Présentation de la Pologne

Présentation

Données générales

Données générales et géographiques

Nom officiel : Pologne (Rzeczpospolita Polska)

Nature du régime : République (IIIè République depuis 1989)

Chef de l’Etat : Bronislaw KOMOROWSKI

Premier ministre : Donald TUSK

Superficie : 312 685 km2 (soit 0,57 fois la France)

Capitale : Varsovie (1,7 million d’hab.)

Villes principales : Cracovie (756 000 hab.), Lodz (737 000 hab.), Wroclaw (635 000 hab.)

Langue officielle : polonais

Monnaie : Zloty (1 € = 4,4 PLN)

Fête nationale : 3 mai (fête de la Constitution de 1791), 11 novembre (fête de l’indépendance)

Données démographiques

Population : 38,167 millions (13 millions hors de Pologne)

Densité :122,3 hab./km2

Croissance démographique : -0,04%, taux de natalité 10,8 pour 1000 hab. et taux de fécondité : 1.39 en 2010

Espérance de vie : 75,8 ans (H : 70,9 ; F : 79,6)

Taux d’alphabétisation : 98%

Religion(s) : catholique majoritaire 88,4% avec une observance religieuse élevée, entre 52 et 60%

Données économiques

PIB : 354.3 Mds€ en 2010 / 204 en 2004

PIB/hab : 15 300 € en 2010. En standard de pouvoir d’achat, il est passé de 56% de la moyenne communautaire en 2008 à 62% en 2010.

Taux de croissance : 3,8% en 2010 , 4% pour 2011 (6,7% en 2007) ; la Pologne a été le seul pays des 27 à ne pas avoir connu de récession en 2009, avec un PIB en hausse de 1,7%.

Taux de chômage : 9,8%

Taux d’inflation : 4%

Salaire brut mensuel moyen : 3 300 zlotys (soit environ 740 €), salaire minimum brut mensuel : 1 270 zlotys

Déficit public : - 7,9% (décrue attendue à - 5,9% en 2011, - 2,9% en 2012)

Dette publique : 55% du PIB

Déficit commercial : 3,8% du PIB (2010)

Principaux clients : Allemagne (26%), France (6,8%), Royaume Uni (6,2%), puis Italie (6,1%) et Rép. tchèque (6%)

Principaux fournisseurs : Allemagne (21,7%), CEI (10,5%), Chine (9,5%), Italie (5,7%), France (4, 3%), Rép. tchèque (4,0%)

Part des principaux secteurs d’activités dans le PIB:Agriculture : 4% ; industrie manufacturière 24,3% ; BTP : 8,3% ; transports télécoms : 6,4% ; commerce : 20,6% ; autres services : 36,4%

Répartition de la population active (15,4 millions) : Agriculture : 16,2% ; Industrie : 23,1% ; Construction : 4,7% ; Commerce : 15,7% ; Transports : 5,5% ; Education : 7,9% ; Santé : 5,5% ; Autres : 13,3%

Exportations de la France vers la Pologne : 6,8 Mds d’€

Importations françaises depuis la Pologne : 6,5 Mds d’€

Excédent commercial pour la France : 0,249

Participation à l’Union européenne

Contribution au budget de l’UE 2010 : 3,6Mds€

Fonds européens perçus en 2010 : 11,8Mds€

Bénéficiaire net de 8,4Mds€

Fonds européens 2007-2013 : 67,3Mds

Principales affectations des fonds en 2010 : Politique de cohésion (7,7Mds€) et PAC (3,6Mds€).

Nombre de députés au Parlement européen : 50/736

Nombre de voix au Conseil de l’UE (pondération, traité de Nice) : 27/345 soit 7,8%

Nombre de voix au Conseil de l’UE après 2014 (critère population, traité de Lisbonne) : 7,7%

Politique intérieure

Depuis novembre 2007, la Pologne est gouvernée par une coalition associant les libéraux et les agrariens. La Plateforme civique (PO), libérale de centre-droit, dispose de 207 députés sur 460 à la Diète (Sejm) et conduit la coalition. Elle est menée par le premier ministre, Donald Tusk, qui a été maintenu à ce poste après les élections législatives du 9 octobre 2011. Le Parti populaire (PSL), héritier de l’ancien grand parti agrarien, est le partenaire de coalition avec 28 députés. Son dirigeant, Waldemar Pawlak, est vice-premier ministre et ministre de l’économie. Le PSL détient également les portefeuilles de l’agriculture et du travail. Le gouvernement actuel est d’ores et déjà l’un des deux gouvernements (avec celui de Jerzy Buzek, 1997-2001) ayant connu la plus grande longévité depuis le retour de la démocratie en 1989.

La PO et son allié agrarien disposent de tous les leviers de pouvoir : la présidence de la République, le gouvernement, les deux chambres du parlement et la majorité des régions. Ce n’était pas le cas sous la présidence de Lech Kaczynski (avant avril 2010) qui utilisait son droit de veto pour contrecarrer des projets de loi gouvernementaux. Les élections législatives du 9 octobre 2011 ont confirmé cette domination de la PO sur la scène politique polonaise interne, qui est ainsi le premier parti polonais au pouvoir à être reconduit depuis 1989.

