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Syrie - Conférence de presse jointe de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et M. William Hague, ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni - Propos de M. Laurent Fabius (30 août 2012)

Merci à tous d’être là. Je suis heureux d’être ici avec mon ami et collègue William Hague.

La France qui préside en ce moment le Conseil de sécurité des Nations unies a décidé de réunir cet après-midi le Conseil de sécurité pour traiter essentiellement les questions humanitaires qui concernent la Syrie. Evidemment, il est très difficile d’isoler les questions humanitaires d’une approche politique plus large, et ces questions seront abordées, mais la France a pensé, en liaison avec ses amis britanniques et d’autres partenaires, que la situation en Syrie et dans les pays était suffisamment grave et que malgré l’impossibilité d’arriver à une résolution compte tenu des vétos opposés par la Russie et la Chine, il était impératif de soulever ces questions. Ce sont les raisons pour lesquelles nous les aborderons cet après-midi.

William (Hague) reviendra sans doute sur la gravité de la situation syrienne.

25 000 morts déjà, 250 000 blessés, plus de 300 000 réfugiés - nous allons en particulier traiter cette question - plus d’un million de personnes déplacées, une situation intolérable et inacceptable qui pose du point de vue humanitaire beaucoup de questions, à l’intérieur de la Syrie car le droit humanitaire n’est absolument pas respecté- nous le dirons clairement cet après-midi et le représentant du clan Assad sera là - mais qui pose aussi beaucoup de questions aux pays voisins qui doivent accueillir les réfugiés. Nous avons invité - ils sont là et je les en remercie, les ministres des gouvernements qui sont les plus concernés par cet accueil : notre collègue turc, notre collègue libanais, notre collègue jordanien et notre collègue irakien.

Nous allons donc aborder toutes ces questions avec bien sûr aussi une attention particulière aux questions politiques. Sur ces questions, la Grande Bretagne et la France constatent qu’elles ont des positions convergentes, voire mêmes absolument analogues. C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité, William Hague et moi-même tenir cette conférence de presse.

En même temps, nous avons pris ensemble un certain nombre de décisions, que M. Hague vous détaillera, d’une part en augmentant chacun la part de la Grande Bretagne et de la France de leur aide humanitaire et d’autre part nous prenons l’initiative conjointe de faire en sorte qu’au niveau des Nations unies il y ait une réunion rapide pour le financement des agences des Nations unies, en particulier avec nos collègues qui s’occupent du développement.

Nous sommes d’accord l’un et l’autre pour réaffirmer que Bashar el-Assad et son clan devront répondre de leurs crimes devant la Cour pénale internationale, devant les juridictions syriennes. Nous lançons un nouvel appel aux défections des responsables syriens qui doivent se séparer le plus vite possible de ce clan criminel.

Et puis nous préparons ensemble avec d’autres partenaires, ce que nous appelons en bon français « the day after » , l’après Assad car il est évident qu’il faut coordonner notre soutien au peuple syrien dans la transition politique et préparer avec le peuple syrien les mesures immédiates pour les besoins les plus urgents.

Pour résumer le pourquoi cette réunion de cet après-midi : pour témoigner des atrocités commises en Syrie, pour mettre chacun devant ses responsabilités, pour réitérer notre solidarité au peuple syrien et augmenter notre aide, pour manifester notre solidarité avec les pays voisins de la Syrie qui accueillent les réfugiés par milliers, pour rappeler qu’il n’y aura pas d’impunité, pour encourager les responsables syriens à faire défection, pour aider l’opposition syrienne à se fédérer, créer une transition et préparer l’avenir, c’est-à-dire l’après Assad.

Questions /Réponses

Q : Nous avons une catastrophe humanitaire qui se déroule actuellement en Syrie, vous vous en êtes rendus compte un peu tard, mais mieux vaut tard que jamais, comment serez-vous à même de parler avec vos collègues au Conseil de sécurité, notamment avec la Russie et la Chine, pour surmonter les différences, pour trouver un terrain d’entente, pour sauver les civils syriens de la tragédie en cours, est-ce que vous pouvez le faire, est-ce que vous le ferez ?

S’agissant de la France, le message est clair et s’adresse au peuple syrien Assad va tomber mais nous ne vous laisserons pas tomber. Le Conseil de sécurité a été bloqué trois fois de suite à cause du véto de certaines puissances. Ce n’est pas parce qu’il a été bloqué qu’il faut lui refuser tout rôle C’est le Conseil de sécurité des Nations unies et pourtant il n’a assuré ni la sécurité ni l’unité. Mais William Hague comme moi-même, comme d’autres collègues, nous pensons que la légalité internationale est importante, et que le système des Nations unies est important. Et ce n’est pas parce qu’il y a eu, et il existe encore, un blocage sur une résolution politique qu’on ne doit pas avancer sur une résolution humanitaire. C’est pourquoi j’ai décidé, au nom de la France, de convoquer ce Conseil qui va essayer d’avancer autant qu’il pourra.

