La contribution française en matière de santé reproductive, maternelle, néonatale et infantile

Évaluation conjointe des interventions du MAEDI et de l’AFD en matière de santé maternelle et infantile pour mettre en œuvre les engagements pris par la France à Muskoka (Avril 2015)

Lors du sommet du G8 de juin 2010 à Muskoka (Canada), les pays membres et leurs partenaires se sont engagés à consacrer 5 milliards de dollars additionnels sur la période 2011-2015 à accélérer la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement visant la réduction de la mortalité infantile (OMD n° 4) et l’amélioration de la santé maternelle (OMD n° 5), à travers le renforcement des systèmes de santé nationaux.

À ce titre, la France s’est engagée à financer un montant additionnel de 500 millions d’euros sur la période 2011-2015, devenant ainsi le 4e contributeur de cette initiative. Cette contribution est inscrite au budget du ministère des Affaires étrangères et du Développement international à hauteur de 100 millions d’euros par an. Ces crédits sont mis en œuvre à travers des partenariats avec des organisations internationales (ONU, Fondation Aga Khan pour le développement, GAVI), une contribution accrue au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ainsi que sous forme de projets conduits par l’Agence française de développement.

Compte tenu de l’importance du secteur de la santé dans la politique française de coopération en matière de développement, la France a souhaité mener une évaluation à mi-parcours afin d’établir un état des lieux de ses interventions et d’en analyser l’approche stratégique et opérationnelle. L’évaluation propose une série de recommandations visant à améliorer la pertinence, la cohérence, l’efficacité, la durabilité et la visibilité des interventions françaises d’ici la fin de l’initiative et apporte des éléments de réflexion pour l’après Muskoka.

Une restitution publique des résultats de l’évaluation a été organisée par le MAEDI et l’AFD le 29 avril 2015, à laquelle 80 participants ont assisté, dont des représentants du Parlement, de la Cour des Comptes, de la société civile et du milieu de la recherche. Les conclusions et recommandations de cette évaluation ont été discutées dans ce cadre, contribuant à la réflexion des pouvoirs publics sur les modalités d’action à entreprendre pour accroître l’efficacité des interventions françaises en matière de santé maternelle et infantile.



Contexte

Le manque d’accès à des services de santé de qualité dans le monde affecte en premier lieu les femmes, les nouveau-nés, les enfants et les adolescents, dont un très grand nombre de décès de causes évitables.

Les partenaires du G8 se sont engagés en 2010 lors du Sommet de Muskoka (Canada) à augmenter leur contribution en faveur de la lutte contre la mortalité maternelle et infantile dans le cadre des objectifs du millénaire pour le développement (2000-2015). A cette occasion, la France s’est engagée à augmenter sa contribution de 500 millions d’euros additionnels entre 2011 et 2015, soit 100 millions d’euros supplémentaires par an s’ajoutant aux 340 millions d’euros estimés en 2008, l’année de référence de la méthodologie de redevabilité agréé entre les partenaires du G8. Au total, la France devrait contribuer à plus de 2 milliards d’euros sur la période 2011-2015 en faveur de la lutte contre la mortalité maternelle et infantile.

Cette mobilisation a ensuite été relayée par le secrétaire général des Nations unies et étendue à l’ensemble de la communauté internationale à travers l’initiative « Every Woman, Every Child ». La mobilisation du G8 et plus généralement de la communauté internationale autour de l’initiative du secrétaire général des Nations unies a permis une réduction de près de la moitié de la mortalité maternelle et infantile dans le monde :

la mortalité infantile est passée de 90 décès pour 1000 naissances vivantes en 1990, à 46 pour 1000 naissances en 2013 (contre 4 pour 1000 en France) ;

la mortalité maternelle est passée de 380 décès pour 100 000 naissances vivantes en 1990 à 210 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2013 (contre 10,3 pour 100 000 en France).

Néanmoins, malgré les investissements dans la lutte contre la mortalité maternelle et infantile et en faveur de la santé sexuelle et reproductive, la situation reste préoccupante, en particulier en Afrique de l’Ouest et du Centre :

les complications liées aux grossesses précoces et le VIH/sida demeurent les deux premières causes de mortalité chez les adolescentes dans la plupart des pays en développement ;

chaque année, 6,6 millions d’enfants meurent encore avant l’âge de cinq ans, dont 2,9 millions sont des nouveau-nés dans le premier mois de vie, de maladies facilement évitables, comme la malnutrition (la cause sous-jacente de 45% de tous les décès des moins de cinq ans), la pneumonie et la diarrhée.

