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Introduction par Maurice Vaïsse, IEP Paris

Chili 11 septembre 1973

"La relative rareté de témoignages de diplomates français sur leur séjour en Amérique latine m’avait, lors de l’écriture de mon livre sur la France dans le monde depuis 1958 ( La Puissance ou l’influence ? Fayard, 2009), fait découvrir l’ouvrage de Pierre de Menthon,qui décrivait l’accueil fait par l’ambassade de France à Santiago du Chili aux demandeurs d’asile à la suite du coup d’État du 11 septembre 1973.

Depuis lors, j’avais souhaité consulter et faire connaître les archives de cette période lors du quarantième anniversaire. Dans ce contexte, la publication des souvenirs d’un des diplomates de l’ambassade, Jean-Noël de Bouillane de Lacoste, ne pouvait mieux tomber (cf. Revue d’histoire diplomatique, 2013, n° 1). Les archives que j’ai choisi de sélectionner proviennent de deux fonds distincts : ceux de la Direction d’Amérique ( Amérique 1971-1975, Chili , numéros 109, 112, 113, 114, 115, 113, 131) codés 80 Q0 ( lire à ce sujet la lumineuse introduction de Françoise Watel) ; et ceux du cabinet du ministre des Affaires étrangères, Michel Jobert.

Il ne s’agit évidemment pas d’une sélection exhaustive, et d’autres fonds auraient pu compléter cette sélection. Et mon propos était clairement de concentrer mon regard sur la façon dont les diplomates à Santiago et à Paris ont réagi face à la demande d’asile et à la répression. Bien sûr, il aurait été possible d’évoquer la perception politique de ce coup d’Etat, ou d’autres aspects bien présents dans les archives. On en trouvera des éclairages dans le texte de Jean Mendelson, auquel j’ai eu l’imprudence de montrer ces documents. Bien connu au Département pour être un des bons connaisseurs du Chili sous la dictature de Pinochet, il y a réagi : on découvrira ici ses commentaires.

Par ailleurs, d’emblée, j’avais envisagé de recueillir le témoignage d’un des diplomates en poste à Santiago du Chili à cette période. L’interview de Loïc Hennekinne suit cet ensemble.

En historien, je voudrais insister sur deux ou trois points qui me semblent intéressants à mettre en valeur à partir de ces archives :

- L’accueil prodigué par les diplomates ( quelles que soient leurs opinions politiques) de l’ambassade aux réfugiés chiliens et cette solidarité humaine face à la répression. L’ambassade de France à Santiago a certainement été une des plus actives.

- L’intérêt de saisir in vivo comment réagit une ambassade en temps de crise, période d’autant plus dramatique que l’ambassadeur Pierre de Menthon est absent (pour des raisons familiales) et ne peut rentrer que le 21 septembre à Santiago, en raison de l’interruption des vols. Quant au chargé d’affaires, Lacoste (cf. son article), il n’est là que depuis six semaines.

- Le travail diplomatique en temps de crise : l’interruption des communications, les difficultés de liaison avec Paris, le comportement face aux nouvelles autorités, la question des immunités diplomatiques, tout cela mériterait d’être étudié dans le cadre d’un retour d’expérience de crise, qui s’est répété à de nombreuses reprises depuis 1973. Et à un tel titre, la publication de ces archives et souvenirs ainsi que l’évocation de cette période me semblent opportunes en ce quarantième anniversaire du 11 septembre."

Maurice Vaïsse


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