Nom officiel : Pologne (Rzeczpospolita Polska)
Nature du régime : République (IIIè République depuis 1989)
Chef de l’Etat : Bronislaw KOMOROWSKI
Premier ministre : Donald TUSK
Superficie : 312 685 km2 (soit 0,57 fois la France)
Capitale : Varsovie (1,7 million d’hab.)
Villes principales : Lodz (793 000 hab., Cracovie (740 000 hab.), Wroclaw (635000 hab.)
Langue officielle : polonais
Monnaie : Zloty (1 € = 4,4 PLN)
Fête nationale : 3 mai (Fête de la Constitution de 1791)
Population : 38,167 millions (13 millions hors de Pologne)
Densité :122,3 hab./km2
Croissance démographique : -0,04%, taux de natalité 10,8 pour 1000 hab. et taux de fécondité : 1.39 en 2010
Espérance de vie : 75,8 ans (H : 70,9 ; F : 79,6)
Taux d’alphabétisation : 98%
Religion(s) : catholique majoritaire 88,4% avec une observance religieuse élevée, entre 52 et 60%
PIB : 354.3 Mds€ en 2010 / 204 en 2004
PIB 15 300 € / hab. en 2010. En standard de pouvoir d’achat, il est passé de 56% de la moyenne communautaire en 2008 à 62% en 2010.
Taux de croissance : 3,5% en 2010 (6,7% en 2007) ; La Pologne a été le seul pays des 27 à ne pas avoir connu de récession en 2009, avec un PIB en hausse de 1,7%.
Taux de chômage : 9,5%
Taux d’inflation:2,6% en 2010
Salaire brut mensuel moyen : 3.300 zlotys (soit environ 740 €)
Salaire minimum brut mensuel : 1 270 zlotys
Déficit public :- 7,9%
Dette publique : 55,5% du PIB
Balance commerciale négative : - 9,3 milliards€ (2009)
Principaux clients : Allemagne (26,1%), France (6,9%), Italie (6,8%), puis Royaume Uni (6,4%) et Rép. tchèque (5,9%)
Principaux fournisseurs : Allemagne (28,1%), CEI (10,2%), Italie (6,6%), Pays-Bas (5,7%), Chine (5,2%), France (4,6%), Rép. tchèque (4,0%)
Part des principaux secteurs d’activités dans le PIB : Agriculture : 4% ; industrie manufacturière 24,3% ; BTP : 8,3% ; transports télécoms : 6,4% ; commerce : 20,6% ; autres services : 36,4%
Répartition de la population active (15,4 millions) : Agriculture : 16,2% ; Industrie : 23,1% ; Construction : 4,7% ; Commerce : 15,7% ; Transports : 5,5% ; Education : 7,9% ; Santé : 5,5% ; Autres : 13,3%
Exportations de la France vers la Pologne : 6,8 Mds d’€
Importations françaises depuis la Pologne : 6,5 Mds d’€
Excédent commercial pour la France : 0,249
Consulat de France : Cracovie
Communauté française en Pologne : 6000 immatriculés
Communauté polonaise en France : il y aurait 1,5 million de citoyens d’ascendance polonaise en France
Contribution au budget de l’UE 2010 : 3,6Mds€
Fonds européens perçus en 2010 : 11,8Mds€
Bénéficiaire net de 8,4Mds€
Fonds européens 2007-2013 : 67,3Mds
Principales affectations des fonds en 2010 : Politique de cohésion (7,7Mds€) et PAC (3,6Mds€).
Nombre de députés au Parlement européen : 50/736
Nombre de voix au Conseil de l’UE (pondération, traité de Nice) : 27/345 soit 7,8%
Nombre de voix au Conseil de l’UE après 2014 (critère population, traité de Lisbonne) : 7,7%
Depuis novembre 2007, la Pologne est gouvernée par une coalition des libéraux avec les agrariens, associant la Plate-forme civique (PO, de centre-droit, libéral, 207 députés sur 460 à la Diète) du Premier ministre, Donald Tusk, et le Parti populaire (PSL, agrarien, 28 députés) de Waldemar Pawlak, vice Premier ministre et ministre de l’Economie. Le PSL détient également les portefeuilles de l’agriculture et du Travail et Affaires sociales. Le gouvernement actuel est d’ores et déjà l’un des deux gouvernements (avec celui de Jerzy Buzek, 1997-2001) ayant connu la plus grande longévité depuis le retour de la démocratie en 1989.