Le secrétaire général des Nations unies proposera une nouvelle stratégie dans ce domaine pour la période 2015-2030. Les conclusions du groupe de travail ouvert sur le développement durable qui définiront les futurs objectifs du développement post-2015 prévoit dans son objectif santé (objectif 3) de :

  • réduire le ratio mortalité maternelle à moins de 70 pour 100 000 dans le monde ;
  • d’éliminer d’ici 2030 les décès de nouveau-nés ou d’enfants de moins de 5 ans évitables ;
  • d’assurer d’ici 2030 l’accès universel aux soins et à la santé sexuelle et reproductive, incluant la planification familiale, l’information et l’éducation et l’intégration de la santé reproductive dans les stratégies et programmes nationaux ;
  • d’atteindre d’ici 2030 la couverture sanitaire universelle, incluant les risques de protection financière, l’accès à des services de soins de qualité, l’accès à des médicaments et vaccins de qualité. L’atteinte de ces objectifs passe par la réalisation de l’égalité femmes-hommes, des droits des femmes, y compris leurs droits sexuels et reproductifs et de leur autonomie (objectif 5).

Santé sexuelle et reproductive

De nombreuses barrières économiques, juridiques et sociales empêchent les individus d’accéder aux services de santé en matière de sexualité et de santé de la reproduction. Aujourd’hui, les complications liées à la grossesse ou à l’accouchement et le VIH/sida sont les deux premières causes de décès des adolescentes et des jeunes filles dans les pays à revenu bas et intermédiaires. Ces décès peuvent être prévenues par des méthodes simples et efficaces : accès à la contraception, éducation à la sexualité- prévention- information et dépistage, soins prénataux intégrés. La capacité d’une femme à prévenir, espacer et limiter ses grossesses, grâce à l’utilisation des méthodes contraceptives, a un impact direct sur sa santé. Toutes les femmes, y compris les adolescentes, doivent avoir accès aux services de planning familial, aux contraceptifs, à des services d’avortement dans de bonnes conditions, à l’information et aux services en matière de sexualité.

Aujourd’hui encore près de 220 millions de femmes désirant limiter, espacer et réduire le nombre de grossesses sont dépourvues d’accès aux méthodes modernes de contraception, provoquant chaque année plus de 80 millions de grossesses non désirées, et plus de 20 millions d’avortements dans des conditions non sécurisées.

Les adolescentes et les jeunes filles sont les premières affectées. Plus de 34 millions d’individus vivent avec le VIH/sida dont 3,4 millions d’enfants de moins de 15 ans. En 2011, 2,5 millions de personnes ont été nouvellement affectées. Chaque année, 499 millions de nouveaux cas d’infections sexuellement transmissibles surviennent avec de grandes conséquences sur la santé, y compris la santé maternelle et des nouveau-nés. Chaque jour plus de 2000 jeunes sont infectés par le VIH.

Le bien-être général des femmes, tant physique que mental et social, implique en premier lieu que l’égalité, le respect mutuel et l’intégrité corporelle soient garantis notamment à travers l’abandon des pratiques traditionnelles néfastes.

  • On estime que 30 millions de filles risquent d’être victimes d’une mutilation sexuelle au cours des dix prochaines années. Près de 142 millions de jeunes filles pourraient être mariées avant leurs 18 ans d’ici 2020.
  • Plus de 15 millions de filles âgées de 15 à 19 ans donnent naissance à un enfant chaque année, dont plus de 2 millions auraient moins de 15 ans, la plupart dans un contexte de mariage forcé. 1 fille de moins de dix-huit ans sur 3 est mariée sans son consentement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.Dans le cadre du partenariat de Ouagadougou, la France soutient des programmes de santé reproductive dans neuf pays d’Afrique francophone : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Togo (100 millions d’euros sur la période 2011-2015).

Santé maternelle, néonatale et infantile

99% des décès maternels surviennent dans les pays pauvres : la mortalité maternelle est une des plus grandes injustices au monde. Environ 800 femmes meurent chaque jour d’une complication liée à la grossesse ou à l’accouchement, et le risque de mortalité maternelle est plus élevé chez les adolescentes de moins de 15 ans. La concentration des décès maternels dans les pays en développement est le reflet des inégalités persistantes en termes d’accès aux services de santé.

