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Société

Les accoucheuses musulmanes de Casablanca

d’après la notice 446, 104 : "Les accoucheuses musulmanes traditionnelles de Casablanca (Qabla)" par J. Mathieu et R. Maneville, 1951

Pourquoi cette enquête ?

Le Service médico-social créé par la direction de la Santé publique, qui porte ses efforts sur la protection maternelle et infantile en priorité, se propose « de créer un véritable corps de sages-femmes marocaines, possédant des connaissances modernes d’hygiène et de pédiatrie. Le moment nous a donc paru opportun d’étudier le rôle joué dans la société musulmane par l’accoucheuse traditionnelle, la “qabla”. Il est intéressant de préciser quelles sont ses connaissances, sa technique, son influence sur la femme marocaine. La question se pose aussi de savoir si elle est “récupérable”, si elle peut, moyennant quelques stages de perfectionnement, servir de trait d’union entre le passé qu’elle représente et l’avenir libéré de la coutume et de l’irrationnel. »

Doc:« Nourrisson dans son berceau. <br>Nous avons placé en évidence <br>le couteau de cuisine<br> qui se trouvait sous sa couche et qui devra y<br> rester pendant quarante jours. Cette<br> coutume est destinée à protéger l’enfant<br> de l’influence maléfique des génies » , <br>1951. Notice 446, 104. , 25.7 ko, 312x449
« Nourrisson dans son berceau.
Nous avons placé en évidence
le couteau de cuisine
qui se trouvait sous sa couche et qui devra y
rester pendant quarante jours. Cette
coutume est destinée à protéger l’enfant
de l’influence maléfique des génies » ,
1951. Notice 446, 104. - (JPEG, 25.7 ko)

Moyens

J. Mathieu et R. Maneville enquêtèrent directement durant 16 mois auprès de sages-femmes marocaines, à l’aide d’un questionnaire dont voici le plan :

1. Place de la qabla dans la société marocaine

Elle traite de l’état civil des matrones, de leur origine ethnique, de celle du mari. Elle précise leur âge, éventuellement la date de leur arrivée à Casablanca, leur répartition par quartiers, les causes de l’émigration, la date depuis laquelle elles exercent leur profession, comment et où elles ont appris leur art, leurs attaches avec la tribu d’origine, le nombre d’accouchements effectués, les gains réalisés, enfin leurs moyens d’existence autres que ceux résultant de leur clientèle.

2. Rôle de la qabla en matière obstétricale

Elle traite longuement de la grossesse, de la stérilité, des diverses phases de l’accouchement proprement dit, des suites de couches, de l’avortement, des dystocies. Nous y étudions la thérapeutique gynécologique traditionnelle, l’utilisation des simples, les pratiques magiques et magico-religieuses qui se rapportent à la vie génitale, et nous faisons connaître à l’occasion, quelques croyances touchant à la vie sexuelle.

3. Thérapeutique journalière de la qabla où précisions sur diverses affections de l’enfant et de l’adulte pour lesquelles la qabla est souvent consultée

Doc:« Scène d’accouchement. <br>Remarquez le T.S.F., le réveil, la photographie au mur,<br> contrastant avec les gestes traditionnels de la matrone, <br>qui pour ne pas voir les organes<br> génitaux de sa cliente, travaille <br>les mains recouvertes d’un voile » , 1951. Notice 446, 104. , 36.9 ko, 612x357
« Scène d’accouchement.
Remarquez le T.S.F., le réveil, la photographie au mur,
contrastant avec les gestes traditionnels de la matrone,
qui pour ne pas voir les organes
génitaux de sa cliente, travaille
les mains recouvertes d’un voile » , 1951. Notice 446, 104. - (JPEG, 36.9 ko)

Accueil réservé aux enquêteurs

« Si les hommes, en général, se sont discrètement retirés dès le début de la conversation, par contre, les femmes assistaient nombreuses à nos entretiens. Au bout d’un quart d’heure tous les éléments féminins de la maison étaient rassemblés autour de nous. La fille de la qabla apparaissait la première, un peu intimidée, dans l’encadrement de la porte où elle demeurait quelques minutes avant de venir s’asseoir à nos côtés ; puis un gamin, le visage barbouillé, venait prestement escamoter un gâteau et repartait pour revenir quelques instants plus tard ; puis tour à tour, une domestique, une voisine, d’autres femmes encore et leur progéniture, arrivaient, s’installaient, entraient dans le jeu des questions et des réponses. Et l’interrogatoire se poursuivait avec ses détails techniques, ses histoires gaillardes, voire licencieuses, sans aucune gêne, sans contrainte, au milieu de cet auditoire de femmes, de jeunes filles et d’enfants. Aucune équivoque, un franc-parler rabelaisien, pour évoquer le plus simplement du monde ces choses naturelles que sont pour les primitifs l’amour, la conception, la naissance.

