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La France et le Portugal

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Brève

Entretien de Thierry Repentin avec son homologue portugais, Miguel Morais Leitão (30 mai 2013)

À cette occasion, MM. Repentin et Morais Leitão évoqueront notamment la préparation du Conseil européen des 27 et 28 juin prochain sur la mise en œuvre de l’union bancaire et l’approfondissement de l’union économique et monétaire.

Relations politiques

Relations politiques

Les relations entre la France et le Portugal sont rythmées par des visites régulières, dans les deux sens, soit au niveau du premier ministre portugais (avec le Président de la République ou le premier ministre), soit au niveau des ministres des Affaires étrangères ou des ministres des questions européennes.

En novembre 2002, le Portugal a décidé d’élargir le réseau de ses « partenaires privilégiés » (l’Espagne, le Brésil, le Maroc) à la France, marquant ainsi une réelle volonté politique d’approfondir ses relations avec notre pays : des réunions de haut niveau réunissant les deux premiers ministres, et plusieurs ministres autour d’un thème particulier ont ainsi été instituées entre la France et le Portugal. Le rythme de ces réunions, qui devait être « régulier », ne l’a jamais été dans la réalité.

Seules quatre réunions ont déjà eu lieu : le 31 octobre 2003, à Lisbonne, sur le thème du "partenariat franco-portugais face à l’élargissement", le 10 avril 2006, à Paris, sur le thème de la compétitivité, le 22 février 2008, à Lisbonne, sur le thème de la mer, et le 7 mai 2010 à Paris sur le thème de l’innovation et de la recherche.
En raison du calendrier politique au Portugal (démission du gouvernement, élections législatives anticipées au printemps 2011) et en France (élections et constitution d’un nouveau gouvernement au printemps 2012), il n’y a pas eu de réunion en 2011.
Il est prévu d’organiser une prochaine rencontre, qui aura lieu à Lisbonne, à l’automne 2013.

M. Juppé, ministre d’Etat, s’est rendu à Lisbonne, en tant qu’invité d’honneur de la conférence des ambassadeurs portugais, les 4 et 5 janvier 2012. Le ministre des affaires européennes, M. Léonetti, a reçu son homologue portugais à Paris, Miguel Morais Leitao, le 21 mars 2012. M. Cazeneuve, nouveau ministre délégué chargé des Affaires européennes s’est rendu à Lisbonne le 27 juillet 2012. M. Paulo Portas, ministre portugais des Affaires étrangères a rencontré à Paris le 10 janvier 2013 M. Laurent Fabius. Le 11 janvier 2013, M.Leitao, secrétaire d’Etat portugais aux Affaires européennes a rencontré à Paris M. Cazeneuve. Le 17 janvier 2013, le Premier Ministre portugais, M. Passos Coelho, s’est entretenu à Paris avec le Président de la République et avec le Premier Ministre.

Relations économiques

La France est un partenaire important du Portugal, mais accuse depuis 2010 un déficit commercial qui ne cesse de se creuser.

La France est le 3e partenaire commercial du Portugal, derrière l’Espagne et l’Allemagne. En 2010, la balance des échanges de biens, traditionnellement positive pour la France, s’est inversée pour la première fois en faveur du Portugal. Cette tendance s’est confirmée en 2011 (avec un déficit commercial à - 816 millions d’euros) et semble s’installer dans la durée. Au premier semestre 2012, le rythme de la dégradation de notre balance commerciale s’est considérablement accéléré, avec une aggravation de notre déficit commercial à 636 millions d’euros, contre - 383 millions d’euros à la fin de juin 2011.

Les mauvaises performances commerciales de la France au Portugal en 2012 s’expliquent par le seul recul de nos exportations (- 12,1 %), la tendance à l’augmentation de nos importations en provenance de ce pays s’étant considérablement affaiblie. Les parts de marché de la France, troisième fournisseur et troisième client du Portugal (le Portugal n’est que le 22ème client et fournisseur de la France), se sont une nouvelle fois réduites au premier semestre 2012 (à 6,6 % fin juin 2012 contre 7,1 % fin juin 2011). En l’espace d’une décennie, la dégradation de nos parts de marché s’est faite à un rythme plus soutenu que celui de ses principaux concurrents.