La catastrophe de Smolensk

La donne politique a été profondément modifiée par la catastrophe aérienne de Smolensk du 10 avril 2010, au cours de laquelle la Pologne a perdu des figures importantes de la vie politique et de la société civile. Outre le président et son épouse, de nombreuses personnalités de premier plan ont trouvé la mort dans l’accident du Tupolev 154, parmi lesquelles 18 députés et sénateurs, notamment deux vice-présidents de la Diète, Jerzy Szmajdzinski, candidat officiel du SLD (Alliance de la gauche démocratique) social-démocrate à l’élection présidentielle, et Krzysztof Putra, une vice-présidente du Sénat, Krystyna Bochenek, plusieurs vice-ministres et anciens ministres, les cinq chefs d’état major, le chef des services spéciaux, la présidente du Conseil de l’ordre des avocats et le président de la Banque nationale, ainsi que de hauts dignitaires religieux et des représentants des familles des victimes de Katyn. Conformément à la Constitution, l’intérim fut assuré par le maréchal de la Diète, Bronislaw Komorowski, désigné peu auparavant candidat officiel de la Plateforme civique (PO), à l’issue d’une primaire où il l’avait emporté sur le ministre des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski.

Elections présidentielles du 4 juillet 2010

Bronislaw Komorowski a été élu président de la République le 4 juillet 2010 avec 53,01% des votes au second tour face au candidat du parti conservateur Droit et Justice (PiS), Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau du président défunt. Si, globalement, le pays reste ancré à droite (78 % au 1er tour), cette élection présidentielle a (1) confirmé l’ancrage polonais dans l’Europe en pleine préparation de la présidence polonaise du Conseil de l’Union européenne qui s’est déroulée au second semestre 2011, (2) marqué un fort besoin de renouvellement, avec l’apparition d’une nouvelle génération de jeunes cadres aux côtés des principaux candidats ; (3) rappelé la rémanence d’une division sociologique et géographique nette, le long d’une ligne serpentant du nord-est vers le sud épousant les confins des anciens partages historiques, entre une Pologne PiS catholique traditionaliste des petites villes et campagnes, dans l’ensemble plus pauvre et moins éduquée, et celle des grandes villes, plus jeune et plus ouverte au monde qui a voté PO libérale et (4) donné une sorte de satisfecit au premier ministre Donald Tusk pour la politique menée depuis 2007 et pour avoir réussi à amortir les effets de la crise économique mondiale.

Après avoir adopté un temps un profil « centriste », Jaroslaw Kaczynski a renoué avec un discours intransigeant sur l’« establishment », la « paralysie de la justice » et le « condominium germano-russe ». Il a obtenu 47% des suffrages. La percée du candidat de l’Alliance de la gauche démocratique (SLD, social-démocrate, ex-communistes), Grzegorz Napieralski, arrivé 3ème au premier tour de l’élection présidentielle avec 13,7% des voix, traduit l’émergence d’une nouvelle génération arrivée à l’âge adulte après la chute du communisme qui tente de s’ouvrir un espace politique en mettant en avant des questions de société : rôle de l’Eglise, fécondation in vitro, libéralisation de l’interruption volontaire de grossesse.

Elections régionales et municipales de novembre 2010

La Plateforme civique, est aussi arrivée largement en tête aux dernières élections régionales de district et municipales de novembre 2010, dernier test avant les échéances de l’automne 2011. Avec 39,6% des sièges, elle a emporté 16 conseils régionaux (diétines) et huit des dix plus grandes villes du pays (la maire sortante PO de Varsovie, Mme Gronkiewicz-Waltz a gagné dès le 1er tour avec 53,67% des voix exprimées). La PO a devancé largement le PiS (25,1%), tandis que son allié, le parti paysan PSL a créé la surprise en arrivant à la 3ème place (16,6% des sièges) devant les sociaux-démocrates du SLD (15,1%).

Elections législatives du 9 octobre 2011

Lors des élections législatives du 9 octobre 2011 la PO a confirmé sa domination sur la scène politique polonaise, avec 39% des suffrages, tandis que le PiS, avec 30% des voix, est sorti affaibli d’une élection qui devait sonner comme une revanche après l’échec de la présidentielle. Le score honorable du parti agrarien (8,4%), très malmené dans les sondages, a permis à la PO de Tusk de reconduire la même coalition, et de former un nouveau gouvernement, dont les principales figures se sont maintenues. L’échec du SLD, arrivé à la cinquième place, avec seulement 8,2% des suffrages, trouve notamment son explication dans la percée inattendue du mouvement de Palikot, anticlérical, libéral et libertaire sur le plan des mœurs. Ce dernier mouvement, fondé par Janusz Palikot, un ancien député de la PO, en octobre 2011, illustre les transformations d’une société polonaise qui se laïcise, et devient la troisième formation de la Diète polonaise avec 10% des sièges.

Donald Tusk sera jugé au cours de son nouveau mandat sur sa capacité à maîtriser les finances publiques et à réformer le pays en profondeur, en particulier en matière sociale, de santé publique et de modernisation industrielle. Il peut miser sur un bon maintien de la croissance économique, mais doit veiller à contenir le déficit budgétaire et la dette publique sans creuser les inégalités sociales. Le relèvement de l’âge de la retraite, la suppression de plusieurs abattements fiscaux et privilèges de certains groupes professionnels, la reprise du processus de privatisations, le renforcement de la sécurité énergétique et la mise en œuvre du programme nucléaire civil figurent parmi les priorités gouvernementales. Une réforme des retraites a été adoptée en mars 2011 qui vise à réduire la contribution budgétaire au 1er pilier du système de retraite (par répartition), afin de consolider les finances publiques. La part de cotisations obligatoires au second pilier (par capitalisation) est réduite de 5 points au profit du premier pilier.

