La France et le Portugal

Brève

Entretien entre Jean Leonetti et les secrétaires d’Etat portugais aux Affaires européennes et en charge du plan d’ajustement financier (Paris, 21 mars 2012)

Cet entretien sera l’occasion de réaffirmer le plein soutien de la France au programme de réformes adopté par le Portugal dans le cadre de l’application du plan d’aide financière piloté par la troïka (Commission, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international). La France a confiance dans la capacité de ce plan à consolider la trajectoire budgétaire et les réformes structurelles en cours.

Relations politiques

Relations politiques

Ces derniers mois, nos relations bilétaréales se sont approfondies avec plusieurs visites de très haut niveau.

- La France, partenaire privilégié du Portugal

En 2003, le Portugal décide d’élargir le réseau de ses « partenaires privilégiés » (l’Espagne, le Brésil, le Maroc) à la France, marquant ainsi une réelle volonté politique d’approfondir ses relations avec elle. Depuis cette date, nos relations sont rythmées par uneréunion de haut niveaudédiée à un thème particulier. Quatre réunions ont eu lieu jusqu’à présent :

- le 31 octobre 2003 à Lisbonne sur le thème du « partenariat franco-portugais face à l’élargissement ». Le Premier ministre était accompagné de quatre membres du gouvernement (affaires européennes, commerce extérieur, famille et relations avec le parlement) et d’une vingtaine d’hommes d’affaires,

- le 10 avril 2006à Paris sur le thème de la compétitivité, sous la présidence du Premier ministre et avec la participation du ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, du ministre délégué à l’enseignement supérieur et à la recherche, du ministre délégué à l’industrie et de leurs homologues portugais,

- le 22 février 2008 à Lisbonne sur le thème de la mer. Le Premier ministre était accompagné de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, du secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes, du secrétaire d’Etat chargé des transports et du secrétaire général de la mer.Cette réunion s’inscrivait également dans le cadre de la préparation de la présidence française du Conseil de l’Union européenne. Un accord sur la reconnaissance des diplômes et un accord sur la sécurité maritime ont été notamment signés à cette occasion,

- le 7 mai 2010 à Paris sur le thème del’innovation et de la recherche sous la présidence du Premier ministre et avec la participation du ministre des affaires étrangères, du ministre chargé de l’industrie, du ministre de la recherche et de l’enseignement supérieur, du secrétaire d’Etat aux transports et de leurs homologues portugais. Cette rencontre a comporté une session ouverte aux acteurs de la société civile sous la forme d’un séminaire organisé autour des pôles de compétitivité dans des domaines qui ont été identifiés comme offrant des possibilités de synergie entre les pôles : la mobilité durable, les énergies renouvelables, l’innovation agro-industrielle.

Le Premier ministre portugais a affectué une visite officielle à Paris le 16 septembre 2011 au cours de laquelle il a rencontré MM. Sarkozy et Fillon. Cette visite a confirmé la volonté franco-portugaise de renforcer les relations bilatérales, notamment au sujet de la gouvernance de la zone euro. M. Juppé, ministre d’Etat, s’est rendu à Lisbonne, en tant qu’invité d’honneur de la conférence des ambassadeurs portugais, les 4 et 5 janvier 2012. Le ministre des affaires européennes, M. Léonetti, a reçu son homologue portugais à Paris, Miguel Morais Leitao, le 21 mars 2012.

- Une communauté portugaise importante en France

La qualité de la relation franco-portugaise se mesure enfin également à la place de la communauté portugaise dans la société française (environ 500 000 personnes en 2005). Ainsi, le Portugal a fourni le plus gros contingent d’électeurs européens lors des élections municipales en France en mars 2008 (63.385 personnes).

Relations économiques

Impact important de la conjoncture défavorable sur les échanges commerciaux.

- Affectées par la chute de la demande interne portugaise, nos relations commerciales se sont dégradées : la France affiche, pour la première fois depuis longtemps, un déficit commercial à l’égard du Portugal (de l’ordre de -600 M€ en 2011). Cela reflète aussi le dynamisme des exportations portugaises vers la France (+ 14,3% en 2011).


- La France conserve toutefois son troisième rang de fournisseur et client du Portugal, derrière l’Espagne et l’Allemagne, en dépit d’une réduction de sa part de marché à 7,23% (contre 8,33% en 2009). Les principaux points forts des exportations françaises à destination du Portugal restent le secteur des transports (dont les véhicules automobiles), les produits agricoles (dont les céréales, légumineuses et oléagineux) et certains produits industriels notamment pharmaceutiques. Les principaux produits portugais importés par la France proviennent de l’industrie traditionnelle portugaise, notamment le textile, le cuir et les chaussures (21,6% du total), les matériels de transport (17%), les produits en caoutchouc et en plastique (11,4%), le bois (10%) et l’agro-alimentaire (8,3%).
- En termes d’investissements croisés, la France semble constituer une « destination refuge » pour les investisseurs portugais pendant la crise économique et financière : alors que les flux d’investissements portugais à l’étranger ont fortement diminué en 2010 (- 25%), ceux à destination de la France ont progressé (+ 22 %) pour s’élever à 87 millions d’euros (ce qui demeure cependant modeste par rapport aux valeurs de 2007 : 347 millions).

