Jean Mathiot, directeur du centre culturel français de Gaza, nous présente le CCF et ses activités et nous parle des difficultés qu’il rencontre dans son travail du fait du blocus.
Q - Comment devient-on directeur du CCF de Gaza ?
R - Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie, puis un DEA sur le monde byzantin au Moyen-Orient, j’ai travaillé entre 2003 et 2005 comme volontaire international au CCF Chateaubriand à Jérusalem-est. J’ai travaillé ensuite en Afghanistan dans une ONG qui s’occupe des enfants des rues à Kaboul, puis j’ai été pendant trois ans attaché culturel à l’Ambassade de France au Maroc, avant de prendre la direction du CCF de Gaza en septembre 2009.
Q - En quoi consiste la mission du CCF de Gaza ?
R - Le CCF existe depuis 1982. Nous sommes installés depuis quinze ans dans les locaux actuels, rue Victor Hugo ! Depuis 2006, c’est la seule institution étrangère de ce type encore présente à Gaza. Les Gazaouis apprécient que la France maintienne sa présence ici, y compris dans les moments difficiles. Le centre propose plusieurs types d’activités : des cours de français, avec environ 600 élèves par an (sans compter les étudiants qui apprennent le français dans les universités et les écoles publiques à Gaza), une médiathèque très fréquentée par les étudiants, car depuis le blocus on ne trouve plus beaucoup de journaux, de magazines ou de DVD, et surtout des activités culturelles, des conférences ou des expositions, y compris d’artistes gazaouis. Nous organisons également une émission de radio tous les jeudis de 16h à 17h sur la radio « Al-Manar » à Gaza (92.0 FM), que l’on peut écouter en direct sur internet. Elle est animée par l’équipe et les étudiants du CCF, ainsi que par les étudiants et les professeurs de français de Gaza. Et puis le CCF est un point d’appui important pour toute la coopération française à Gaza, qu’il s’agisse du soutien aux associations à travers le fonds social de développement ou des projets de l’Agence française de développement comme la réhabilitation de l’hôpital Al Quds ou la station d’épuration de Beit Lahya. Nous avons aussi une antenne consulaire qui s’occupe des ressortissants français présents à Gaza et qui prend en charge les demandes de visas des gazaouis pour la France.
Q - Rencontrez-vous des difficultés pour poursuivre vos activités ?
R - Depuis novembre 2008, le CCF ne parvient plus à faire entrer d’artistes français dans la bande de Gaza, leur entrée est systématiquement refusée par les autorités israéliennes. Encore récemment, Anne-Marie Filaire, une photographe française qui devait venir ici en résidence et animer des ateliers avec les enfants de la fondation Qattan, n’a pas pu entrer. Nous devons donc malheureusement annuler régulièrement des événements. Nous travaillons donc essentiellement avec des artistes locaux, qui sont de très grande valeur. Mais nous aimerions pouvoir faire rentrer des artistes français pour en faire profiter les gens ici. Nous essayons de développer d’autres activités pour qu’ils puissent s’évader un peu du quotidien de Gaza, comme les films que nous projetons dans la salle du croissant rouge palestinien, une très belle salle de 700 places que la France a réhabilitée en 2005. Nous faisons venir les enfants par bus de toute la bande de Gaza et pour certains il s’agit de leur première expérience du cinéma grandeur nature, c’est assez magique.
Q - Pouvez-vous nous parler du projet de nouveau centre culturel à Gaza ?
R - Pour renforcer sa présence à Gaza, la France a l’ambition de construire un nouveau CCF, plus beau, plus accueillant, qui permettrait d’accueillir davantage d’activités. Le projet existe depuis 2006. L’Autorité palestinienne nous avait alors offert un terrain de 2000 m² en bord de mer, sur l’avenue Charles de Gaulle inaugurée à l’époque par le Président Jacques Chirac. C’est un projet important, tout est prêt, les plans sont achevés, les fonds sont disponibles. Il ne nous manque plus que l’accès à Gaza des matériaux de construction, rendu difficile par le blocus.