Situation économique

1. Données macroéconomiques

La croissance polonaise devrait s’élever aux alentours de 2,5% en 2012. Cette prévision est partagée à la fois par le gouvernement polonais dans son projet de budget pour 2012, par la Commission européenne dans ses prévisions pour 2012 et par le Fond monétaire international. Elle pourrait être revue à la hausse : la Banque centrale polonaise (NBP) prévoit qu’elle pourrait atteindre 3,1%. Elle ralentit cependant par rapport à 2010 et 2011 (3,8 %). La Pologne a été le seul État membre de l’UE à afficher une croissance positive de son PIB en 2009 (+1,7%).

La croissance en 2012 sera tirée principalement par la demande intérieure, qui reste un des piliers de la prospérité polonaise. Le secteur de la construction, stimulé par un bon niveau de dépense publique dans le domaine des infrastructures, connaît une croissance lente mais constante. La perspective du championnat d’Europe de football organisé conjointement avec l’Ukraine en 2012 continuera de pousser l’investissement public et privé, même si une baisse est à prévoir après la manifestation.

La demande extérieure risque en revanche de chuter en 2012 en raison des difficultés liées à la crise des dettes souveraines dans la zone euro. Les principaux clients de la Pologne se situent dans l’Union européenne (78,6% des exportations polonaises), et notamment dans la zone euro (55%), dont la croissance annuelle est estimée à 1,1% entre 2012 et 2016. Si l’Union européenne demeure de loin le 1er fournisseur de la Pologne (58,8% du total), sa part a connu une baisse de 3 points en 2010 au profit de la Russie et de la Chine. Le déficit de compte courant (4,5% en 2010, 5,2% en 2011) pourrait s’aggraver.

Le secteur bancaire, constitué pour l’essentiel d’une cinquantaine de banques commerciales, en majorité filiales de grands groupes étrangers, contrôle 79% du total agrégé des actifs bancaires (le solde est resté dans les mains de l’Etat qui contrôle la 1ère banque polonaise, PKO BP), mais l’activité de crédits aux entreprises reste faible, malgré de bons résultats en 2011. S’il reste solide et profitable, il a été cependant fragilisé par la crise des dettes souveraines de la zone euro, en raison de l’exposition des banques mère des filiales polonaises aux actifs grecs, portugais et irlandais.

2. Finances publiques

L’objectif du gouvernement en matière de déficit est d’atteindre 2,9% du PIB en 2012, contre encore 5,6% en 2011, et 7,9% en 2010. La banque centrale polonaise a émis des doutes sur la capacité du gouvernement à atteindre cet objectif, estimant que ce dernier a surévalué ses estimations de recettes et d’économies. Ce niveau pourrait n’être atteint qu’en 2013.

La maîtrise du déficit public est un enjeu à la fois européen (mise en œuvre de la règle d’or) et interne, car la constitution polonaise plafonne depuis 1997 la dette publique à 60% du PIB, et une loi organique de 2009 a fixé des niveaux d’alerte à 50 puis 55% du PIB. Si la dette publique s’est maintenue en dessous de 55% du PIB en 2011, après 53% en 2010, elle pourrait dépasser le seuil d’alerte de 55% en 2012, ce qui imposerait d’adopter un plan d’assainissement qui pèserait sur la politique budgétaire du gouvernement.

3. Politique économique

Dans son discours de politique générale prononcé à la Diète le 18 novembre 2011, le premier ministre Donald Tusk a annoncé un plan gouvernemental de réformes principalement dans le domaine économique.

Il a annoncé le relèvement de l’âge de la retraite à 67 ans pour les hommes (2020) et les femmes (2040), ainsi que la suppression de plusieurs abattements fiscaux et privilèges de certains groupes professionnels. Plusieurs régimes de retraite privilégiés seront progressivement durcis : agriculteurs, mineurs, policiers, juges, procureurs et membres du clergé. Une réforme des retraites a déjà eu lieu en mars 2011 (transfert d’une partie des cotisations du deuxième pilier par capitalisation au premier pilier par répartition pour réduire le besoin de financement budgétaire), mais ces mesures ont été jugées insuffisantes.

Malgré un plan de consolidation budgétaire adopté en août 2010, portant essentiellement sur le volet recettes, les autorités polonaises sont réticentes à augmenter les prélèvements obligatoires. Elles tablent plutôt sur une reprise accélérée du processus de privatisations pour financer les déficits et dynamiser la concurrence et la compétitivité de son secteur privé. Toutefois, si le processus de privatisation en Pologne s’est accéléré en 2011, il est resté en deçà du rythme enregistré ailleurs en Europe centrale.

Sur le plan politique, l’ambitieuse réforme des retraites annoncée par Donald Tusk a commencé de susciter une forte contestation sociale. Le parti agrarien, partenaire de coalition de la Plate-forme civique, a fait part de son hostilité au projet tel que présenté au printemps par le gouvernement, et en particulier à une réforme de la sécurité sociale agricole. Il pourrait trouver des soutiens à gauche avec le SLD social démocrate comme à droite parmi les partisans du PiS conservateur de Jaroslaw Kaczynski. Donald Tusk et son parti sortiraient politiquement affaiblis d’une épreuve de force avec certains groupes professionnels, et pourraient se montrer hésitants à s’avancer sur un chemin trop ambitieux de réformes économiques et sociales.

4. Mix énergétique en Pologne

Source principale d’énergie, le pétrole représente 32% en 2009 de la consommation d’énergie finale en Pologne (42% dans l’Union européenne). Le charbon reste une énergie thermique très importante en Pologne, avec 19% de sa consommation (seulement 4% dans l’Union européenne). Un peu plus proche des moyennes européennes, l’électricité représente 16% (UE21%) et le gaz 14% (UE 23%). La part de la cogénération et les énergies renouvelables s’élèvent respectivement à 10% et 8% de la consommation finale, soit mieux que les 4% et 6% en moyenne dans l’UE.

