Accès rapide :

Barcelone et Rome

Ferdinand de Lesseps quitte l’Egypte en novembre 1837 avec les félicitations de son ministre pour sa manière de servir. Sa belle conduite lors de la peste lui vaut un article élogieux dans Le Journal des Débats. Beaux débuts pour un jeune diplomate… Comme seconde affectation, on lui confie Rotterdam, poste de seconde classe, au regret du comte Molé qui aurait souhaité lui attribuer un consulat plus important.
Il reste à Rotterdam jusqu’en juillet 1839 et obtient Malaga, poste tranquille, où il est promu consul de première classe. En mai 1842, il est nommé consul à Barcelone.

Les évènements de Barcelone

Les années 1840 sont, pour la Catalogne, celles du décollage économique : le textile est en pleine expansion, la première banque est fondée en 1844 et la ligne de chemin de fer entre Barcelone et Mataro, première ligne du réseau ferroviaire espagnol, est inaugurée en 1848. Mais la province est aussi un foyer d’agitation politique incessante et l’enjeu des rivalités entre les monarchistes, partisans de la jeune reine Isabelle et du prétendant don Carlos, les adversaires ou les fidèles du régent Espartero, les absolutistes ou les modérés, et les Républicains. Depuis l’état de siège en 1840, le retour au calme est très fragile. En rébellion quasi permanente contre le gouvernement madrilène, Barcelone est soumise à un bombardement en décembre 1842 puis à un blocus en 1843.
Lesseps, qui prend ses fonctions à Barcelone en juillet 1842, se trouve au cœur de la tourmente. Il doit veiller à la sauvegarde d’une communauté de quatre mille membres, tout en défendant les intérêts commerciaux de la France.

Doc:Vista de Barcelona bombardeada <br> por el castillo de Monjuich  <br> en la tarde del 3 de diciembre de 1842 <br> Ministère des Affaires étrangères, <br> Correspondance politique des consuls. , 4.4 ko, 158x97
Vista de Barcelona bombardeada
por el castillo de Monjuich
en la tarde del 3 de diciembre de 1842
Ministère des Affaires étrangères,
Correspondance politique des consuls. - (JPEG, 4.4 ko)













Le 13 novembre 1842, une banale dispute à l’octroi suivie de l’emprisonnement du rédacteur en chef du journal républicainEl Republicano met le feu aux poudres. Deux jours plus tard, les troupes gouvernementales commandées par le capitaine général Van Halen pénètrent dans la ville. Une partie d’entre elles s’enferme dans la citadelle de Monjuich tandis que van Halen s’installe à une vingtaine de kilomètres de Barcelone et menace de bombarder la cité.
Durant ces journées agitées, la première tâche du consul est d’assurer la protection des résidents Français. Dès les premiers troubles, il télégraphie à Port-Vendres qu’on lui envoie des navires en toute hâte.
Le pavillon français sert d’abord de refuge à la famille de Van Halen et aux chefs des insurgés qui ont senti le vent tourner. Sollicité par les deux camps, le consul, sans jamais se compromettre, accorde sa protection aux uns et aux autres.

Remis à plusieurs reprises à la suite des démarches de Lesseps, le bombardement de la ville débute le 3 décembre à onze heures du matin et dure jusqu’à minuit. Lui-même, après avoir veillé à l’embarquement des Français, monte à bord le dernier au moment où le fort de Monjuich ouvre le feu. Les navires français abritent aussi les consuls étrangers. Durant treize heures, plus de huit cents bombes tombent sur la ville. Le consulat de France est manifestement pris pour cible.
En France, les événements de Barcelone provoquent une émotion considérable. Indigné, Tocqueville écrit le 15 décembre qu’il ne connaît « rien de plus odieux dans l’histoire ».
Mis en cause par les autorités espagnoles qui lui reprochent sa partialité, Ferdinand de Lesseps est soutenu à la tribune par Guizot et promu officier de la Légion d’honneur. En remerciement de son action lors du bombardement de 1842, la communauté française de Barcelone offre une médaille d’or au jeune consul et la presse française, qui a suivi de près les événements, lui rend un hommage unanime.

Le calme revenu en 1844 permet au consul d’organiser la communauté française. Il fonde Saint-Philippe de Néri, chapelle réservée aux Français, et crée la Société de bienfaisance destinée aux ouvriers tombés dans la misère. Il se fait alorsle témoin attentif de la révolution industrielle catalane.


Madrid

Après avoir quitté Barcelone, Ferdinand de Lesseps est nommé chargé d’Affaires puis envoyé extraordinaire à Madrid où il réside d’avril 1848 à avril 1849. Les instructions reçues de Lamartine lui recommandent de rassurer le gouvernement espagnol, inquiet d’une contagion révolutionnaire, sur les intentions de la nouvelle République française tout en ménageant la Grande-Bretagne.
A la prière de sa cousine Eugénie (la future impératrice), son intervention auprès du maréchal Narvaëz sauve la vie de treize officiers condamnés à mort.