Les investisseurs français ont aussi été moins réticents à investir au Portugal que leurs concurrents allemands, en dépit des incertitudes financières touchant ce pays : La France est ainsi devenue, ces deux dernières années, le deuxième investisseur étranger en flux nets au Portugal (toujours derrière l’Allemagne mais désormais devant le Royaume-Uni) avec 710 millions d’euros d’investissements nets (2010). Certaines entreprises françaises ont certes nettement désinvesti en raison de la crise financière, mais dans une moindre mesure que leurs concurrentes allemandes. En termes de stocks, la France est le 6èmeinvestisseur étranger au Portugal (2010). Ses encours ont notamment fortement progressé dans le secteur des banques et assurances, ainsi que dans celui de l’énergie.

Des perspectives de coopération prometteuses Les entreprises françaises sont bien implantées dans le domaine des énergies renouvelables et la mobilité électrique. La suspension des grands projets d’infrastructures devrait être compensée par les opportunités offertes par le programme de privatisation.

- Energie : l’option nucléaire a toujours été écartée par les autorités portugaises, mais le pays ne dispose d’aucune ressource nationale en matière de combustibles fossiles. Pour limiter sa dépendance, le Portugal a fait des énergies renouvelables (ENR) une de ses priorités (objectif de porter leur part dans la consommation électrique à 45% pour 2020). Le gouvernement de M. Passos Coelho n’a pas remis en cause ce choix mais a été contraint de revoir à la baisse les mécanismes de soutien, ce qui inquiète plusieurs investisseurs français engagés au Portugal : EDF énergies nouvelles sur l’éolien, Alstom sur l’hydroélectrique ; Neoen (filiale de Direct énergie), Dalkia et surtout GENERG sur le solaire. Nos entreprises ont besoin d’une meilleure prévisibilité en la matière. Pour mémoire, le secrétaire d’Etat portugais à l’énergie, Henrique Gomes, a démissionné (1er départ d’un ministre du gouvernement de coalition de M. Passos Coelho depuis son entrée en fonction), le 13 mars, après avoir présenté un projet de réforme du secteur énergétique (désengagement de l’Etat) contesté par certaines entreprises.

- Transports : la suspension de deux projets phares construction du nouvel aéroport de Lisbonne et de la ligne ferroviaire à grande vitesse Lisbonne-Madrid – a eu un impact négatif sur le développement d’Alstom, Thalès, Transdev et Vinci au Portugal. Par ailleurs, un groupe de travail bilatéral spécifiquement dédié à la voiture électrique a été crée lors du dernier sommet franco-portugais et lancé lors de la visite de M. Besson à Lisbonne en avril 2011, pour soutenir la standardisation des normes à l’échelon européen. Peugeot et Renault occupent une place prépondérante au Portugal (26,6% du marché en 2011). PSA possède une usine à Mangualde (1220 personnes, pour une production de 50 000 véhicules).

Déterminé à respecter ses engagements envers la troïka et convaincu des bienfaits à long terme des privatisations sur le potentiel économique du pays, le gouvernement portugais a décidé de lancer un vaste programme de’ouverture du secteur public à la concurrence, qui devrait rapporter de 5 à 7 Mds € grâce à la vente d’actifs dans les secteurs des transports, de l’énergie, des télécommunications et des assurances. Les entreprises françaises ont intérêt à accompagner ce processus, en particulier dans le domaine du transport ferroviaire (notamment Transdev/Alstom/Thalès pour le suburbain) ainsi que de l’eau et l’assainissement (Suez environnement ou Veolia, si le projet de privatisation de Aguas de Portugal se confirmait d’ici 2013).

Coopération culturelle, scientifique et technique

Après avoir été dominante, notre influence culturelle et éducative est désormais contestée par la prégnance accrue du modèle anglo-saxon. Notre action s’appuie sur un dispositif composé de l’Institut français de Lisbonne (IFP), d’un réseau de 12 alliances, du lycée français Charles Lepierre de Lisbonne, établissement de prestige de l’enseignement secondaire au Portugal, et du collège Marius Latour de Porto.