J’ai eu hier au téléphone Sergeï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères de Russie, pour me demander de l’excuser de ne pas pouvoir être là. Nous avons discuté du fond, nous allons rediscuter la semaine prochaine. Nous sommes en liaison avec la Chine. Mais nous sommes d’abord en liaison avec ceux de nos partenaires qui pensent la même chose que nous, avec les la résistance syrienne, et avec les pays voisins. Et puis nous sommes en liaison avec le nouveau médiateur, M. Brahimi, que nous allons voir dans quelques instants, que j’ai invité pour qu’il puisse s’entretenir avec un certain nombre de ministres.

C’est un travail difficile, il ne faut pas le dissimuler, mais nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir et il faut que le peuple syrien, qui veut la paix, sache qu’il y a des nations, une majorité de nations, qui est à ses côtés. Voilà le sens de cette réunion.

Q : Est-ce qu’il n’y a pas une contradiction entre le fait de vouloir conserver la crise syrienne à l’ONU, comme vous le faites aujourd’hui, et les déclarations du président Hollande qui se dit prêt à reconnaitre unilatéralement un gouvernement de l’opposition syrienne ? Enfin, comment expliquez-vous l’absence d’Hillary Clinton à cette conférence d’aujourd’hui ?

Sur la première de vos questions : non il n’y a pas de contradiction. La France est respectueuse de la légalité internationale. Le fait que malgré les difficultés nous ayons convoqué cette réunion ministérielle du Conseil de sécurité s’inscrit dans notre respect de cette légalité internationale.

En même temps il faut faire bouger les choses. L’un des moyens de faire bouger les choses, c’est une évidence, c’est qu’il faut aider à ce que l’opposition se fédère ; ça ne dépend pas de nous, c’est aux Syriens de le faire, et ce n’est pas facile, puisqu’il y a des habitudes séparées, il peut y avoir telle ou telle contradiction. Mais il est évident que le clan – je ne parle pas de régime, je parle de clan- de Bashar el-Assad joue sur cela pour le moment ; Il dit dans son attitude criminelle, sans doute, c’est un euphémisme, il y a des problèmes mais quel est l’autre terme de l’alternative et l’autre terme de l’alternative, évidemment, ça doit être une opposition largement unie.

C’est pour ça que, par différents canaux, aussi bien ici qu’ailleurs, la France et d’autres pays, et c’est le cas aussi de la Grande Bretagne, essaie de favoriser ce regroupement. Nous souhaitons qu’il soit le plus rapide possible puisque nous comprenons bien que s’il y a avait ce regroupement, cela changerait la donne.

Ce qu’apporte en plus la France, ce sont deux choses : un élément est que nous demandons que cette force alternative soit très large, c’est-à-dire, dans un français traduit de l’anglais, « inclusive ». Et nous demandons de cette force qu’elle garantisse le respect des différentes communautés. Il faut que les différentes communautés qui sont en Syrie, aussi bien les chiites, les sunnites, les alaouites, les chrétiens et les autres sachent qu’avec le nouveau régime, ils seront protégés.

Et nous disons en plus – ça c’est une avancée de la France- que dès lors que cette large représentativité aura été obtenue, cette inclusivité, et que les garanties auront été déclarées, et que cette unité aura été réalisée, il faudra que les puissances reconnaissent cette nouvelle entité. Et la France le fera.

Quant à la représentation ministérielle, nous avons huit ou neuf ministres qui sont ici présents. Hillary Clinton s’est excusée auprès de moi. Ce sera la représentante permanente des Etats-Unis, qui d’ailleurs a rang de ministre, qui sera là. Le fait que nous ayons, malgré des difficultés, plusieurs ministres qui soient là, ministres de membres permanents du Conseil de sécurité, de membres du Conseil de sécurité, des pays voisins, montre l’importance de cette réunion.

Q : Revenons a l’humanitaire. On a parlé des zones tampons dont voudrait la Turquie. Est- ce réaliste ou irréaliste, comme le dit Bashar el-Assad ?

