La France et le Rwanda
Brève
L’Ambassadeur pour les droits de l’Homme, M. François Zimeray, s’est rendu à Kigali les 6 et 7 avril comme représentant officiel du gouvernement français lors de la XVIIIème commémoration de ce génocide.
Présentation
Relations politiques
Dans les années 90, la France a participé aux efforts de la communauté internationale pour tenter d’enrayer la montée des tensions dans ce pays, lequel avait déjà connu de graves violences intercommunautaires au cours des années 70.
Sur le plan bilatéral, la France menait avec le Rwanda une politique de coopération à la fois civile et militaire destinée à favoriser le développement et la stabilité du pays et de la région des Grands Lacs.
Notre coopération, s’inscrivant dans les grandes orientations du discours de la Baule (juin 1990), visait à inciter le gouvernement en place à instituer le multipartisme (Constitution de juin 1991). La France pesait aussi pour qu’une solution au problème des Rwandais réfugiés à l’extérieur soit trouvée.
Notre politique ambitionnait d’éviter toute déstabilisation du pays afin de préserver les chances d’une solution négociée au conflit. Une centaine de coopérants et de volontaires civils français étaient présents au Rwanda, essentiellement dans les secteurs de l’enseignement, du développement rural, de la santé et de l’appui aux administrations et aux entreprises. La mission militaire de coopération à Kigali comptait 18 officiers et sous-officiers essentiellement pour le soutien à la gendarmerie rwandaise.
Sur le plan diplomatique, la France s’efforcait de maintenir le contact entre le FPR et le gouvernement rwandais par des rencontres (Paris, octobre 1991, janvier et juin 1992), qui permirent le lancement des négociations d’Arusha (juillet 1992), puis la signature de l’accord de paix du 4 août 1993. A Arusha, la France a constamment encouragé la délégation rwandaise à accepter la logique du partage du pouvoir, et, de fait, poussé le président Habyarimana à renoncer à l’essentiel de ses prérogatives.
Parallèlement, la France a mené une intense activité diplomatique au sein du Conseil de sécurité pour que soit mise en place une force internationale garante de l’application de l’accord d’Arusha (création de la MINUAR par la résolution 872 du 5 octobre 1993).
La France n’est intervenue à nouveau militairement qu’après le déclenchement du génocide, d’abord dans le cadre de l’opération Amaryllis (9-14 avril 1994), qui a permis l’évacuation de plus de 1 300 ressortissants français et étrangers, puis dans le cadre de l’opération Turquoise (22 juin-21 août 1994). Cette opération, placée sous mandat du Conseil de sécurité, a été voulue par la France au nom d’une exigence morale face à l’inaction de la communauté internationale. Cette opération fut la seule opération humanitaire d’ampleur engagée pour sauver les populations menacées.
Depuis 1994, le dialogue avec le Rwanda a été régulier, notamment en vue de l’instauration d’une paix durable dans la région des Grands Lacs (visite conjointe franco-britannique des ministres des affaires étrangères, M. Védrine et M. Straw à Kigali le 22 janvier 2002, visite de M. de Villepin à Kigali dès septembre 2002, présence de M. Muselier aux cérémonies de commémoration du génocide à Kigali en avril 2004, entretien entre M. Michel Barnier et son homologue rwandais, M. Charles Murigande, le 28 juillet 2004 à Pretoria, entretien entre M. Douste-Blazy et M. Murigande en marge de la réunion ministérielle Afrique-France en juin 2005 puis du sommet Afrique-France de Bamako en novembre 2005, mission du Sénat français en juin 2006).
Le travail effectué en 1998 par la mission parlementaire d’information sur les opérations militaires menées au Rwanda par la France, présidée par M. Paul Quilès, a restitué toute la complexité des facteurs qui ont mené à la tragédie d’avril 1994.
Cette analyse a consisté en un effort de vérité, menée de manière approfondie sur la politique de la France au Rwanda à cette époque. Il a souligné sans ambiguïté en 1998 que, "face à la montée de la violence et des massacres, la France n’a en aucune manière incité, encouragé, aidé ou soutenu ceux qui ont orchestré le génocide et l’ont déclenché dans les jours qui ont suivi l’attentat."
La mission n’en a pas moins jeté un regard critique sur la politique de la France au Rwanda entre 1990 et 1994. Elle a pointé notamment des "erreurs d’appréciation", parmi lesquelles une "coopération militaire trop engagée" qui a conduit les soldats français à la limite de l’engagement direct dans le conflit, ainsi que "la sous-estimation du caractère autoritaire, ethnique et raciste du régime rwandais" qui a amené la France à ne pas porter "un regard suffisamment critique sur les réalisations et la politique du Président Habyarimana et de certaines forces politiques rwandaises".