Nos interventions s’articulent selon deux axes :

- rénover des liens scientifiques et universitaires construits sur des relations anciennes et fragilisées par les accords signés en 2006 par le gouvernement portugais avec trois universités américaines (MIT, Austin et CMU) tandis que la restructuration du système de recherche et d’enseignement supérieur portugais, inspirée du modèle anglo-saxon, contraint notre champ d’action. Dans ce but, notre action vise :

- à renforcer l’attractivité de la France dans le domaine scientifique (concentrer, grâce au programme PHC-Pessoa, les partenariats scientifiques entre des organismes et laboratoires français et les équipes portugaises sur des secteurs stratégiques, faciliter le développement de partenariats avec les entreprises françaises implantées au Portugal, organiser et participer à des évènements scientifiques ayant une haute visibilité médiatique et universitaire) ; - à accroître la mobilité des étudiants entre les deux pays (signature d’un accord-cadre en 2001 entre la conférence des présidents d’universités françaises et le conseil des recteurs des universités portugaises qui comporte un programme d’actions universitaires intégrées luso-françaises (PAULF). Présence en France en 2009 de 2 300 étudiants portugais dont environ 350 érasmus.

- promouvoir la diversité linguistique et culturelle en donnant une nouvelle dynamique à l’IFP. Alors que le quart de la population est encore francophone, le français a perdu son monopole de première langue étrangère au profit de l’anglais dans le système éducatif portugais depuis les années 80. Le déclin de l’apprentissage du français au Portugal est inquiétant même s’il demeure la 2ème langue vivante enseignée (derrière l’anglais et devant l’espagnol). Très peu appris au primaire en raison de la généralisation de l’anglais, il est choisi au collège comme deuxième langue par 80% des élèves (220000 apprenants). En revanche, ce chiffre chute à 12 000 élèves au lycée, car l’enseignement de la deuxième langue vivante n’y est pas obligatoire. Cela pénalise les mobilités des étudiants portugais en France (faiblesse du flux des étudiants Erasmus). Les contraintes budgétaires n’ont pas affecté la 2e langue obligatoire au collège, mais qui reste fragile. Un groupe de travail bilatéral sur la coopération éducative et linguistique a été mis en place pour réactualiser l’accord franco-portugais de coopération éducative de 2006. Le nouveau texte devrait être signé lors du prochain Sommet bilatéral (RHN, au second semestre 2012). Pour mémoire : il y a deux lycées français au Portugal(Charles-Lepierre à Lisbonne, 1800 élèves, et le lycée français de Porto, 900 élèves) et 10 alliances françaises (3000 élèves).

Enfin, notre offre culturelle reste importante. L’image artistique de notre pays est, en effet, une référence essentielle au Portugal. Ainsi, la présence française dans les principales institutions muséales et culturelles ne se dément pas. La diffusion cinématographique reste l’un des axes forts de l’activité de l’Institut franco-portugais en matière audiovisuelle avec notamment, à l’automne, une « Festa du cinéma français » qui permet la projection d’une trentaine de films français dans cinq à six villes portugaises et la présentation mensuelle de cycles de cinéma thématiques articulés, le cas échéant, avec le débat d’idées.

Autres types de coopération

Dans le domaine de la défense :

Les relations bilatérales reposent sur un accord intergouvernemental relatif à la coopération dans le domaine de la défense, signé le 30 juillet 1999. Une réunion bilatérale est organisée tous les 18 mois au niveau des états-majors des armées.

Le bilan de notre coopération est globalement satisfaisant même si elle reste modeste du fait de la faible marge de manœuvre budgétaire du Portugal. Elle comprend des visites d’autorités, des échanges politico-militaires réguliers, des actions de coopération ciblées dans différents domaines, la diffusion de nos modèles d’organisation. Surtout, elle contribue à l’entretien d’un climat favorable à nos intérêts de défense (accès à l’espace aéro-maritime sous contrôle portugais, crucial pour la liberté de mouvements de nos forces en transit en Atlantique), à la prise en compte de nos propositions et, en soutien du travail conduit dans les instances multilatérales, à l’explication de nos positions au sein des différentes organisations et forums de sécurité et de défense auxquels nous appartenons conjointement (UE, OTAN, 5+5, etc.). A noter la coopération importante des deux Marines dans le domaine de la surveillance maritime. Des échanges d’officiers s’effectuent également dans les trois corps d’armées (orientation vers un Erasmus militaire). Les prospects français à court terme sur le marché portugais concernent l’achat de véhicules blindés pour l’armée de terre et d’hélicoptères légers pour l’armée de terre et la force aérienne. A plus long terme, le Portugal pourrait s’équiper de missiles de défense anti-aérienne modernes.

Dans le domaine de la sécurité intérieure :

Nos relations reposent depuis le 3 décembre 2010 sur un accord bilatéral de sécurité intérieure.

Une relation confiante et fructueuse a été établie. La coopération opérationnelle débouche sur le traitement de centaines de dossiers à la demande des autorités des deux pays, face au trafic de stupéfiants, à la criminalité organisée, à la fraude documentaire et à l’immigration irrégulière. La coopération multilatérale dans le cadre du MAOC-N (centre d’opérations et d’analyses maritimes contre le narcotrafic), avec une forte implication française, donne des résultats opérationnels très encourageants dans la lutte contre les stupéfiants. La coopération pour la protection civile (lutte contre les incendies de forêts)est développée au niveau de la formation et des équipements.

Mise à jour : 02.05.12

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