La Turquie a abordé cette question et nous le ferons avec notre confrère et collègue Davotuglu que nous avons invité et qui est présent. Il y a un problème sérieux qui se pose en Turquie comme dans d’autres pays qui sont adjacents, c’est qu’il y a de plus en plus de réfugiés. La Turquie, la Jordanie, le Liban – il faut éviter une contagion entre la situation syrienne et la situation libanaise, l’Irak aussi. Cette notion de zone tampon a été évoquée par notre collègue turc. Nous en discutions avec William Hague à notre conférence, tout est sur la table. Il faut examiner les différents éléments, il ne faut pas dire tout de suite oui ou tout de suite non. Simplement, il faut aussi regarder les réalités, nous allons en discuter.

D’abord, le principe qui est le nôtre c’est d’agir sur une base de légalité internationale. Ensuite, il y a un problème de localisation géographique. En tout état de cause, ceci n’est pas exclusif mais c’est un point sur lequel je veux mettre l’accent, nous pensons qu’il faut être particulièrement attentifs aux zones déjà libérées, qui sont entrain de se libérer. Il y a en Syrie des zones qui sont déjà libérées et qui sont contrôlées par les forces de la résistance.

Nous souhaitons apporter notre aide -aide matérielle, aide administrative, aide de toute sorte, à ces zones déjà libérées. Et dans les soutiens financiers supplémentaires qu’annonce la France aujourd’hui, de 5 millions d’euros par rapport à ce que nous avions déjà envisagé d’une vingtaine de millions d’euros, ce soutien ira pour une part à ces zones libérées, toujours dans l’esprit qui est le nôtre de préparer le « day after ». Parce que ces zones libérées, leurs responsables joueront un rôle important dans le futur.

Q : Qu’allez-vous dire aux réfugiés syriens à la frontière qui souffrent et pour lesquels vous avez convoqué cette réunion très importante du Conseil de sécurité, lorsqu’ils vont vous dire « nous comprenons qu’il vous faut une résolution [du Conseil de sécurité] pour avoir des zones sûres, pour avoir des couloirs, des zones d’exclusion aériennes ». Dans le cas du Kosovo, vous ne l’avez pas fait. Pourquoi est-ce que le Kosovo le mériterait davantage, alors que la situation est beaucoup plus tragique en Syrie qu’au Kosovo » ? Qu’allez-vous dire aux Syriens qui se tournent vers vous pour l’assistance ?

C’est une question qui ne se pose pas au conditionnel, mais qui se pose au présent, car j’étais moi-même, il y a de cela un peu plus de deux semaines, dans les camps. Et j’ai vu les personnes dont vous parlez. Ils m’ont dit, avec une force et une émotion considérables que je vais essayer de retraduire (…), exactement ce que vous dites. Beaucoup de mamans avec de touts petits enfants qui n’ont pas de lait, pas de couches, pas de médicaments, qui disent « on en a assez des discussions juridiques ». Et ils sont même plus direct que ce que vous disiez : « envoyez des avions ! ». J’ai vu cela à la fois en Jordanie dans le désert avec la tempête de sable qui n’est pas loin. J’ai vu cela d’une autre façon en Turquie dans des conditions différentes, parce que les moyens de la Turquie sont plus importants que les moyens de la Jordanie. Le problème existe en Irak ; le problème existe d’une façon différente mais aussi très fortement au Liban.

C’est une des raisons pour lesquelles j’ai demandé aux gouvernements des pays voisins, à leur gouvernement, d’être là cet après-midi. Il y aura aussi le représentant de M. Assad, on verra ce qu’il a à nous dire. Mais ce n’est pas cela l’important, parce que notre jugement est fixé sur le clan Assad : c’est un clan criminel. Et les criminels doivent être jugés et punis.

Mais ces gens qui n’y sont pour rien du tout, qui ont été déchaussés, ils se tournent vers nous et ils disent « aidez-nous ».

C’est vrai que nous croyons à la légalité internationale. Nous apportons toute sorte d’aide. Mais en même temps, comme l’a formulé William Hague, nous sommes à la fois respectueux de la légalité internationale, mais nous n’excluons aucune solution car nous ne savons pas comment le conflit va se développer.

Si M. Bashar el-Assad tombe vite –ce que nous souhaitons-, la reconstruction aura lieu. Mais admettez que par malheur cela se prolonge. Alors il faut examiner la diversité des solutions. Nous ne sommes pas venus en disant « ce sera toujours comme ça et jamais comme ça » ; nous sommes des gens réalistes.

Mais croyez-moi, j’ai dans la mémoire non seulement votre question mais ce que j’ai entendu, dont je me souviendrai toute ma vie.


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