La PO et son allié agrarien disposent désormais de tous les leviers de pouvoir, de la Présidence de la République à la majorité des régions, en passant par les deux chambres du parlement et le gouvernement. Ce n’était pas le cas sous la présidence de Lech Kaczynski (avant avril 2010) qui utilisait son droit de veto pour contrecarrer des projets de loi gouvernementaux. Les élections législatives du 9 octobre 2011 ont confirmé cette domination de la PO sur la scène politique polonaise interne, qui est ainsi le premier parti polonais au pouvoir à être reconduit depuis 1989.
La donne politique a été profondément modifiée par la catastrophe aérienne de Smolensk du 10 avril 2010, au cours de laquelle la Pologne a perdu des figures importantes de la vie politique et de la société civile. Outre le président et son épouse, de nombreuses personnalités de premier plan ont trouvé la mort dans l’accident du Tupolev 154, parmi lesquels 18 députés et sénateurs, notamment Jerzy Szmajdzinski, candidat officiel du SLD (Alliance de la gauche démocratique) social-démocrate à l’élection présidentielle, et Krzysztof Putra, tous deux vice-présidents de la Diète, Krystyna Bochenek, vice-présidente du Sénat, plusieurs vice-ministres et anciens ministres, les cinq chefs d’état major, le chef des services spéciaux, la présidente du Conseil de l’ordre des avocats et le président de la Banque nationale, ainsi que de hauts dignitaires religieux et des représentants des familles des victimes de Katyn. Conformément à la Constitution, l’intérim fut assuré par le Maréchal de la Diète (Sejm), Bronislaw Komorowski, désigné peu auparavant candidat officiel de la Plateforme civique (PO), à l’issue d’une primaire où il l’avait emporté sur le ministre des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski.
Bronislaw Komorowski a été élu Président de la République le 4 juillet 2010 avec 53,01% des votes au second tour face au candidat du parti conservateur Droit et Justice (PiS), Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau du président défunt. Si, globalement, le pays reste ancré à droite (78 % au 1er tour), cette élection présidentielle a :
confirmé l’ancrage polonais dans l’Europe en pleine préparation de la présidence polonaise du Conseil de l’Union européenne au second semestre 2011 ;
marqué un fort besoin de renouvellement, avec l’apparition d’une nouvelle génération de jeunes cadres aux côtés des principaux candidats ;
rappelé la rémanence d’une division sociologique et géographique nette, le long d’une ligne serpentant du nord-est vers le sud épousant les confins des anciens partages historiques, entre une Pologne PiS catholique traditionaliste des petites villes et campagnes, dans l’ensemble plus pauvre et moins éduquée, et celle des grandes villes, plus jeune et plus ouverte au monde qui a voté PO libérale ;
et donné une sorte de satisfecit au Premier ministre Donald Tusk pour la politique menée depuis 2007 et pour avoir réussi à amortir les effets de la crise économique mondiale.
Avec 47 % des voix au second tour de l’élection présidentielle, Jaroslaw Kaczynski a pris date pour les élections législatives du 9 octobre 2011. Après avoir adopté un temps un profil « centriste », J. Kaczynski a renoué avec un discours intransigeant sur l’« establishment », la « paralysie de la justice » et le « condominium germano-russe ». Le 5 novembre 2010, il exclut ainsi du parti pour « acte préjudiciable au PiS » son ancienne directrice de campagne, Joanna Kluzik-Rostkowska et l’ancienne ministre des Sports, Elzbieta Jakubiak, qui ont alors fondé un nouveau parti de centre-droit, conservateur et démocrate-chrétien, La Pologne est le plus important (PjN) (17 députés au Sejm et 3 députés européens, tous transfuges du PiS). Joanna Kluzik-Rostokowska a aujourd’hui elle-même quitté le PjN pour rejoindre la PO de Donald Tusk.