La production énergétique polonaise est très largement dominée en 2009 par le recours au charbon, qui représente 83% de la production. Viennent ensuite les énergies renouvelables (principalement énergie hydraulique) avec 9%, le gaz avec 5% et le pétrole avec 2%.

Dans ce contexte, la Pologne est contrainte d’importer l’énergie qui n’est pas dérivée du charbon, dont elle dispose de larges réserves. C’est la source d’énergie que la Pologne exporte. Sa dépendance extérieure au pétrole est en revanche de près de 100% et au gaz de près de 70%.

L’indicateur de dépendance aux importations de la Commission européenne établit une dépendance de la Pologne à hauteur de 30%, contre 55% en moyenne dans l’Union européenne. La dépendance au gaz revêt une importance politique forte en raison de la dépendance vis-à-vis de la Russie pour l’approvisionnement (73% du total des importations de gaz) et le transport.

La possibilité d’exploiter des ressources domestiques en gaz non conventionnel (gaz de schiste) constitue pour la Pologne une opportunité majeure qui lui permettrait de concilier l’objectif de diversification énergétique (sans remettre en cause l’option nucléaire) et l’indépendance vis-à-vis de la Russie. Selon les estimations de l’Agence gouvernementale américaine d’Information sur l’énergie (EIA) rendues publiques début avril 2011, la Pologne détiendrait des réserves de gaz de schiste d’environ 5,3 milliards de m³, équivalentes à deux fois et demie celles de la Norvège. Si ces estimations se confirment, la Pologne pourrait devenir à moyen terme un exportateur de gaz. Ces ressources lui permettraient aussi de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, puisque la combustion du gaz émet deux fois moins de CO2 que le charbon. Les gisements de gaz de schiste polonais comportent enfin l’avantage d’être situés beaucoup plus en profondeur que les gisements français, ce qui réduit le risque de pollution de la nappe phréatique.

Les engagements de réduction de ses émissions pris par la Pologne dans le cadre européen (paquet énergie-climat) sont perçus par la Pologne comme particulièrement contraignants compte-tenu de la composition du bouquet électrique polonais très émetteur en CO2. Au Conseil environnement du 9 mars 2012, la Pologne s’est ainsi désolidarisée des 26 autres Etats membres en refusant un engagement de 40% de réduction d’émissions d’ici 2030 par rapport aux émissions de 1990. Compte-tenu de sa dépendance au charbon, elle ne souhaite pas s’engager dans un exercice supplémentaire de réduction tant qu’elle ne sait précisément quel effort lui sera demandé.

Si ses ressources en charbon lui procurent une certaine indépendance sur le plan électrique, leur impact carbone et la nécessité de diversifier le mix énergétique polonais ont ainsi amené la Pologne à envisager de se doter de deux centrales nucléaires à l’horizon 2022. Le gouvernement polonais a adopté le 13 janvier 2009 une résolution prévoyant la mise en place d’une filière nucléaire en Pologne, avec la construction d’au moins deux centrales d’une puissance initialement fixée à 3000 MW chacune, la première opérationnelle en 2022, la seconde vers 2025. La catastrophe de Fukushima n’a pas altéré la volonté polonaise de se doter de centrales nucléaires.

Les priorités de la politique énergétique de la Pologne à horizon 2030 sont donc l’amélioration de l’efficacité énergétique, la diversification des sources d’énergies (gaz, renouvelables, nucléaire), et la réduction des émissions de CO2 grâce aux technologies de charbon propre, dont la capture et le stockage du carbone (CCS).

Politique européenne

Entrée dans l’UE le 1er mai 2004, avec une opinion publique largement acquise à la construction européenne (78% de « oui » lors du référendum d’adhésion en juin 2003), la Pologne demeure, sept ans après l’adhésion, l’un des pays les plus « euro-enthousiastes » (74%) parmi les 27, où l’Europe est toujours synonyme de liberté et de prospérité. L’élection au suffrage universel de Bronislaw Komorowski à la présidence de la République en juillet 2010 a confirmé ce choix européen contre les partisans d’un repli « souverainiste » de Jaroslaw Kaczynski.

« Sixième Grand » de l’UE, tentée par un rôle tribunicien à la tête des nouveaux Etats membres, la Pologne a exercé la présidence tournante du Conseil européen (PPUE) au second semestre 2011. La coordination interministérielle sur les questions européennes (UKIE) a été intégrée au sein du ministère des Affaires étrangères et 26 réunions ministérielles ont été organisées dans les grandes villes du pays.

Les priorités polonaises se sont articulées autour de trois blocs principaux :

a) L’intégration européenne comme source de croissance économique :

- Poursuite des initiatives prises par l’UE pour réagir face à la crise (mécanisme de stabilité financière, etc) ;
- achèvement de la construction du marché unique (y compris à travers le commerce électronique), mise en place d’un paquet de réformes concernant les directives sur l’Acte pour le marché unique ; amélioration de la situation des PME, finalisation des travaux sur la question du brevet européen ;
- mise en place d’un nouveau modèle de croissance économique dans le cadre des perspectives financières post 2013 ; le budget de l’UE devrait être un outil permettant la mise en œuvre de la stratégie "UE 2020" ;
- maintien d’un rôle central pour la politique de cohésion.

b) Une Europe sûre :


