Nom officiel : République démocratique de Somalie Chef de l’Etat : Sheikh Sharif Sheikh AHMED (depuis le 31 janvier 2009) Premier Ministre : Abdiweli Mohamed ALI (depuis le 28 juin 2011)
Ministre des Affaires étrangères : Mohamed Mohamud Haaji IBRAHIM
Superficie : 638 000 km²
Capitale : Mogadiscio
Population (estimation) : 9,3 M d’habitants (Banque mondiale, 2011) Agglomérations principales (estimation) : Mogadiscio (1,6M), Hargeisa (436 232), Bossasso (108 016), Gaalka’yo (85 252), Berbera (71 151), Borama (68 851), Kismaayo (66 921), Laascanood (40 579), Garowe (38 636)
Croissance démographique (estimation) : 1,603 % (2011)
Espérance de vie : 51,2 ans (PNUD 2011)
Indice de développement humain : non défini Taux de mortalité infantile (pour 1000) : 108,3 (Banque mondiale 2010)
Prévalence SIDA/VIH (% de la population 15-49 ans) : 0,7 (Banque mondiale 2010) Taux d’alphabétisation : 37,8% Source d’eau améliorée, en milieu rural (% de la population rurale y ayant accès) : 9%
Religion : islam sunnite (99 %)
Langues usitées : somali (officiel), arabe, anglais (au nord), italien (au sud)
Fête nationale : 1er juillet (création de la république)
Devise : Shilling somalien (SOS)
PIB/habitant (estimation) : 600USD
Répartition du PNB (% par secteur) : agriculture (60.2%), industrie (7.4%), services : 32.5% (estimation 2008))
Principaux clients (estimation (2010) en USD) : EAU (242,7), Yémen (81,8), Oman (61,3), Arabie saoudite (15,8)
Principaux fournisseurs (estimation (2010) en USD) : Djibouti (313,2), Kenya (81,9), Chine (79,4), Pakistan (74)
Dette extérieure (estimation) : 2,94 milliards de $
Représentation française Ambassadeur de France : M. Etienne de Poncins (en résidence à Nairobi)
Représentation somalienne en France Ambassadeur de Somalie en France : M. Said FARAH
Le relief de la Somalie consiste principalement en plaines et hauts plateaux. Les températures sont élevées toute l’année exceptée en altitude, au nord. Les précipitations sont peu abondantes et le climat est semi-désertique ou désertique dans la plus grande partie du pays. La côte, longue de plus de 3 000 kilomètres, a permis de développer le commerce avec le Moyen-Orient et le reste de l’Afrique de l’est.
Ancienne colonie italienne, la Somalie accède à l’indépendance le 1er juillet 1960 et fusionne avec l’ancien protectorat britannique du Somaliland, indépendant depuis le 26 juin 1960. Après une décennie semi-démocratique, un groupe de militaires, conduit par le général Mohammad Siyad Barre, prend le pouvoir en octobre 1969 et proclame la République Démocratique de Somalie. Barre, soutenu par l’URSS, déclare en 1970 le « socialisme scientifique » doctrine d’Etat. La guerre de l’Ogaden en 1977-1978 amène l’armée somalienne aux portes d’Addis Abeba. L’Ethiopie est sauvée par le soutien soviétique, ce qui pousse les Etats-Unis à soutenir la Somalie à leur tour, entraînant ainsi un spectaculaire renversement d’alliances dans la Corne (l’Ethiopie était un allié des Etats-Unis jusqu’en 1976).
La défaite somalienne dans la guerre de l’Ogaden entraîne le régime de Siyad Barre dans une crise politique et financière tout au long des années 1980. Des mouvements armés d’opposition, soutenus par l’Ethiopie, combattent le régime somalien, et les combats entre les rebelles et l’armée somalienne atteignent leur paroxysme en 1988 avec le bombardement intensif de la ville d’Hargeisa (capitale du Somaliland), rasée à 90%. A la veille de la chute de Siyad Barre, son régime, réduit aux fidèles de son sous-clan, ne contrôle guère plus qu’un quartier de Mogadiscio (d’où le surnom de Siyad Barre, « maire de Mogadiscio »).