La percée du candidat de l’Alliance de la gauche démocratique (SLD, social-démocrate, ex-communistes), Grzegorz Napieralski, arrivé 3ème au premier tour de l’élection présidentielle avec 13,7% des voix, traduit l’émergence d’une nouvelle génération arrivée à l’âge adulte après la chute du communisme qui tente de s’ouvrir un espace politique en mettant en avant des questions de société : rôle de l’Eglise, fécondation in vitro, libéralisation de l’interruption volontaire de grossesse.
Les élections législatives du 9 octobre 2011 ont en partie rebattu les cartes. La PO a confirmé sa domination sur la scène politique polonaise, avec 39% des suffrages, tandis que le PiS, avec 30% des voix, sort affaibli d’une élection qui devait sonner comme une revanche après l’échec de la présidentielle. Le score honorable du parti agrarien (8,4%), très malmené dans les sondages, permettra certainementa permis à la PO de Tusk de reconduire la même coalition, et de former rapidement leun nouveau gouvernement, dont les principales figures devraient se maintenirsont maintenues. L’échec du SLD, arrivé à la cinquième place, avec seulement 8,2% des suffrages, trouve notamment son explication dans la percée inattendue du mouvement de Palikot, anticlérical, et libéral et libertaire sur le plan des mœurs. Ce dernier mouvement, fondé par Janusz Palikot, un ancien député de la PO, en octobre 2011, illustre les transformations d’une société polonaise qui se laïcise, et devient la troisième formation de la Diète polonaise avec 10% des sièges.
Donald Tusk sera jugé au cours de son nouveau mandat sur sa capacité à maîtriser les finances publiques et à réformer le pays en profondeur, en particulier en matière sociale, de santé publique et de modernisation industrielle. Il peut miser sur un redémarrage durable de la croissance économique, mais doit veiller à ce que la lutte contre le déficit budgétaire et la dette publique ne creuse pas les inégalités sociales. La reprise du processus de privatisations, le renforcement de la sécurité énergétique et la mise en œuvre du programme nucléaire civil figurent parmi les priorités gouvernementales. Une réforme des retraites a été adoptée en mars 2011 qui vise à réduire la contribution budgétaire au 1er pilier du système de retraite (par répartition), afin de consolider les finances publiques. La part de cotisations obligatoires au second pilier (par capitalisation) est réduite de 5 points au profit du premier pilier.
La Plate forme civique, PO, est arrivée largement en tête aux dernières élections régionales de district et municipales de novembre 2010, qui a constitué le dernier test avant les échéances de l’automne 2011, avec 39,6% des sièges, emportant 16 conseils régionaux (diétines) et huit des dix plus grandes villes du pays (la maire sortante PO de Varsovie, Mme Gronkiewicz-Waltz a gagné dès le 1er tour avec 53,67% des voix exprimées). La PO a devancé largement le PiS (25,1%), tandis que son allié, le parti paysan PSL du vice Premier ministre, Waldemar Pawlak, a créé la surprise en arrivant à la 3ème place (16,6% des sièges) devant les sociaux-démocrates du SLD (15,1%).
Avec une croissance de 3,8% en 2010 qui pourrait être de 4,1% en 2011, après avoir été le seul État membre de l’UE à afficher une croissance positive de son PIB en 2009 (+1,7%), la Pologne retrouve un rythme de croissance en phase avec son potentiel.
Confrontée à l’augmentation continue de son déficit public et de sa dette publique, avec respectivement 7,9% et 55% du PIB en 2010, la Pologne entreprend des efforts importants en matière de consolidation des finances publiques. La constitution polonaise plafonne à 60% du PIB la dette publique, avec depuis une loi organique de 2009 des niveaux d’alerte à 50 puis 55% du PIB. Malgré un plan de consolidation budgétaire adopté en août 2010, portant essentiellement sur le volet recettes, ainsi qu’une réforme des retraites en mars 2011 (transfert d’une partie des cotisations du deuxième pilier par capitalisation au premier pilier par répartition pour réduire le besoin de financement budgétaire), ces mesures sont encore jugées insuffisantes, en l’absence de véritable réforme structurelle destinée à réduire les dépenses sur le long terme. Réticentes à augmenter les prélèvements obligatoires, les autorités polonaises tablent sur une reprise accélérée du processus de privatisations pour financer les déficits.