- Bâtir une véritable politique énergétique extérieure européenne (Varsovie souhaiterait mettre en place un mécanisme de solidarité, qui permettrait de faciliter l’aide de la Commission européenne à un Etat membre, si celui-ci en fait la demande) ;
- soutien aux initiatives visant à améliorer la régulation et le contrôle des marchés financiers, ainsi qu’à protéger ces derniers des conséquences de la crise ;
- réforme de la PAC ;
- achèvement de la réforme de Frontex, en particulier pour plus d’efficacité lors de situations de crise (Afrique du Nord, Moyen-Orient) ;
- Renforcement de la PSDC (capacités civiles et militaires de l’UE). Dialogue UE/OTAN.

c) Une Europe qui tire des bénéfices de son ouverture :

- Poursuite de la politique d’élargissement et développement d’un voisinage stable, création de zones de libre échange et libéralisation des visas avec des pays du partenariat oriental ; poursuitedes négociations avec l’Ukraine et la Moldavie ;
- soutien à la transformation démocratique des Etats du voisinage sud : renforcement de l’Etat de droit et lutte contre la corruption ; protection des droits fondamentaux (prévention de la persécution des minorités, notamment chrétiennes) ;
- soutien aux aspirations européennes des Balkans occidentaux ;
- mise en place d’un nouveau cadre de coopération entre l’UE et la Russie (poursuite des actions en vue d’une signature d’un nouvel accord d’association ainsi que du développement du partenariat pour la modernisation) ;
- politique commerciale commune : poursuite des négociations du cycle de Doha. En plus de l’élimination des barrières douanières, discussions sur les subventions agricoles, la législation en matière de brevets, la protection de la propriété intellectuelle.

Attachée au Triangle de Weimar, qui a fêté le 29 août 2011 son 20ème anniversaire, la Pologne considère que l’Allemagne et la France sont des partenaires stratégiques, aux côtés desquels elle peut mieux défendre sa vision de l’Europe et ses intérêts. Varsovie a organisé un Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement à Varsovie le 7 février 2011, puis une réunion des ministres des Affaires étrangères en format Weimar, le 20 mai 2011, à Bydgoszcz. Le 20ème anniversaire du traité de bon voisinage et de coopération entre l’Allemagne et la Pologne, célébré le 21 juin, a été l’occasion d’un premier conseil des ministres germano-polonais, sur le modèle du conseil des ministres franco-allemand, et d’une déclaration politique ambitieuse.

Varsovie cherche aussi à renforcer le poids politique du Groupe de Visegrad, format de coopération qui lui permet de mobiliser régulièrement ses trois alliés (République tchèque, Slovaquie, Hongrie) sur les sujets d’importance. La célébration du 20ème anniversaire du Groupe en présence des quatre présidents a eu lieu à Visegrad les 7 et 8 octobre 2011. Le dernier sommet de premiers ministres s’est tenu à Prague le 14 octobre 2011 quelques jours après. Principal instrument politique du groupe, un Fonds de Visegrad a été créé en 2001. Doté d’un montant de 6 millions d’€ par an, il est abondé tous les ans par les 4 pays à part égale (1,5 M€ chacun) et permet de financer des échanges, des bourses, des résidences d’artistes ou des projets transfrontaliers d’infrastructures.

I / Questions institutionnelles

Traité de Lisbonne

Si la ratification du Traité de Lisbonne a donné lieu en Pologne à une longue « crise » de cohabitation, Varsovie est maintenant très impliquée dans sa mise en œuvre, après s’être faite le héraut des nouveaux Etats membres en matière de représentation au sein du Service européen d’action extérieure. Varsovie a obtenu l’un des postes de secrétaire général adjoint (M. Popowski) auprès de Mme Ashton, ainsi que deux postes d’ambassadeurs (Corée du sud et Jordanie).

Un fort intérêt pour la PSDC

La Pologne a participé à toutes les opérations PESD. Troisième contributeur de l’opération EUFOR en RDC (2006), la Pologne s’est engagée au Tchad/RCA (400 hommes), au Kosovo (dont elle a tôt reconnu l’indépendance), dans la KFOR (290 soldats sur 16.000) et dans la mission EULEX, ainsi que dans l’EUFOR en Bosnie-Herzégovine (200 militaires sur 5.700). Elle participe aux programmes de recherche ad hoc de l’Agence Européenne de Défense (3ème contributeur financier, un général polonais, Adam Sowa, est directeur exécutif adjoint). La Pologne souhaite intégrer la Force de Gendarmerie Européenne et s’est engagée dans trois groupements tactiques 1500, dont un en format « Weimar » à l’horizon 2013. Elle ne participe pas à l’opération EUNAVFOR Somalia / Opération Atalanta contre la piraterie au large des côtes somaliennes.

Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense du Triangle de Weimar ont pris l’initiative d’écrire une lettre conjointe, le 13 décembre 2010, à Catherine Ashton, en faveur « d’une nouvelle impulsion de la politique européenne de sécurité et de défense » (PSDC). Ils ont invité la Haute représentante de l’UE à « lancer une réflexion dès que possible » en vue d’obtenir « des résultats concrets » en la matière « sous la présidence polonaise de l’UE durant le deuxième semestre de 2011 ». Suite au rapport en réponse de la Haute représentante, les trois pays lui ont ainsi réécrit, le 26 août 2011, cette fois-ci accompagnés de l’Espagne et de l’Italie, pour qu’elle poursuivre son travail de rationalisation des moyens (« faire plus avec moins »), et pour l’inviter notamment à faire des propositions sur la mise en place d’une capacité permanente de conduite et de planification des opérations.