Cette dégradation des chiffres du commerce bilatéral s’inscrit dans un contexte de fort dynamisme du commerce extérieur du Portugal sur la base d’une contraction de ses importations (faible demande interne dans un contexte d’austérité) et d’une augmentation de ses exportations.

En 2011, la France est redevenue un pourvoyeur net d’investissements

La France, qui avait légèrement désinvesti au Portugal en 2010 est de nouveau devenue un pourvoyeur d’investissements nets au Portugal en 2011, avec un investissement net qui s’est porté à 740 millions d’euros, soit la deuxième place du podium (derrière les Pays-Bas, suite à une très grosse opération de délocalisation de holding).
En termes de flux bruts, la France a été reléguée en 2011 au troisième rang des investisseurs étrangers au Portugal (6,5 milliards d’euros, soit 16,4 % du total), derrière les Pays-Bas et l’Espagne. Toutefois, elle pourrait occuper de nouveau en 2012 le premier rang.

Les flux nets d’investissement portugais en France, déjà particulièrement modestes, sont devenus négatifs en 2011. En effet, en 2010, en termes de flux nets, les Portugais se situaient au 12 ème rang des investisseurs étrangers en France (266 millions d’euros). L’année dernière, ils ont désinvesti à hauteur de 165 millions d’euros.
Environ 400 entreprises portugaises à participation française ont été recensées au Portugal. Parmi les 500 plus grandes entreprises au Portugal, 31 sont françaises (dont 4 du secteur de l’industrie automobile, 4 du réseau de distribution/réparation automobile et 4 de l’agroalimentaire).

Des perspectives de coopération prometteuses pour les entreprises françaises

Déterminé à respecter ses engagements envers la troïka et convaincu des bienfaits à long terme des privatisations sur le potentiel économique du pays, le gouvernement portugais a décidé de lancer un vaste programme d’ouverture du secteur public à la concurrence, qui devrait rapporter 5,5 Mds€. Après les trois premières privatisations (EDP, REN, ANA), le gouvernement portugais a déjà dépassé l’objectif initialement fixé dans le MOU (6,4 Mds€, pour 5,5 Mds€).
Ces ventes devraient permettre de réduire la dette publique d’environ 3 % du PIB.

Dans un contexte de dégradation de notre balance commerciale et de relatif désinvestissement des entreprises françaises au Portugal, nous avons tout intérêt à redynamiser nos relations économiques bilatérales à travers la participation d’entreprises françaises dans le programme de privatisation portugais.

Le groupe français Vinci a remporté, le 27 décembre 2012, l’appel d’offre lancé par le gestionnaire d’aéroports ANA, grâce à la qualité de son offre financière (3,08 Mds€), et industrielle (développement de l’ensemble des infrastructures aéroportuaires existantes et « exportation » du savoir-faire de l’ANA). Elle a ainsi a devancé les trois concurrents encore en lice (consortium emmené par le groupe allemand Fraport, celui de l’argentin Corporacion América et celui du gestionnaire anglo-brésilien de l’aéroport de Zurich).

Grâce à cette victoire, le groupe français sera le concessionnaire pour une durée de cinquante ans de la totalité des aéroports portugais, soit 10 infrastructures aéroportuaires.

D’autres opportunités, quoique moins considérables, sont susceptibles d’intéresser les entreprises françaises : les lignes ferroviaires suburbaines des chemins de fer (CP) et celles des transports urbains de Lisbonne et de Porto, dont la concession devrait se conclure à l’automne 2013 (Transdev est particulièrement intéressé et pourrait s’allier pour certains projets avec Alstom et Thalès) ; la privatisation de la Poste (CTT) est prévue courant 2013, et pourrait susciter l’intérêt de Chronopost ; dans le domaine de l’environnement, des appels d’offre seront lancés début 2013 par EGF, la sous-holding d’AdP, consacrée aux déchets, et courant 2014 par le groupe Águas de Portugal (AdP), dans le domaine de l’eau. Ces perspectives pourraient intéresser des entreprises françaises telles que Suez Environnement et Veolia Environnement.