Nous avons eu l’impression qu’en éveillant la curiosité de ces femmes, nous avons apporté, dans ces taudis obscurs, quelques éléments de compréhension entre deux mentalités aussi radicalemnt différentes que celle de l’Européen et celle du Berbère islamisé qui, vivant côte à côte, n’ont le plus souvent, aucun point de contact et aucune possibilité de mieux se connaître.

Souvent à l’issu d’un de ces longs entretiens, notre hôtesse nous a dit le regret de n’avoir jamais eu, avant nous la visite d’un Européen, sinon pour quelque désagréable obligation administrative »
(p.9-10)

Le logement

d’après les notices 443, 69 : "Le logement du travailleur indigène", 1933 et 443, 70 : "le prolétariat indigène : les bidonvilles"

Nombreux sont les travailleurs indigènes qui, attirés vers les villes par les demandes incessantes de main d’œuvre et la perspective de salaires anormaux pour le pays, manquent de logement. L’instabilité saisonnière, la bas prix de la main d’œuvre notamment rendent difficile l’installation dans des logements confortables et hygiéniques.

Doc:Une rue du village indigène de la <br>compagnie sucrière de Casablanca, 1933. Notice 443, 69. , 33.9 ko, 617x361
Une rue du village indigène de la
compagnie sucrière de Casablanca, 1933. Notice 443, 69. - (JPEG, 33.9 ko)

Le degré de confort, d’hygiène semble proportionnel à l’intervention des autorités. Ainsi, dans certains endroits, l’employeur pourvoit au logement de ses ouvriers permanents. La compagnie sucrière de Casablanca par exemple a organisé un village qui est un modèle du genre.

« Cette société soucieuse de fournir à ses ouvriers des logements confortables et hygiéniques a fait construire une cité avec ses rues, sa place centrale et son école. Tous les bâtiments sont en maçonnerie, l’intérieur de ses habitations est cimenté. Les indigènes célibataires sont logés par trois dans des chambres donnant sur un patio bien aéré. Le logement des ouvriers mariés est entouré par de hauts murs ; il donne à chaque locataire une indépendance complète et respecte le secret de l’intérieur indigène. Les deux pièces qui le composent sont grandes, dans l’une d’elles se trouve un foyer. Une petite cour avec W.C. complète ce logement très confortable. Des commerçants ont leur boutique sur la place. Une mosquée a été édifiée. »

Dans plusieurs villes, les municipalités et les habous ont fait des efforts pour améliorer l’habitat indigène.

Le tableau devient moins idyllique lorsqu’on en vient à évoquer les bidonvilles, constitués autour des villes.
« A Casablanca, les travailleurs indigènes sont plus de 30 000 groupés ainsi, à Rabat plus de 11 000, à Port-Lyautey plus de 9 000.

La formule de l’habitat est en général la suivante : le propriétaire du sol perçoit un prix de location mensuel pour l’occupation du sol où les locataires édifient par leurs propres moyens les misérables abris en planches, vieilles tôles ou roseaux où ils ont à vivre.

Doc:Rabat, une ruelle du bidonville,<br> 1933. Notice 443, 69. , 22.6 ko, 300x169
Rabat, une ruelle du bidonville,
1933. Notice 443, 69. - (JPEG, 22.6 ko)

Il n’est pas difficile d’imaginer les déplorables conditions hygiéniques qui sont faites aux indigènes ainsi logés, voirie presque inexistante, service de nettoiement plus ou moins bien organisé, peu ou point d’eau, aucun système d’égouts, telles sont les caractéristiques de ces villages surpeuplés où tout le monde vit dans une promiscuité matérielle et morale pleine de dangers. »

A la suite de ce constat, le lieutenant de Kergaradec énumère les différentes solutions pour construire en dur adoptées par les municipalités. Il propose, quant à lui, une politique qui viserait à attirer et à inciter les indigènes à demeurer dans leurs tribus.