3. Elargissement et politique de voisinage.

La Pologne plaide pour un rééquilibrage du centre de gravité de l’Union européenne vers l’Est (Ukraine, Moldavie, Biélorussie -en cas de démocratisation- et les 3 Etats du Caucase). Elle est à l’origine, avec la Suède, du Partenariat oriental, lancé à Prague le 7 mai 2009 et a ensuite organisé, pour favoriser sa mise en œuvre, une réunion ministérielle informelle à Sopot (24 avril 2010). Elle a organisé pendant sa présidence, un sommet du Partenariat oriental les 29-30 septembre 2011 à Varsovie.
- Ukraine

A l’avant-poste du soutien à la « révolution orange » en décembre 2004, la Pologne soutient le rapprochement et, à terme, l’intégration de Kiev dans l’UE et l’OTAN. Les relations historiques et familiales (L’viv/Lvov était la seconde ville de Pologne avant la guerre), la coopération transfrontalière et les considérations économiques (en dépit du risque de délocalisation et de concurrence) confirment cette importance stratégique. Ces relations font l’objet d’une « feuille de route » sur la coopération politique, économique et sécuritaire, ainsi que sur les questions mémorielles. L’élection du Président Yanoukovitch et la signature d’accords privilégiés russo-ukrainiens à Kharkiv (gaz, flotte russe à Sébastopol) n’ont pas remis en cause cette dynamique. Les efforts entrepris par la Pologne pour aboutir à la signature d’un accord d’association entre l’UE et l’Ukraine devraient ainsi franchir une nouvelle étape avec le paraphe de l’accord le 30 mars 2012. Les deux pays co-organisent par ailleurs l’euro 2012 de football.

- Biélorussie

Pour Varsovie, la question biélorusse est extrêmement sensible, notamment en raison de la présence d’une minorité polonaise forte de plus de 400 000 personnes (principalement dans le nord-ouest du pays, dans l’oblast de Hrodna, avec presque un tiers du chef-lieu de cette région). Les autorités biélorusses mènent en effet une politique d’assimilation qui lamine progressivement les racines culturelles de cette population sous l’apparence d’une promotion de ses droits. Elle motive en partie les positions de M. Sikorski en faveur de sanctions contre le régime. Varsovie souhaite ainsi que l’UE alourdisse les sanctions contre le régime Loukachenko et intensifie parallèlement son soutien à la société civile ainsi qu’à l’opposition biélorusse, qui utilise la Pologne comme une base arrière. Varsovie a convaincu les 27 de créer un Fonds Européen pour la Démocratie notamment dans ce but. Tout en restant ferme sur les principes, Varsovie apporte un fort soutien à la société civile et à l’opposition (aide aux médias libres : radio Racja, TV Belsat, programme Kalinowski de bourses qui permet d’accueillir depuis 2006 plusieurs centaines d’étudiants biélorusses dans les facultés polonaises). Sa proposition de "Pacte pour la modernisation", présenté lors du sommet du Partenariat oriental à Varsovie au mois de septembre, a été adoptée par l’Union européenne.

- Moldavie

Depuis l’arrivée au pouvoir à Chisinau, à l’été 2009, de l’Alliance pour l’intégration européenne (AIE), Varsovie ne ménage pas ses efforts pour soutenir le camp pro-européen à Chisinau, accélérer les négociations UE-Moldavie et pousser en faveur de la reconnaissance par les 27 d’une perspective européenne pour la Moldavie.

- Turquie

Les autorités polonaises soutiennent, sans ambiguïté, l’idée d’une d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Cette position, rappelée lors du déplacement de M. Tusk en Turquie en décembre 2010, fait l’objet d’un consensus au sein de la classe politique polonaise.

II / Politiques internes

Perspectives financières 2014-2020/ PAC

La Pologne reste le plus grand bénéficiaire en volume des fonds structurels et du fonds de cohésion parmi les nouveaux États membres pour 2007-2013, avec au total 67,3 milliards (soit 19,3% de l’enveloppe communautaire. En 2010, la Polognea contribué à hauteur de3,6 Mds € au budget de l’Union européenne. Avec11,8 Mds de fonds en provenance de l’Union européenne elle est doncbénéficiaire net(8,4 Mds€), au neuvième rang des bénéficiaires nets par habitants (1763€/hab en pour la période 2007-2013). Les deux plus gros postes d’affectation des fonds européens sont la politique de cohésion (7,7 Mds€) et la politique agricole commune (3,6 Mds€). C’est la raison pour laquelle la Pologne a inscrit, parmi ses priorités dans la négociation des perspectives financières 2014-2020, la politique de cohésion et son niveau de financement. Si la PAC n’est pas pour elle une priorité de premier plan, elle souligne cependant qu’elle doit rester communautaire, conserver au moins le niveau de financement actuel et gagner à être plus lisible et donc simplifiée. Varsovie prône ainsi, entre autres, une convergence la plus rapide possible des aides directes, le refus de toute nouvelle conditionnalité environnementale, la simplification (déclaration de surface tous les 5 ans seulement), une réactivité accrue pour les clauses de sauvegarde et la mise en place pour le secteur laitier d’un outil aussi efficace que les quotas.