En mission à Rome

Rappelé en France début mai 1849, Lesseps s’apprête à partir pour la légation de Berne quand Drouin de Lhuys, le ministre des Affaires étrangères, l’envoie à Rome pour une difficile mission de conciliation entre la République romaine de Mazzini et le corps expéditionnaire français stationné à Civitavecchia depuis le 25 avril.

Envoyées en Italie pour barrer la route de Rome à l’Autriche, les troupes du général Oudinot, loin d’être accueillies en libératrices, ont été obligées de reculer devant celles de Garibaldi lors d’une escarmouche le 30 avril. En France, la nouvelle soulève une indignation générale, « l’honneur des armes françaises » ayant paru compromis.

Selon ses instructions, Lesseps doit « essayer d’entrer à Rome d’accord avec les habitants, sans reconnaître les autorités romaines, sans inquiéter la cour de Gaète et sans mettre en question ses droits, prévoir l’éventualité d’une attaque et n’en point compromettre les chances ». En France, la « question romaine » divise l’opinion où les partisans du pouvoir temporel de Pie IX, réfugié à Gaète auprès du roi de Naples après avoir été chassé de ses Etats, forment les bataillons du parti catholique.

Arrivé à Civitavecchia le 15 mai, Lesseps se heurte à l’intransigeance des Romains, qui refusent de laisser entrer les troupes françaises, et à celles d’Oudinot et de son état-major, pressés d’en découdre. Les premiers projets de convention sont rejetés par le triumvirat dirigé par Mazzini et le dernier, en date du 29 mai, par Oudinot. Le lendemain, Lesseps, désavoué par son ministre, est rappelé en France alors qu’Oudinot reçoit l’ordre l’ordre d’attaquer Rome. Ces mesures brutales sont la conséquence directe du résultat des élections à l’Assemblée législative de juin qui sanctionnent la débâcle de Ledru-Rollin lors des élections et le triomphe du parti de l’Ordre.

Lesseps devant le Conseil d’Etat

De retour à Paris, il doit, selon une procédure unique dans les annales de la diplomatie, répondre de ses actes devant le Conseil d’Etat. Il lui est reproché d’avoir eu une conduite contraire à ses instructions et d’avoir signé une « convention contraire aux intérêts de la France et à sa dignité. » A l’issue de ses délibérations, le Conseil désapprouve la conduite du diplomate, juge qu’il est sorti des limites de ses instructions mais ne lui inflige pas de blâme et ne propose aucune sanction.
Lesseps préfère alors se mettre en disponibilité et se retirer dans le Berry. De 1849 à 1854, il consacre ses loisirs forcés à l’exploitation du domaine de La Chesnaye, propriété de sa belle-mère, tout en reprenant le dossier du percement de l’isthme de Suez.

Doc:Giuseppe Mazzini (1805-1872) <br> Ministère des Affaires étrangères. , 54.9 ko, 600x913
Giuseppe Mazzini (1805-1872)
Ministère des Affaires étrangères. - (JPEG, 54.9 ko)





A Rome, après le départ de Lesseps, les derniers espoirs de la République romaine se sont évanouis. Lors de l’armistice négocié par le diplomate dès le 16 mai, quelques renforts ont été envoyés, surtout de Romagne, mais en nombre insuffisant. Les tentatives de résistance de Mazzini n’ont pas empêché le général Oudinot d’entrer dans la Ville le 3 juillet. Les troupes françaises occuperont Rome jusqu’à la chute du Second Empire.

Dans son Mémoire présenté au Conseil d’Etat, Lesseps porte sur Mazzini le témoignage suivant : « Je crains d’autant moins de faire connaître ici l’opinion que j’avais de Mazzini avec lequel j’étais alors en lutte ouverte, que, dans toute la suite de nos négociations, je n’ai eu qu’à me louer de sa loyauté et de la modération de son caractère qui lui ont mérité toute mon estime […] Aujourd’hui qu’il est tombé du pouvoir et qu’il cherche sans doute un asile en pays étranger, je dois rendre hommage à la noblesse de ses sentiments, à la conviction de ses principes, à sa haute capacité, à son intégrité et à son courage. »

Après la chute de la République romaine, Mazzini trouva refuge en suisse puis en Angleterre.


Source : Archives du ministère des Affaires étrangères, Personnel, Première série, dossier 2594.


PLAN DU SITE



MENTIONS LÉGALES & INFOS PRATIQUES

Tous droits réservés - Ministère des Affaires étrangères et du Développement international - 2014