Dans ce contexte, le calendrier de l’adoption de l’euro reste incertain. La Pologne doit en effet d’abord remplir les critères et assainir ses finances publiques (cf. Politique européenne).
Après une contraction de ses échanges en 2009 dont l’effet a été atténué par la forte dévaluation de sa devise nationale vis-à-vis de l’euro, 2010 a été l’année de la reprise des échanges, tendance qui se confirme en 2011. Le déficit commercial qui s’élevait avant la crise, en 2008, à 7% du PIB, est tombé à 3,8% en 2010. L’Union européenne demeure de loin le 1er fournisseur de la Pologne (58,8% du total), en baisse de 3 points en 2010 au profit de la Russie et de la Chine. L’UE a absorbé en 2010 78,6% des exportations de la Pologne (en baisse de 1 point).
Le secteur bancaire, constitué pour l’essentiel d’une cinquantaine de banques commerciales, en majorité filiales de grands groupes étrangers, reste solide et profitable et contrôle 79% du total agrégé des actifs bancaires (le solde est resté dans les mains de l’Etat qui contrôle la 1ère banque polonaise, PKO BP), mais l’activité de crédits aux entreprises reste faible.
Mix énergétique en Pologne
Source principale d’énergie, le pétrole représente 32% en 2009 de la consommation d’énergie finale en Pologne (42% dans l’Union européenne). Le charbon reste une énergie thermique très importante en Pologne, avec 19% de sa consommation (seulement 4% dans l’Union européenne). Un peu plus proche des moyennes européennes, l’électricité représente 16% (UE21%) et le gaz 14% (UE 23%). La part de la cogénération et les énergies renouvelables s’élèvent respectivement à 10% et 8% de la consommation finale, soit mieux que les 4% et 6% en moyenne dans l’UE.
La production énergétique polonaise est très largement dominée en 2009 par le recours au charbon, qui représente 83% de la production. Viennent ensuite les énergies renouvelables (principalement énergie hydraulique) avec 9%, le gaz avec 5% et le pétrole avec 2%.
Dans ce contexte, la Pologne est contrainte d’importer l’énergie qui n’est pas dérivée du charbon, dont elle dispose de larges réserves. C’est la source d’énergie que la Pologne exporte. Sa dépendance extérieure au pétrole est en revanche de près de 100% et au gaz de près de 70%.
L’indicateur de dépendance aux importations de la Commission européenne établit une dépendance de la Pologne à hauteur de 30%, contre 55% en moyenne dans l’Union européenne. La dépendance au gaz revêt une importance politique forte en raison de la dépendance vis-à-vis de la Russie pour l’approvisionnement (73% du total des importations de gaz) et le transport.
La possibilité d’exploiter des ressources domestiques en gaz non conventionnel (gaz de schiste) constitue pour la Pologne une opportunité majeure qui lui permettrait de concilier l’objectif de diversification énergétique (sans remettre en cause l’option nucléaire) et l’indépendance vis-à-vis de la Russie. Selon les estimations de l’Agence gouvernementale américaine d’Information sur l’énergie (EIA) rendues publiques début avril 2011, la Pologne détiendrait des réserves de gaz de schiste d’environ 5,3 milliards de m³, équivalentes à deux fois et demie celles de la Norvège. Elles pourraient satisfaire les besoins polonais en gaz pendant 380 ans (au niveau actuel de consommation). Si ces estimations se confirment, la Pologne pourrait devenir à moyen terme un exportateur de gaz.
Les engagements de réduction de ses émissions pris par la Pologne dans le cadre européen (paquet énergie-climat) sont perçus par la Pologne comme particulièrement contraignants compte-tenu de la composition du bouquet électrique polonais très émetteur en CO2. Si ses ressources en charbon lui procurent une certaine indépendance sur le plan électrique, leur impact carbone et la nécessité de diversifier le mix énergétique polonais ont amené la Pologne à envisager de se doter de deux centrales nucléaires à l’horizon 2022.
