remercier, et à remercier le travail des associations d’élus (et de leurs salariés et chargés de mission) les partenaires qui ont permis à vos territoires de prendre toute leur place dans les différentes tables rondes. Dans ce cadre, un chantier spécifique est consacré au partenariat entre tous les acteurs, en particulier avec les collectivités territoriales et entre collectivités territoriales du Nord et du Sud. Il s’agit notamment d’inscrire les collectivités locales au cœur des nouveaux mécanismes de concertation qui déboucheront des assises. La séance de clôture solennelle le 1er mars prochain, en présence du Président de la République sera l’occasion de fixer la feuille de route qui donnera les orientations de la politique française en matière de développement et qui l’inscrira dans la loi pour reprendre les mots du Président de la République. J’espère vous voir nombreux lors de cet événement au cours duquel j’ai souhaité que la coopération décentralisée soit pleinement mise à l’honneur.

Ce dynamisme vous le mettez également dans la promotion de la solidarité internationale et des enjeux de développement auprès des citoyens. Vous participez de façon soutenue et efficace à l’éducation au développement. A travers mes différentes interventions, à Rouen pour le Forum de la semaine de la Solidarité internationale intitulé « L’économie sociale et solidaire, facteur(s) de développement au Sud » à Toulouse, pour l’Agora de la coopération internationale montée par la région Midi Pyrénées, à la clôture des Assises franciliennes de la coopération décentralisée, j’ai pu mesurer l’importance du rôle des collectivités pour rapprocher la solidarité internationale des Françaises et des Français. Cette sensibilisation est essentielle. Je serai toujours à vos côtés pour y contribuer. Je l’appuierai d’autant plus que dans certaines régions, la compétence à l’international de vos collectivités peut parfois être remise en cause par d’autres formations politiques, par une montée de l’extrémisme et du repli sur soi. Je considère l’ouverture au monde comme une richesse et non comme une menace. C’est pourquoi, et Marylise Lebranchu l’a rappelé tout à l’heure, il est important de consolider votre action à l’international, d’en faire une force. L’action extérieure des collectivités doit être soutenue de façon offensive, mais également défensive. Nous pensons à la fois à nos valeurs, et à nos territoires.

La diplomatie démultipliée n’est pas qu’une formule, c’est une réalité. A chaque déplacement à l’étranger, je constate l’importance de ces liens dans les relations que notre pays entretient avec ses partenaires. L’influence et l’aura que la diplomatie française retire des actions de nos collectivités locales. Cela fut le cas au Maroc où j’ai par exemple échangé avec des élus locaux marocains impliqués dans des projets de coopération avec des collectivités territoriales françaises. J’ai pu également le constater lors des assises de la coopération franco-libanaises à Beyrouth en octobre. Je l’ai également constaté très récemment à Santiago du Chili en rencontrant avec les partenaires de la région Ile-de-France qui y montent des projets de micro crédits.

Cette diplomatie démultipliée, j’en suis convaincu, est un formidable outil pour créer des liens avec des pays où la France n’est pas forcément encore active, où la France n’est pas attendue. Vous, collectivités locales, pouvez être les éléments précurseurs de la diplomatie française. C’est pourquoi figure désormais dans l’appel à projets triennal la possibilité de conclure des partenariats avec la Birmanie, par exemple. Pour ce pays en transition démocratique, qui s’ouvre à l’international, j’entrevois là un véritable enjeu pour nos élus, pour notre pays, de construire des liens durables avec ce pays. Mon prochain déplacement là-bas sera d’ailleurs centré sur la coopération décentralisée. J’en profite pour souligner l’action de l’AFD, avec qui j’échange régulièrement sur les priorités géographiques, et le soutien apporté aux collectivités. Nous avons évoqué lors de notre débat la « diplomatie des territoires » et la place des entreprises. Je suis sensible à ce que les entreprises de nos territoires qui disposent de savoir-faire utiles au développement, puissent contribuer à la protection des biens publics mondiaux et au développement durable dans les projets entrepris à l’international.

Pour mettre en œuvre cette diplomatie démultipliée nous aurons également besoin de démultiplier notre coordination. Cela est vrai en région et c’est pourquoi j’accorde une importance toute particulière au développement des réseaux régionaux multiacteurs. Nous en avons parlé précédemment avec ce nouvel appel à projet que nous lançons, Laurent Fabius l’a également souligné. J’ai pu me rendre compte personnellement de la richesse de ces partenariats territoriaux et du réseau très riche qui en découle lors de mes déplacements dans le Nord Pas-de-Calais (Lianes coopération), en Midi-Pyrénées (MidipyCoop Dev), mais également lors des Assises où les réseaux sont représentés et apportent leur expérience. Je suis personnellement très attaché à ce que cette mobilisation multi-acteurs s’amplifie et se déploie au-delà des dix régions qui accueillent ces réseaux soutenus par le Ministère, et que la montée en puissance de ces réseaux permette à davantage de collectivités d’un même territoire d’en faire partie.

Démultiplier notre coordination au niveau de la CNCD pour en faire cet outil partagé de coordination entre l’Etat et les collectivités. Ce changement, Laurent Fabius et moi-même avons souhaité l’impulser dès cette CNCD. Ce changement se traduira donc notamment par la tenue de deux séances plénières par an, l’une consacrée aux orientations stratégiques, l’autre axée sur les appels à projets et le travail interne. Cela permettra de laisser plus de place au débat. La mise en place d’une nouvelle Commission permanente qui se substituerait à l’actuel bureau pourrait également participer à renforcer la CNCD comme espace de dialogue permanent entre l’Etat et les collectivités.

Enfin, le rôle, l’expertise, l’agenda des collectivités territoriales doit être connu et reconnu dans l’agenda multilatéral. Vous savez que la France a posé sa candidature pour accueillir le sommet sur le climat en 2015. J’ai la profonde conviction que les réseaux des collectivités peuvent nous aider à porter une parole forte en matière de lutte contre le changement climatique. Je proposerai également qu’une mission parlementaire soit lancée pour étudier spécifiquement le rôle et la contribution des collectivités à la mise en place de l’accord de 2015.Je veillerai, pour les prochains grands rendez-vous internationaux qui concernent aussi vos territoires, à une meilleure articulation avec vos représentants.

Enfin, en ce qui concerne les visas et la facilitation de la venue de nos partenaires sur notre territoire, je tiens à rappeler les mots de Laurent Fabius concernant un éventuel assouplissement des règles. Nous envisageons en effet de fluidifier les démarches, et d’assouplir les règles pour un public spécifique. Cela pourrait passer par un système de signalement par les représentants français des actrices et des acteurs qui participent à un partenariat de coopération décentralisée. Un groupe de travail interministériel réfléchit actuellement à cette question.

Pour conclure, vous l’avez compris, la feuille de route est ambitieuse.

Elle est à la hauteur des défis qui sont ceux du monde d’aujourd’hui. Elle est à la hauteur de votre engagement à toutes et touspour porter à travers l’action de vos collectivités, pour donner l’image d’une France ouverte, solidaire et innovante. Je crois que nous sommes idéalistes car nous sommes engagés pour un monde plus solidaire et plus juste. Mais nous sommes pragmatiques aussi. Pragmatiques car nous savons qu’il n’y pas de grand soir du développement, que le développement ne se construit que dans la durée. C’est avec ce pragmatisme au service de notre idéal que nous construirons ensemble le monde de demain plus solidaire, plus juste et plus durable.

Je vous remercie.


PLAN DU SITE



MENTIONS LÉGALES & INFOS PRATIQUES

Tous droits réservés - Ministère des Affaires étrangères et du Développement international - 2014