Zone euro

La Pologne s’est engagée en adhérant à l’Union européenne à adopter la monnaie unique dès qu’elle remplirait les critères de convergence. L’objectif affiché par le premier ministre Donald Tusk en 2008 était une entrée en 2012 dans la zone euro. La crise de la zone euro et l’absence de satisfaction des critères de convergence (solde public, inflation, taux d’intérêt à long terme, volatilité limitée de la devise nationale), hormis celui de la dette, inférieure à 60%du PIB, ont repoussé la perspective d’une adhésion au plus tôt aux environs de 2015. Pour autant, la Polognea commencé à s’y préparerjuridiquement par la modification de sa Constitution (un projet de loi a été déposé en décembre 2010 pour un renforcement de l’indépendance de la banque centrale et la possibilité de remplacer le zloty par l’euro, mais n’a toujours pas été adopté, en raison notamment de la campagne législative précédant les élections du 9 octobre 2011), et veut s’impliquer fortement dans la gestion de la crise de l’euro. La Pologne milite pour un net renforcement de la gouvernance économique de la zone euro et une stricte discipline budgétaire.

Immigration

Peu concernée par l’immigration qui reste assez marginale, la Pologne est davantage préoccupée depuis cinq ans par les vagues d’émigration massive qui, alliées à un faible taux de fécondité (1,22 en 2003, 1,39 en 2009), ont eu des incidences économiques négatives. Même si elle partage une partie de nos objectifs (adoption du pacte sur l’immigration et l’asile), depuis son adhésion à l’espace Schengen en décembre 2007, Varsovie dispose de la plus longue frontière extérieure terrestre, après la Finlande avec 1200 km, et demeure à ce titre concentrée sur la problématique de la frontière orientale, sans barrière naturelle et difficilement contrôlable.

Présence dans les institutions européennes

La Pologne dispose au Conseil d’un nombre de voix équivalent à celui de l’Espagne (27 sur 345, 29 pour la France). Le passage au système de vote à la double majorité du traité de Lisbonne (55% des Etats membres, 65% de la population de l’UE) n’aura pratiquement pas d’incidence sur son poids dans la répartition des voix. Elle a cependant obtenu le maintien du système de vote du traité de Nice jusqu’en 2014, puis une période transitoire jusqu’en 2017 au cours de laquelle un Etat pourra encore demander lors d’un vote d’avoir recourir au système du traité de Nice.

Elle compte 50 députés au Parlement européen, présidé, depuis le 14 juillet 2009, par un ancien Premier Ministre polonais, Jerzy Buzek. M. Janusz Lewandowski (PPE, ancien président de la Commission des budgets du PE) est le commissaire polonais en charge du budget dans la Commission désignée en 2010.

Outre le Collège d’Europe à Natolin, la Pologne accueille à Varsovie le siège de l’Agence de coopération aux frontières extérieures de l’Union, « Frontex ».

Chartes des droits fondamentaux

La Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, proclamée lors du Conseil européen de Nice, le 7 décembre 2000 a la même valeur juridique que celle des traités depuis son entrée en vigueur le 1er décembre 2009. La Pologne dispose cependant avec le Royaume-Uni d’un régime dérogatoire à son application défini par un protocole annexé au traité de Lisbonne.

Politique étrangère

L’ancrage transatlantique

Du point de vue polonais, la réforme de l’OTAN, à laquelle le pays a adhéré en 1999, n’a pas le même degré d’importance que la révision du concept stratégique. Varsovie est satisfaite de la nouvelle conception stratégique adoptée lors du dernier sommet de l’Alliance atlantique à Lisbonne (19-20 novembre 2010). Elle l’avait examinée au regard de la capacité et de la volonté de l’Alliance à maintenir un niveau d’ambition élevé concernant les missions relatives à l’article 5. Favorable à l’idée d’une réduction ambitieuse de la structure de commandement (2 états-majors de niveau opérationnel au lieu de 3, effectifs réduits de 13000 à 8900 hommes), elle souhaitait, en revanche, le maintien de structures plus modestes, comme le système de communication et d’information de l’OTAN et le joint force training center de Bydgoszcz. Varsovie est aussi attachée au renforcement du rôle du commandement allié pour la transformation (ACT) - le général polonais Bienek a été nommé adjoint du général Abrial- et à son maintien à Norfolk perçu comme une matérialisation du lien transatlantique.

Engagée en qualité de « meilleur allié » des Etats-Unis, dès le début des opérations militaires en Irak, avec un contingent initial de plus de 2 500 hommes, la Pologne a achevé le retrait de ses troupes le 28 octobre 2008. Tout nouvel engagement extérieur est maintenant évalué par rapport à l’Afghanistan. Si la Pologne a consolidé sa présence au sein de la FIAS, en octobre 2008, en prenant le commandement de la province de Ghazni et procédé à un renforcement des effectifs, portant à 2 500 le nombre d’hommes déployés sur le terrain, elle prépare son retrait pour 2014

Depuis la décision annoncée le 17 septembre 2009 par le président Obama de renoncer au déploiement du bouclier antimissiles en Pologne (accord signé le 14 août 2008 mais non ratifié), Varsovie s’efforce de faire progresser sa coopération bilatérale sur la base de la déclaration de coopération stratégique polono-américaine du 20 août 2008. Destinée à renforcer le couplage stratégique entre les deux pays, la première rotation -dans le cadre d’un déploiement trimestriel- d’une batterie de missiles de défense anti-aérienne Patriot, servie par une centaine de soldats américains, a été effectuée dans le nord du pays, à 60 km de Kaliningrad. La Pologne a accepté (18 novembre 2010) la proposition américaine d’un stationnement rotatif de F-16 et d’Hercules ainsi que de leurs équipages sur son territoire. La Pologne et les pays baltes accueilleront en 2013 un exercice des Forces de réaction de l’Otan (NRF).

Le Président Obama était à Varsovie, les 27 et 28 mai (sa 1ère visite en Pologne depuis son investiture) à l’occasion du Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement d’Europe centrale et orientale, organisé cette année dans la capitale polonaise.