En 1991, après le renversement du régime de Siyad Barre, les nombreuses milices claniques qui s’étaient opposées à Siyad Barre s’entre-déchirent. Les ambitieuses interventions internationales de 1992 à 1995 (ONUSOM I et II, UNITAF) furent victimes de leur impréparation et des dynamiques complexes de luttes entre milices claniques. A partir de 1993, la traque du général Aidiid (responsable d’une attaque ayant entraîné la mort de 24 casques bleus pakistanais) par les Etats-Unis et l’ONU, qui bénéficiait alors d’un réel soutien populaire, discrédite à la fois ONUSOM et les troupes américaines (qui menaient la force internationale UNITAF). En mars 1995, les derniers éléments d’ONUSOM II se retirent, les troupes américaines ayant opéré leur retrait dès 1994.
A partir de 1995, et jusqu’en 2001, la Somalie est livrée à elle-même. Le pays, et surtout sa capitale, Mogadiscio, est dominé par des chefs de guerre dont les ressorts sont plus mafieux que claniques. Au Nord, le Somaliland avait déclaré unilatéralement son indépendance en mai 1991 (non reconnue par la communauté internationale), séparant sa destinée de la Somalie du Sud. La province voisine du Puntland déclare son autonomie en 1998. De nombreuses tentatives de résolution de la crise échouent au début des années 2000.
En avril 2006, des affrontements à Mogadiscio opposent des miliciens des tribunaux islamiques aux seigneurs de guerre. Les milices islamistes défont les troupes des seigneurs de guerre et prennent le contrôle de Mogadiscio en juin 2006. La coalition islamiste se dote de structures politiques, regroupée au sein du Conseil Suprême des Tribunaux Islamiques. Très vite, parallèlement aux négociations engagées entre le GFT et les Tribunaux islamiques, les Islamistes étendent leur contrôle sur l’essentiel du sud du pays. Le GFT est retranché dans la ville de Baidoa, protégé par l’armée éthiopienne. Fin décembre 2006, l’armée éthiopienne intervient pour repousser une offensive des milices des Tribunaux islamiques sur Baidoa. En une semaine, les milices loyales au gouvernement, soutenues par l’armée éthiopienne, reprennent le sud de la Somalie et la capitale, que les milices des Tribunaux islamiques fuient sans combattre.
Le GFT, soutenu par une présence importante de troupes éthiopiennes, n’a jamais pu affirmer son autorité sur le Sud de la somalie. Immédiatement après la chute des Tribunaux islamiques, une insurrection formée principalement d’ex-membres des Tribunaux islamiques, Al Shabaab, rejointe progressivement par les Somaliens s’opposant à la présence éthiopienne, a contesté son autorité. Cette insurrection a adopté dans un premier temps une stratégie de lutte urbaine dans la capitale (utilisation d’engins explosifs improvisés, voitures piégées, assassinats ciblés, attentats suicides), avant d’étendre ses actions en province.
Le processus politique, dans l’impasse complète à la fin 2007, a été revigoré début 2008 par le volontarisme du Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour la Somalie, Ahmedou Ould Abdallah, qui a su s’appuyer sur le pragmatisme du Premier ministre somalien Nur Adde pour ouvrir des négociations entre le GFT et l’Alliance pour la Re-libération de la Somalie (ARS), groupe d’opposition à dominante islamiste formé à Asmara en septembre 2007. Ces négociations ont abouti à la signature de l’Accord de Djibouti en août 2008 entre le GFT et l’ARS, première étape vers l’élection en janvier 2009 par le parlement somalien élargi aux membres de l’ARS d’un nouveau président d’Union Nationale, l’ancien dirigeant des Tribunaux islamiques, Sheikh Sharif Ahmed. Fin février 2009, le nouveau président nommait un gouvernement d’union nationale composé de ministres issus du GFT et de l’ARS, confirmant sa volonté de compromis. Ce gouvernement est soutenu par l’ensemble de la communauté internationale et tente de mener une politique de réconciliation, dialoguant avec toutes les parties, y compris les mouvements islamistes radicaux.