Coopération culturelle, scientifique et technique

Après avoir été dominante, notre influence culturelle et éducative est désormais contestée par la prégnance accrue du modèle anglo-saxon. Par ailleurs, le plan d’ajustement financier mis en œuvre au Portugal a de lourdes conséquences sur le secteur culturel et artistique : fusion ou suppression de certains organismes culturels, rationalisation des tutelles, baisse des subventions aux fondations culturelles… La francophilie et francophonie des élites portugaises demeure cependant un atout.

Notre action s’appuie sur un dispositif composé de l’Institut français de Lisbonne (IFP), d’un réseau de 12 alliances, du lycée français Charles Lepierre de Lisbonne, établissement de prestige de l’enseignement secondaire au Portugal, et du collège Marius Latour de Porto.

Nos interventions s’articulent autour de quatre axes principaux :

Coopération scientifique et de recherche

La France est un partenaire scientifique important pour le Portugal. Notre coopération a pour axes majeurs : les sciences de la vie et de la santé ; les nanosciences et les nanotechnologies ; l’océanographie et les sciences de la mer. Elle s’est essentiellement structurée autour du Partenariat Hubert Curien « Pessoa », créé en 1991, qui met en œuvre des partenariats scientifiques de grande qualité, permettant la mobilité internationale des chercheurs. A cela s’ajoutent différents projets de coopération entre organismes de recherche (INSERM/ institut de médecine moléculaire de Lisbonne/institut de recherche et d’innovation en santé de Porto, et institut Gulbenkian de science à Oeiras). Un accord de partenariat a été signé le 23 mai 2011 entre l’agence nationale de la recherche (ANR) et la fondation portugaise pour la science et la technologie (FCT). Celui-ci vise au financement de projets de recherche conjoints choisis prioritairement dans trois domaines : biologie et santé ; écosystèmes et environnements ; sciences humaines et sociales. Le premier appel à projets, lancé au cours du premier trimestre 2012, a connu un grand succès, avec 92 projets scientifiques soumis de manière conjointe aux deux agences de financement, démontrant ainsi la qualité des relations scientifiques bilatérales.

Coopération linguistique

Le déclin de l’apprentissage du français au Portugal est inquiétant même s’il demeure la 2ème langue vivante enseignée (derrière l’anglais et devant l’espagnol). Très peu appris au primaire en raison de la généralisation de l’anglais, il est choisi au collège comme deuxième langue par 80% des élèves (220 000 apprenants). En revanche, ce chiffre chute à 12 000 élèves au lycée, car l’enseignement de la deuxième langue vivante n’y est pas obligatoire. Cela pénalise les mobilités des étudiants portugais en France (faiblesse du flux des étudiants Erasmus). Les contraintes budgétaires n’ont pas affecté la 2e langue obligatoire au collège, mais cela reste fragile.

Trois axes ont été retenus pour notre coopération éducative et linguistique : la formation des enseignants en coopération avec les associations de professeurs de français, le ministère portugais de l’éducation et les autorités éducatives régionales, le développement des sections européennes de langue française, l’utilisation des outils numériques dans la classe et l’enseignement du français dans l’enseignement supérieur ; le développement des certifications officielles de français (DELF, DALF) dans le réseau des alliances françaises et dans les établissements scolaires ; l’amélioration de l’image de l’enseignement du français et la promotion du multilinguisme par des événements, des colloques, des débats d’idées.

L’accord-cadre franco-portugais de coopération éducative et linguistique de 2006 a été réactualisé et est à ce jour finalisé. Il est prévu qu’il soit signé lors d’une prochaine rencontre de haut niveau. Il permettra le renforcement de la place du français dans le système éducatif portugais, à condition cependant que l’enseignement du portugais en France puisse également se développer comme le souhaitent nos partenaires. Les Portugais sont en effet très attachés en la matière à la réciprocité, et vigilants en ce qui concerne l’enseignement de la langue portugaise en France.

Coopération universitaire

Notre coopération universitaire demeure peu développée. Le Portugal se place en 13ème position des pays d’origine des étudiants accueillis en France et les étudiants français représentent environ 8% des étudiants accueillis au Portugal. L’obstacle linguistique à la poursuite des études chez le partenaire (l’apprentissage d’une seconde langue vivante n’est pas obligatoire au lycée portugais), la forte attraction qu’exercent les universités anglo-saxonnes et américaines au Portugal et la méconnaissance, en France, des établissements portugais d’enseignement supérieur d’excellence expliquent la faiblesse de ces flux.