Les femmes meurent à la suite de complications survenues pendant ou après la grossesse ou l’accouchement. Parmi les principales complications entraînant des décès, on retrouve : l’hémorragie sévère, les infections, l’hypertension durant la grossesse et l’avortement pratiqué dans de mauvaises conditions de sécurité. Les autres causes de complications sont associées à des pathologies telles que le paludisme, ou le VIH/sida pendant la grossesse.

Trente-cinq pays ont encore un taux de fécondité dépassant 5 enfants par femme. La mortalité des enfants de moins de cinq ans varie de 3 décès pour 1000 naissances vivantes à Singapour, à 283 en Sierra Leone. Chaque année, 7,6 millions d’enfants meurent avant l’âge de 5 ans.

Nous savons où les mères et les enfants meurent, et pourquoi. Les interventions prioritaires, qui ont prouvé leur efficacité pour diminuer cette mortalité existent et sont bien connues. Pour lutter contre la mortalité maternelle, néonatale et infantile, des interventions doivent être mises en œuvre sur trois piliers phares : la planification familiale, les soins obstétricaux et néonataux d’urgence et l’accouchement par un personnel qualifié, et aussi la disponibilité de ressources humaines en santé compétentes et motivées. D’autres thématiques prioritaires ont aussi été retenues par la France : la prise en charge intégrée des maladies de l’enfant (PCIME), la vaccination, la nutrition mère-enfant, et la lutte contre les violences basées sur le genre. De manière transversale, une attention particulière sera portée à la promotion des droits des femmes et à l’égalité femmes-hommes.

Mise en œuvre des engagements de la France pour la santé reproductive, maternelle, néonatale et infantile.

La France s’est engagée à consacrer 500 millions d’euros additionnels dans le cadre de l’initiative de Muskoka en faveur de la santé reproductive, maternelle, néonatale et infantile. Les engagements de la France se concrétisent comme suit :

Canal multilatéral

Par le canal multilatéral, un projet conjoint avec quatre agences des Nations unies a été mis en place sur le fonds de solidarité prioritaire (FSP) avec un budget annuel de 19 millions d’euros par an. Ces agences sont l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Fonds des nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), et l’Entité des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomie des femmes (ONU-Femmes). Ces quatre agences développent leurs programmes à travers un cadre commun d’activités coordonnées et harmonisées, dont les objectifs sont les suivants : espacement des naissances et prévention des grossesses non désirées, suivi des grossesses, naissances et post-partum, prise en charge intégrée des maladies de l’enfant, vaccination, nutrition mère – enfant.

En outre, la Fondation Aga Khan pour le développement (AKDN), dispose d’un budget de 0,5 millions d’euros par an. La Fondation AKDN finance, par le biais de ce financement, des actions en faveur de la santé des femmes et des enfants dans les régions transfrontalières de l’Afghanistan, du Pakistan et du Tadjikistan.

Gavi, l’Alliance du vaccin, reçoit une contribution annuelle complémentaire de 5,5 millions d’euros qui s’ajoute à l’engagement global français auprès de Gavi via l’IFFIm, le mécanisme de Facilité internationale pour le financement de la vaccination (1,3 milliard d’euros entre 2006 et 2026) et les contributions annuelles directes (79 millions d’euros en 2013). L’objectif de Gavi est de protéger les enfants des pays pauvres contre les principales maladies que l’on peut prévenir par la vaccination.

Enfin, une valorisation de la contribution française au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme à hauteur de 27 millions d’euros par an témoigne de la participation du Fonds à la lutte en faveur des OMD 4 et 5.

Canal bilatéral

Les engagements français impliquent également la mise en œuvre de programmes bilatéraux d’amélioration de la santé des mères et des enfants par l’Agence française de développement (AFD), à hauteur de 48 millions d’euros par an.

Couverture géographique

16 pays africains sont considérés comme prioritaires pour l’ensemble de ces appuis : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Comores, Congo, Côte d’Ivoire, Guinée, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Sénégal, Tchad et Togo. Deux pays en crise sont également inclus (Haïti et Afghanistan).

La France concentre son effort sur 16 pays africains, considérés comme prioritaires :

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La France concentre son effort sur 16 pays africains, considérés comme prioritaires

Mise à jour : 29.07.15

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