La transition initiée par les Accords de Djibouti aurait dû prendre fin le 20 août 2011. Une crise interinstitutionnelle (gouvernement contre parlement) a accaparé les discussions politiques pendant tout le printemps, avec l’entremise parfois nuisible des pays de la région. L’Accord signé en juin 2011 à Kampala par les principaux protagonistes institutionnels (Président, Président du Parlement), sous l’égide du Président ougandais et du RSSGNU, a permis une extension d’un an de cette période jusqu’au 20 août 2012.
Le gouvernement fédéral de transition est aujourd’hui très fragilisé par ses divisions internes, qui ne favorisent pas le dialogue avec les groupes susceptibles de rejoindre le processus de Djibouti.
Situation politique
L’adoption, le 6 juillet dernier, d’une feuille de route, a ouvert une période intérimaire qui se terminera le 20 août 2012. Ce document contient des objectifs à atteindre porte aussi bien sur la sécurité et la réconciliation que sur les questions constitutionnelle et de gouvernance et soumet le gouvernement fédéral de transition (GFT) à une obligation de résultats concrets (projet de nouvelle constitution, transparence, lutte contre la corruption, renforcement de l’Etat de droit) s’il souhaite enfin bâtir une légitimité sur le terrain et conserver le soutien de la communauté internationale.
Les dirigeants somaliens sont invités à rester unis et à concentrer leurs efforts sur les défis qu’ils ont à relever, afin de mettre un terme à la période de transition. Le GFT est appelé à élargir sa base politique en définissant la conduite de ses relations avec ses partenaires (Ahlu Sunna Wal Jama’a, Puntland et Galmudug notamment).
Situation sécuritaire
Le défi majeur est aujourd’hui celui de la sécurité, face aux membres de l’opposition islamiste ayant refusé l’accord de Djibouti. Le gouvernement doit faire face à des offensives récurrentes du Shabaab, milice radicale ayant proclamé son allégeance à Al Qaïda en janvier 2010, et qui a récemment intégré dans ses rangs une autre milice extrémiste, le Hizbul Islam.
Depuis le mois de février 2011, les forces pro-gouvernementales mènent une importante offensive pour reconquérir les régions du centre et du sud du pays, jusque là contrôlées par les extrémistes. Le gouvernement dispose notamment du soutien de la milice Ahlu Sunna Wal Jamaa, grâce à un accord cadre signé à Addis-Abeba le 15 mars 2010.
Depuis le retrait de la milice Shebaab de Mogadiscio en août dernier, le GFT et les soldats de la force de l’Union africaine (AMISOM) sont parvenus à étendre la ligne de contrôle dans la capitale. Des combats sont rapportés quotidiennement, et les risques liés aux attentats suicide et aux engins explosifs improvisés ont augmenté. Au lendemain d’un attentat de Mogadiscio qui a fait plus de 70 morts, le 4 septembre 2011, Al Shabaab a menacé de multiplier les attaques en Somalie.
Dans le reste du pays, la situation reste imprévisible ; le Sud échappe totalement à l’autorité centrale qui doit compter sur une alliance fragile avec la milice Ahlu Sunna wal Jama’a pour contrôler une partie des provinces du Centre. L’opération militaire kenyane, baptisée « Linda Nchi », menée depuis le 14 octobre 2011 en accord avec le GFT, vise à rétablir la paix à sa frontière.
La situation est moins dégradée au Somaliland et au Puntland mais les tensions restent vives.
Pour aider le GFT et ses forces de sécurité, l’UE finance l’AMISOM, et intervient à travers la mission EUTM de formation des forces de sécurité somaliennes conduite en Ouganda, avec le soutien financier des Etats-Unis.
La piraterie au large des côtes somaliennes demeure une menace sérieuse qui s’intensifie. La communauté internationale s’est mobilisée en vue d’éradiquer la piraterie et d’en traduire les auteurs en justice. EU NAVFOR Somalie - Opération ATALANTA, la première opération militaire navale menée par l’Union européenne s’inscrit dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Le 7 décembre 2010, le Conseil de l’UE a prolongé le mandat de l’opération pour deux ans supplémentaires, jusqu’au 12 décembre 2012. Elle a atteint sa capacité opérationnelle initiale le 13 décembre 2008 et sa capacité opérationnelle totale en février 2009.