Varsovie n’a pas participé à l’intervention internationale en Libye, mais s’est joint au groupe de contact et s’est félicité avec les autres pays européens de la chute de Mouammar Kadhafi. M. Sikorski a été le premier ministre des affaires étrangères européen à effectuer une visite d’Etat à Benghazi, le 11 mai 2011.

Une relation complexe avec la Russie

La Pologne est maintenant le second partenaire économique et commercial européen de la Russie après l’Allemagne. Au-delà des enjeux énergétiques, la Russie est un marché significatif pour les exportations agricoles et les investisseurs polonais. Historiquement douloureuse, la relation avec la Russie s’est peu à peu « normalisée » avec l’arrivée au pouvoir de Donald Tusk, en octobre 2007, qui a mis fin à un long embargo russe sur les viandes et certains produits d’origine végétale polonais, puis permis de lever la réserve polonaise à l’ouverture des négociations d’adhésion russe à l’OCDE.

La visite de Vladimir Poutine à Gdansk le 1er septembre 2009 (70è anniversaire du déclenchement de la seconde guerre mondiale), l’invitation faite au Premier ministre polonais d’assister au 70è anniversaire des massacres de Katyn (7 avril 2010), puis le défilé de régiments polonais sur la Place rouge à l’occasion des célébrations du 9 mai (65ème anniversaire en 2010) ont constitué un tournant. Les réactions d’empathie des autorités, des media et de la population russes lors de la catastrophe de Smolensk, ont frappé les Polonais. Le rapport sur l’accident présenté par la Commission polonaise d’enquête le 29 juillet 2011, a reconnu que les principales causes de l’accident se trouvaient côté polonais. Cette publication a entraîné la démission du ministre de la défense, Bogdan Klich, et le limogeage de plusieurs hauts gradés de l’armée polonaise. M. Klich a été remplacé le 2 août 2011 par M. Tomasz Siemoniak.

La visite du Président Medvedev à Varsovie, le 6 décembre 2010, a donné lieu à la signature d’au moins trois accords (protection des investissements bilatéraux, mise en place d’un « centre pour le dialogue et la réconciliation » et utilisation de l’espace aérien russe pour les transports de troupes et matériel vers l’Afghanistan). La signature, à l’occasion d’une rencontre en décembre 2011 entre MM. Sikorski et Lavrov, les ministres des affaires étrangères polonais et russe, d’un accord bilatéral facilitant le petit trafic frontalier entre l’oblast de Kaliningrad et la zone frontalière polonaise, exprime la volonté des deux pays de poursuivre leur rapprochement.

Pourtant, si Varsovie a engagé un spectaculaire mouvement de réchauffement diplomatique avec Moscou, sa position n’a pas substantiellement évolué sur la négociation de l’accord de partenariat renforcé UE-Russie, le dialogue énergétique, la sécurité européenne et la perspective de suppression réciproque des visas de court séjour. Elle est réticente à la mise en place du comité politique et de sécurité ministériel euro-russe, proposé à Meseberg. Elle a fait des questions de sécurité et de relations avec les pays tiers une priorité de sa présidence de l’UE, en promouvant un Partenariat oriental, conçu par les Polonais comme une première étape vers une adhésion à l’UE et l’OTAN, et regardé avec circonspection par la Russie.

L’énergie reste le domaine le plus sensible dans la relation russo-polonaise.

Les compagnies russe et polonaise, Gazprom et PGNiG, sont parvenues à un accord, le 17 octobre 2010, sur la fourniture de gaz à la Pologne (10,5 milliards de m3, dont 2,8 à travers le gazoduc Yamal) avec une échéance fixée à 2022. Le recours à Yamal pour la livraison de gaz est garanti jusqu’en 2019, avec possibilité de prolongation jusqu’en 2045. PGNiG a toutefois porté plainte contre Gazprom le 21 février 2012 pour contester les prix du gaz, jugés trop élevés. Les Polonais ont mal vécu l’ouverture du gazoduc Nord Stream (novembre 2011), voulu par Berlin et Moscou (qui les contourne). L’exploitation du gaz de schiste en Pologne (encore au niveau exploratoire) pourrait permettre à terme à Varsovie de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie

Sur le plan de l’énergie électrique, la Russie pourrait être tentée de promouvoir son propre réseau électrique, comme elle l’a déjà fait dans le domaine des gazoducs. Les travaux d’une nouvelle centrale à Kaliningrad (le marché de l’enclave est bien inférieur à la future capacité de production) auraient déjà commencé, et les deux accords bilatéraux entre la Biélorussie et la Russie (le réseau biélorusse est inadapté à une centrale nucléaire) signés au printemps 2011, pourraient avoir une incidence sur le programme électronucléaire polonais. Le retrait de PGE, l’entreprise nationale polonaise d’électricité, du projet de nouvelle centrale nucléaire balte à Visaginas en Lituanie, qui fédère théoriquement les trois Etats baltes, s’explique en partie par la nécessité de se concentrer sur le projet nucléaire polonais, pour en assurer la viabilité économique.

Pour renforcer sa sécurité énergétique, la Pologne milite pour la définition d’une politique énergétique européenne ambitieuse. Elle vise en particulier deux objectifs : la mise en place d’un mécanisme de solidarité, qui permettrait de faciliter l’aide de la Commission à un Etat membre, si celui-ci en fait la demande (aide de la Commission européenne lors de la renégociation du contrat Yamal avec la Russie), ainsi que celle d’un mécanisme de coordination au sein de l’UE, afin de clarifier le rôle des différents acteurs dans le système issu du traité de Lisbonne.

Mise à jour : 26.03.12

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