L’unique programme de coopération universitaire, le programme d’actions universitaires intégrées luso-françaises (PAUILF), cofinancé à parité par les deux pays, a été réorienté vers l’appui à des formations conjointes de master et de doctorat. 22 projets de coopération universitaire ont ainsi été soutenus en 2012, 18 cotutelles et 4 formations conjointes au niveau master.

Coopération culturelle et audiovisuelle

L’institut franco-portugais (IFP) se veut un instrument au service des échanges artistiques et intellectuels entre la France et le Portugal ainsi qu’une plateforme de création et d’accueil de la production contemporaine française. Créé en 1937, il met à la disposition des artistes une salle de spectacle de 260 places, et des espaces d’exposition qui accueillent les œuvres d’artistes visuels (photos, peintures, sculptures). Il propose des cycles de cinéma et des d’ébats d’idées animés par des personnalités françaises et portugaises (Bernard Weber, Stephane Hessel, Hervé Kempf..).

L’IFP organise aussi, avec des partenaires institutionnels, quatre festivals : la fête de la Francophonie, le festival de cultures urbaines, et le festival de théâtre d’Almada. L’opération de promotion culturelle ayant le plus grand effet d’entrainement est sans conteste la « Festa du cinéma français » qui permet, tous les automnes, la projection d’une trentaine de films français dans six villes portugaises. En 2012, le festival a rassemblé un total de 26 183 spectateurs répartis sur 150 séances.

L’IFP abrite dans ses locaux l’alliance française, qui assure depuis 2004 l’activité de cours de français et de traduction, et une nouvelle librairie française. En 2012, deux actions à forte visibilité ont eu lieu à Porto et à Guimaraês : la saison musicale française à la Casa de Musica complétée par un cycle de conférences sur la France ; la participation d’artistes et d’intellectuels français à « Guimarâes, capitale européenne de la culture 2012 ».

Enfin, notre présence audiovisuelle s’appuie sur la diffusion des chaînes françaises accessibles, soit par satellites, soit par câble (TV5, France 24).

Autres types de coopération


Dans le domaine de la défense :

Les relations bilatérales reposent sur un accord intergouvernemental relatif à la coopération dans le domaine de la défense, signé le 30 juillet 1999. Une réunion bilatérale est organisée tous les 18 mois au niveau des états-majors des armées. Le bilan de notre coopération est globalement satisfaisant même si elle reste modeste du fait de la faible marge de manœuvre budgétaire du Portugal.

Elle comprend des visites d’autorités, des échanges politico-militaires réguliers, des actions de coopération ciblées dans différents domaines, la diffusion de nos modèles d’organisation. Surtout, elle contribue à l’entretien d’un climat favorable à nos intérêts de défense (accès à l’espace aéro-maritime sous contrôle portugais, crucial pour la liberté de mouvements de nos forces en transit en Atlantique), à la prise en compte de nos propositions et, en soutien du travail conduit dans les instances multilatérales, à l’explication de nos positions au sein des différentes organisations et forums de sécurité et de défense auxquels nous appartenons conjointement (UE, OTAN, 5+5, etc.).

A noter la coopération importante des deux Marines dans le domaine de la surveillance maritime. Des échanges d’officiers s’effectuent également dans les trois corps d’armées (orientation vers un Erasmus militaire). Les prospects français à court terme sur le marché portugais concernent l’achat de véhicules blindés pour l’armée de terre et d’hélicoptères légers pour l’armée de terre et la force aérienne. A plus long terme, le Portugal pourrait s’équiper de missiles de défense anti-aérienne modernes.

Dans le domaine de la sécurité intérieure :

Une relation confiante et fructueuse a été établie. La coopération opérationnelle débouche sur le traitement de centaines de dossiers à la demande des autorités des deux pays, face au trafic de stupéfiants, à la criminalité organisée, à la fraude documentaire et à l’immigration irrégulière. La coopération multilatérale dans le cadre du MAOC-N (centre d’opérations et d’analyses maritimes contre le narcotrafic), avec une forte implication française, donne des résultats opérationnels très encourageants dans la lutte contre les stupéfiants. La coopération pour la protection civile (lutte contre les incendies de forêts) est développée au niveau de la formation et des équipements.

Mise à jour : 01.02.13

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