Situation humanitaire
La situation humanitaire est grave, notamment dans le sud de la Somalie, où quelque trois millions de personnes sont affectées par la crise alimentaire. L’ensemble des régions du sud du pays, contrôlées par la milice Shebaab, pourraient être déclarées en situation d’insécurité alimentaire d’ici décembre prochain. L’insécurité a provoqué l’arrêt de la plupart des activités humanitaires dans le sud du pays tandis qu’à Mogadiscio les opérations sont limitées aux activités absolument essentielles.
Le nombre total de personnes en situation d’insécurité alimentaire dans la Corne de l’Afrique est passé de 12,4 millions fin juillet 2011 à 13,3 millions en septembre. Malgré la baisse des flux quotidiens, le nombre total de réfugiés est désormais de près de 1 million, dont 893 000 Somaliens, avec de fortes concentrations au Kenya et en Ethiopie. La situation dans les camps de réfugiés est préoccupante et l’équilibre sécuritaire des pays d’accueil pourrait être compromis.
L’aide humanitaire de l’UE à la région s’élève à 181M€. Si l’on y ajoute l’aide bilatérale des Etats membres, le montant total de l’aide humanitaire européenne est de 700 M€.
Situation économique
L’économie somalienne, de plus en plus informelle, repose totalement sur le secteur privé. Elle s’appuie traditionnellement sur l’élevage et l’agriculture (les deux premiers postes d’exportation étant le bétail et les bananes).
Les autres secteurs de l’économie sont quasiment inexistants : peu d’exploitation des ressources minérales, destruction des secteurs manufacturiers pendant la guerre, pas de tourisme.
Deux secteurs économiques sont devenus particulièrement actifs à la faveur de l’état de guerre et de l’absence de structures étatiques depuis 1991 : les transferts de revenus (rémittences) en provenance de la diaspora somalienne, dont le total est estimé entre 1 milliard et 1,5 milliard $/an, et les entreprises de télécommunications.
Djibouti est un acteur important du dossier somalien. Apres avoir été à l’origine des accords d’Arta (août 2000), Djibouti a été en 2008 le cadre de la négociation entre le gouvernement fédéral de transition et l’Union des tribunaux islamiques. Les discussions ont abouti aux Accords de Djibouti en août et décembre 2008, précédent la mise en place d’un nouveau gouvernement transitoire à Mogadiscio, dirigé par Sheikh Sharif depuis son élection en janvier 2009. Djibouti a accueilli la formation par la France d’un bataillon des forces de sécurité somaliennes en 2009 ; des policiers somaliens y ont été formés. Un bataillon djiboutien (environ 850 hommes) devrait être déployé prochainement à Mogadiscio.
L’engagement kenyan est entré dans une nouvelle phase depuis septembre 2011. Depuis leur retrait tactique de Mogadiscio en août 2011, Al Shabaab repris ses attaques dans le sud de la Somalie, près de la frontière avec le Kenya. Seule l’intervention de l’armée kenyane en terre somalienne a permis aux milices pro gouvernementales locales de repousser les assaillants shabaab. Le Kenya, fortement touché par la crise humanitaire dans la Corne de l’Afrique (4,3 millions de Kenyans en situation d’insécurité alimentaire), accueille également 593 000 réfugiés dont 513 000 somaliens, notamment dans le camp de Dadaab, le plus grand camp de réfugiés au monde.
L’Ethiopie participe à la lutte contre le terrorisme en Somalie et soutient le gouvernement fédéral de transition, ainsi que l’AMISOM.
Le rapport du panel d’experts du Comité des sanctions pour la Somalie et l’Erythrée, remis en juillet 2011, confirme les nouvelles accusations à l’encontre de l’Erythrée : soutien au Shabaab somalien via des transferts financiers ; soutien au Front de Libération de l’Ogaden en Ethiopie et à des groupes armés à Djibouti et au Sud Soudan ; participation à la tentative d’attentat par le Front de Libération Oromo contre le Sommet de l’Union africaine à Addis Abeba en janvier 2011 ; violations de l’embargo sur les armes.
Mise à jour : 15.12.11