La mission a également souligné les limites de la politique de "cessez-le-feu à tout prix" qui a conduit la France à rester jusqu’en juin 1994 en contact avec toutes les parties, dont le Gouvernement intérimaire responsable du génocide et a considéré que la France avait commis sur ce point une "erreur". Tout en soulignant "qu’aucun esprit doué de raison, même des plus pessimistes et des plus connaisseurs de l’Afrique, ne pouvait envisager ce qui dépasse l’entendement".
Concluant à la responsabilité du Front patriotique rwandais de Paul Kagame dans l’attentat contre le Président Habyarimana abattu le 6 avril 1994, le magistrat instructeur Jean-Louis Bruguière, émettait, le 22 novembre 2006, neuf mandats d’arrêt contre des proches du président rwandais Paul Kagame sur plainte des familles de l’équipage français de l’avion.
Les autorités rwandaises ont immédiatement réagi à ces démarches en rompant les relations officielles avec la France le 24 novembre 2006. Elles ont, en outre, rendu public le 5 août 2008 le rapport de la « Commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves montrant l’implication de l’Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994 » impliquant 33 personnalités politiques et militaires françaises.
Depuis juin 2007, la situation avait connu des évolutions encourageantes dans la voie de la normalisation. Les gestes d’ouverture de la France avaient reçu un accueil favorable de la part des autorités rwandaises et un dialogue direct avait pu être rétabli avec Kigali :
entretiens du Président de la République avec le Président Kagame à l’occasion du sommet UE/Afrique de Lisbonne le 8 décembre 2007 et à l’occasion de l’AGNU à New York en septembre 2008 ;
allocution du Président de la République à Lisbonne faisant référence aux "faiblesses" ou aux "erreurs" de la communauté internationale, "France comprise", face au génocide rwandais ;
visites de M. Kouchner à Kigali le 26 janvier et le 2 novembre 2008 indiquant "qu’il y avait une erreur politique" ;
mise en place d’un groupe de travail chargé du dialogue franco-rwandais (réunions en septembre 2007 à Kigali, en janvier 2008 à Paris et en juillet 2008 à Kigali) ;
au Conseil de sécurité des Nations-Unies, nous avons répondu aux attentes rwandaises en promouvant l’adoption de la résolution 1804 (13 mars 2008) contre les groupes armés rwandais opérant dans l’Est de la RDC, en particulier les rebelles hutus des FDLR, dont le noyau dur est composé d’anciens génocidaires ayant fui le Rwanda en 1994 ;
participation du ministreministre des AffairesAffaires étrangères et européennes et de la secrétairesecrétaire d’Etat aux AffairesAffaires étrangères et aux droits de l’Hommel’Homme aux cérémonies de commémoration du génocide rwandais à Paris en 2008 et 2009 ;
déplacement de magistrats français à Kigali en novembre 2009 pour enquêter sur les plaintes visant des Rwandais installés en France et soupçonnés d’être impliqués dans le génocide ;
déplacement de magistrats français et d’experts dans le cadre de l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana (sept. 2010).
Le 29 novembre 2009, la France et le Rwanda ont décidé de rétablir leurs relations diplomatiques et ont procédé à la nomination de leurs ambassadeurs début 2010. Une visite du ministre des AffairesAffaires étrangères en janvier 2010 suivie du déplacement du chef de l’Etat le 25 février dernier à Kigali symbolisent la normalisation des relations diplomatiques entre les deux pays.
Vingt-cinq ans après la dernière visite d’un président français au Rwanda, M. Sarkozy a déclaré « ce qui s’est passé ici est inacceptable, mais ce qui s’est passé ici oblige la communauté internationale, dont la France, à réfléchir à ses erreurs qui l’ont empêchée de prévenir et d’arrêter ce crime épouvantable ». Le chef de l’Etat a aussi évoqué de « graves erreurs d’appréciation, une forme d’aveuglement quand nous n’avons pas vu la dimension génocidaire du gouvernement du président qui a été assassiné, des erreurs dans une opération Turquoise engagée trop tardivement et sans doute trop peu. »
Le 11 septembre 2011, M. Sarkozy a reçu M. Paul Kagame, Président de la République du Rwanda, pour un déjeuner de travail à l’occasion de la visite officielle que celui-ci effectuait en France jusqu’au 12 septembre. Cette visite, la première d’un Président rwandais depuis 1994, faisait suite à celle que le chef de l’Etat a effectuée à Kigali le 25 février 2010, au lendemain du rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda. Elle constitue une nouvelle étape dans le processus de normalisation entre les deux pays, fondé sur le dialogue et le respect mutuel.