Le mariage

d’après la notice 454, 42 : "Etude du droit coutumier berbère des Aït Haddidou- Aït Yazza de l’Assif Melloul" par le capitaine Denat, 1935

Le mariage pour la femme Aït Haddidou

« La grande liberté de mariage laissée à la femme berbère, son droit de se marier avec qui lui plaît, son droit de divorcer quand elle le désire, sans être obligée de donner même une seule raison, la liberté qu’elle a dans la maison de son époux font d’elle un être semblable à l’homme. Les femmes mariées très jeunes, passent d’un mari à l’autre, surtout dans leur jeune âge. Elles s’attachent ensuite au mari père de leurs enfants. Mais il se rencontre aussi, fréquemment, des femmes ayant eu des enfants avec trois ou quatre maris différents. Aucune fausse honte ne les empêche de dire le nombre élevé d’époux qu’elles ont eus dans leur vie. Tout leur semble naturel et très bien ainsi, comme d’ailleurs conforme à la coutume.

La femme adultère, répudiée par son mari, peut épouser son amant après les délais de retraite légale (trois mois) sauf si le mari lui a interdit le mariage. Le mari, lors du divorce, peut interdire à sa femme le mariage avec trois hommes quelconques de la tribu nominativement désignés et sans avoir à indiquer les raisons de son interdiction. »

Le mariage pour l’homme Aït Haddidou

Illust: Musiciens ambulants., 25.8 ko, 204x206
Musiciens ambulants. Notice 469, 18 (1949).

« Les Aït Haddidou n’ont pas de concubines. Quand un berbère désire une femme, il l’épouse et le lendemain même ou quelques jours après, il peut la répudier s’il le veut en lui donnant son “seddak” (dot ou pension alimentaire). Un Aït Haddidou se marie normalement 8 à 10 fois.

Les Aït Haddidou n’achètent pas leurs épouses. Ils considèrent que l’achat d’une femme ne répond pas à ce qu’ils désirent obtenir de la femme. »

Formalités du mariage

Doc:Jeu de taouja,1947-49. <br>Carton 1407 (inventaire n°19). , 36.3 ko, 529x328
Jeu de taouja,1947-49.
Carton 1407 (inventaire n°19). - (JPEG, 36.3 ko)

« Le jeune homme qui désire épouser une jeune fille le lui demande tout d’abord ou lui envoie un ami. S’il obtient une réponse favorable, il fait dire à son propre père, par cet ami, qu’il désirerait épouser la fille d’un tel. Le père acceptant cette union, se rend, accompagné de trois notables de la jemaâ, à la maison du père de la jeune fille.

Il pénètre dans la maison et, après les salutations d’usage, lui dit :

“ Je te demande ta fille en l’honneur de Dieu et du Prophète, pour mon fils…”

Le père de la jeune fille, après avoir reçu le consentement de sa fille, répond à son tour par la formule :

“ Je te donne ma fille, en l’amour de Dieu et du Prophète, pour ton fils…”

Les deux pères se touchent la main et le mariage est conclu. La date du mariage est fixée immédiatement : très souvent il a lieu le jour même ou le lendemain.

Un repas copieux est préparé chez les parents du fiancé. La jeune fille est alors parée pour le mariage : elle est vêtue de vêtements neufs ou propres, elle met sur sa tête un foulard de tête en soie qui recouvre un cylindre de chiffons nommé “Aquilous”, signe distinctif des femmes Aït Haddidou mariées ; son visage est recouvert complètement d’un foulard léger de couleur rouge, transparent, laissant deviner ses traits.

Elle est conduite ainsi à la maison de son nouvel époux, accompagnée par les femmes de sa tente et par ses amies invitées à la cérémonie.

« Les fêtes du mariage sont simples : un repas à midi, thé, jeux et danses, puis le dîner, danses à nouveau. » Pour les danses, « les groupes de femmes ou d’hommes et femmes mêlés se font face en ligne : ces lignes se rapprochent et s’éloignent dans un mouvement lent et rythmé. Elles ondulent et fléchissent en cadence suivant le rythme du chant, aigu et criard.

Doc:Supporters, 1947-49.<br> Carton 1407 (inventaire n°19). , 31.4 ko, 513x335
Supporters, 1947-49.
Carton 1407 (inventaire n°19). - (JPEG, 31.4 ko)

Les jeux sont ceux des enfants de France : le saute-mouton, le chat et la souris, le loup et l’agneau, le cheval fondu.

Les enfants et les hommes jouent au hockey sur les aires à battre voisines des Ksours. C’est d’ailleurs le jeu le plus en vogue chez les Aït Haddidou »

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