Le gouvernement polonais a adopté le 13 janvier 2009 une résolution prévoyant la mise en place d’une filière nucléaire en Pologne, avec la construction d’au moins deux centrales d’une puissance initialement fixée à 3000 MW chacune, la première opérationnelle en 2022, la seconde vers 2025. La catastrophe de Fukushima n’a pas altéré la volonté polonaise de se doter de centrales nucléaires.
Les priorités de la politique énergétique de la Pologne à horizon 2030 sont donc l’amélioration de l’efficacité énergétique, la diversification des sources d’énergies (gaz, renouvelables, nucléaire), et la réduction des émissions de CO2 grâce aux technologies de charbon propre, dont la capture et le stockage du carbone (CCS).
L’ancrage transatlantique
Du point de vue polonais, la réforme de l’OTAN, à laquelle le pays a adhéré en 1999, n’a pas le même degré d’importance que la révision du concept stratégique. Varsovie est satisfaite de la nouvelle conception stratégique adoptée lors du dernier sommet de l’Alliance atlantique à Lisbonne (19-20 novembre 2010). Elle l’avait examinée au regard de la capacité et de la volonté de l’Alliance à maintenir un niveau d’ambition élevé concernant les missions relatives à l’article 5. Favorable à l’idée d’une réduction ambitieuse de la structure de commandement (2 états-majors de niveau opérationnel au lieu de 3, effectifs réduits de 13000 à 8900 hommes), elle souhaitait, en revanche, le maintien de structures plus modestes, comme le système de communication et d’information de l’OTAN et le joint force training center de Bydgoszcz. Varsovie est aussi attachée au renforcement du rôle du commandement allié pour la transformation (ACT) - le général polonais Bienek a été nommé adjoint du général Abrial- et à son maintien à Norfolk perçu comme une matérialisation du lien transatlantique.
Engagée en qualité de « meilleur allié » des Etats-Unis, dès le début des opérations militaires en Irak, avec un contingent initial de plus de 2 500 hommes, la Pologne a achevé le retrait de ses troupes le 28 octobre 2008. Tout nouvel engagement extérieur est maintenant évalué par rapport à l’Afghanistan. Si la Pologne a consolidé sa présence au sein de la FIAS, en octobre 2008, en prenant le commandement de la province de Ghazni et procédé à un renforcement des effectifs, portant à 2 600 le nombre d’hommes déployés sur le terrain, le président Komorowski a indiqué pendant la campagne présidentielle de 2010 que son pays allait s’engager dans une stratégie de sortie, sans que celle-ci n’ait été à ce jour officialisée.
Depuis la décision annoncée le 17 septembre 2009 par le président Obama de renoncer au déploiement du bouclier antimissiles en Pologne (accord signé le 14 août 2008 mais non ratifié), Varsovie s’efforce de faire progresser sa coopération bilatérale sur la base de la déclaration de coopération stratégique polono-américaine du 20 août 2008. Destinée à renforcer le couplage stratégique entre les deux pays, la première rotation -dans le cadre d’un déploiement trimestriel- d’une batterie de missiles de défense anti-aérienne Patriot, servie par une centaine de soldats américains, a été effectuée dans le nord du pays, à 60 km de Kaliningrad. La Pologne a accepté (18 novembre 2010) la proposition américaine d’un stationnement rotatif de F-16 et d’Hercules ainsi que de leurs équipages sur son territoire. La Pologne et les pays baltes accueilleront en 2013 un exercice des Forces de réaction de l’Otan (NRF).
Le Président Obama était à Varsovie, les 27 et 28 mai (sa 1ère visite en Pologne depuis son investiture) à l’occasion du Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement d’Europe centrale et orientale, organisé cette année dans la capitale polonaise.
Varsovie n’a pas participé à l’intervention internationale en Libye, mais s’est joint au groupe de contact et s’est félicité avec les autres pays européens de la chute de Mouammar Kadhafi. M. Sikorski a été le premier ministre des affaires étrangères européen à effectuer une visite d’Etat à Benghazi, le 11 mai 2011.
Une relation complexe avec la Russie
La Pologne est maintenant le second partenaire économique et commercial européen de la Russie après l’Allemagne. Au-delà des enjeux énergétiques, la Russie est un marché significatif pour les exportations agricoles et les investisseurs polonais. Historiquement douloureuse, la relation avec la Russie s’est peu à peu « normalisée » avec l’arrivée au pouvoir de Donald Tusk, en octobre 2007, qui a mis fin à un long embargo russe sur les viandes et certains produits d’origine végétale polonais, puis permis de lever la réserve polonaise à l’ouverture des négociations d’adhésion russe à l’OCDE.
La visite de Vladimir Poutine à Gdansk le 1er septembre 2009 (70è anniversaire du déclenchement de la seconde guerre mondiale), l’invitation faite au Premier ministre polonais d’assister au 70è anniversaire des massacres de Katyn (7 avril 2010), puis le défilé de régiments polonais sur la Place rouge à l’occasion des célébrations du 9 mai (65ème anniversaire en 2010) ont constitué un tournant. Les réactions d’empathie des autorités, des media et de la population russes lors de la catastrophe de Smolensk, ont frappé les Polonais. Le rapport sur l’accident présenté par la Commission polonaise d’enquête le 29 juillet 2011, a reconnu que les principales causes de l’accident se trouvaient côté polonais. Cette publication a entraîné la démission du ministre de la défense, Bogdan Klich, et le limogeage de plusieurs hauts gradés de l’armée polonaise. M. Klich a été remplacé le 2 août 2011 par M. Tomasz Siemoniak.
Si le projet de nouvelle centrale nucléaire balte à Visaginas en Lituanie fédère théoriquement les trois Etats baltes et la Pologne, la Russie pourrait être tentée de promouvoir son propre réseau électrique, comme elle l’a déjà fait dans le domaine des gazoducs. Les travaux d’une nouvelle centrale à Kaliningrad (le marché de l’enclave est bien inférieur à la future capacité de production) auraient déjà commencé, et les deux accords bilatéraux entre la Biélorussie et la Russie (le réseau biélorusse est inadapté à une centrale nucléaire) signés au printemps 2011, pourraient avoir une incidence sur le programme électronucléaire polonais.
L’exploitation du gaz de schiste en Pologne (encore au niveau exploratoire) pourrait permettre à terme à Varsovie de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie
Les compagnies russe et polonaise, Gazprom et Pgnig, sont parvenues à un accord, le 17 octobre 2010, sur la fourniture de gaz à la Pologne (10, 5 milliards de m3, dont 2,8 à travers le gazoduc Yamal) avec une échéance fixée à 2022. Le recours à Yamal pour la livraison de gaz est garanti jusqu’en 2019, avec possibilité de prolongation jusqu’en 2045. La visite du Président Medvedev à Varsovie, le 6 décembre 2010, a donné lieu à la signature d’au moins trois accords (protection des investissements bilatéraux, mise en place d’un « centre pour le dialogue et la réconciliation » et utilisation de l’espace aérien russe pour les transports de troupes et matériel vers l’Afghanistan). Un nouveau point de passage devrait par ailleurs être ouvert à la frontière entre la Pologne et Kaliningrad, ouverture qui s’inscrit dans le cadre de l’initiative russo-polonaise visant à étendre le règlement communautaire 18931/2006 sur le petit trafic transfrontalier à l’ensemble de l’oblast de Kaliningrad.
Si Varsovie a engagé un spectaculaire mouvement de réchauffement diplomatique avec Moscou, sa position n’a pas substantiellement évolué sur la négociation de l’accord de partenariat renforcé UE-Russie, le dialogue énergétique, la sécurité européenne et la perspective de suppression réciproque des visas de court séjour. Elle est réticente à la mise en place du comité politique et de sécurité ministériel euro-russe, proposé à Meseberg. Elle fera des questions de sécurité et de relations avec les pays tiers une priorité de sa présidence de l’UE. Elle veut des conclusions ambitieuses sur l’énergie au Conseil européen et vise deux objectifs : la mise en place d’un mécanisme de solidarité, qui permettrait de faciliter l’aide de la Commission à un Etat membre, si celui-ci en fait la demande (aide de la Commission européenne lors de la renégociation du contrat Yamal avec la Russie), ainsi que celle d’un mécanisme de coordination au sein de l’UE, afin de clarifier le rôle des différents acteurs dans le système issu du traité de Lisbonne.
Mise à jour : 30.11.11