A l’occasion de ce déplacement, le chef de l’Etat rwandais s’est notamment entretenu avec M. Abdou Diouf, secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), afin d’évoquer les grands dossiers internationaux et régionaux, et particulièrement la situation dans la région des Grands Lacs. La coopération avec l’OIF et ses opérateurs, qui mènent différents programmes de coopération au Rwanda, ont également été au cœur de cet entretien.
Le 10 janvier 2012, la publication d’un rapport d’expertise sur l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana commandé par les magistrats Marc Trevidic et Nathalie Poux, qui ont succédé au magistrat instructeur Jean-Louis Bruguière, est venue conforter l’hypothèse d’un tir de missile provenant du camp militaire Kanombe, tenu par des loyalistes. Accompagnés d’une équipe d’experts, les magistrats Marc Trevidic et Nathalie Poux se sont rendus au Rwanda au mois de septembre 2010 afin de reconstituer les conditions de l’attentat et déterminer les lieux possibles des tirs ayant abattu l’avion présidentiel.
Ce rapport est venu fragiliser la thèse du magistrat instructeur Jean-Louis Bruguière, qui s’orientait vers une responsabilité du FPR. Les autorités rwandaises ont réagi positivement à la publication de ce rapport, estimant qu’il confortait la position exprimée par le gouvernement rwandais sur les circonstances entourant les événements de 1994.
Relations économiques
Les échanges commerciaux entre la France et le Rwanda en 2009
Notre excédent commercial a progressé en 2009 de +22%, pour s’établir à 9,5 M€. Le Rwanda se situe au 167ème rang (5 places de moins qu’en 2008) de nos clients, au 189ème rang de nos fournisseurs (1 place de moins) et au 94ème de notre excédent commercial (8 places de moins).
Un solde commercial en progression
Le rétablissement de la paix et la poursuite des réformes structurelles, combinés au fort soutien des bailleurs de fonds (46% du budget), ont permis à l’Etat rwandais de réaliser des progrès en matière de gouvernance et de croissance économique. La croissance du PIB réel s’est poursuivie en 2009 (+11,2% contre 8,5% en 2008), grâce aux bonnes performances des secteurs de l’agriculture, manufacturier, du BTP et des services (transport et finances).
Enfin, la contribution française au Rwanda par le biais de la coopération européenne s’élève à 17,5 millions d’euros dont 16,2 millions d’euros au titre du FED pour l’année 2008. La part européenne représente 38 % de l’aide totale française au Rwanda en 2008.
La coopération européenne
La Stratégie Pays adoptée par la Communauté européenne pour le 9ème Fonds Européen de Développement (FED) 2008 – 2013 a été conçue à partir de la stratégie du gouvernement rwandais, du CSLP et des grandes orientations de l’Accord de Cotonou, conclu en 2000 entre l’Union européenne (UE) et les pays ACP et révisé en 2005. Le 10ème FED, quant à lui, bénéficie d’une enveloppe de 290 millions d’euros.
Trois secteurs de concentration ont été définis :
1. Développement économique et réduction de la pauvreté : une aide budgétaire globale, d’un montant de 175 millions d’euros, soit 60% de l’enveloppe, soutient le processus CSLP du Rwanda en visant l’amélioration de sa performance économique, de la gestion de ses finances publiques et de ses résultats dans les secteurs sociaux.
2. L’infrastructure pour l’inter-connectivité régionale : (50 millions d’euros, 17% des fonds). L’infrastructure est soutenue par un appui budgétaire sectoriel pour le secteur des transports, combiné avec un soutien institutionnel et un renforcement des capacités pour les acteurs publics et privés. Une aide est également apportée aux projets régionaux dans le domaine des transports et de l’énergie.
3. Le développement rural : (40 millions d’euros, soit 14% des fonds). Cette aide appuie les activités de décentralisation et de développement rural au niveau des districts.
Les interventions hors domaines de concentration (25 millions d’euros, 9% des fonds) concernent principalement, le soutien à la bonne gouvernance, la gestion économique, l’appui à l’intégration commerciale et régionale et une facilité de coopération technique.
La coopération multilatérale
Le montant de la contribution française à travers l’aide multilatérale s’élève à 26 millions d’euros. Elle représente 56 % de l’aide totale française au Rwanda. Celle-ci est composée de contributions aux fonds thématiques à hauteur de 14,6 millions, d’une participation via la Banque africaine de développement d’un montant de 5,3 millions et d’une contribution via la Banque mondiale de 5,6 millions d’euros.
Coopération culturelle, scientifique et technique
Le montant de l’aide bilatérale nette versée au Rwanda en 2008 est de 2,76 millions d’euros. Elle est principalement constituée d’écolages (à hauteur de 1,92 millions d’euros soit 69 %) et d’allégement de dette (0,5 millions d’euros soit 18 %).
L’aide bilatérale nette représente 6 % de l’aide totale française en 2008 dans ce pays. La faiblesse de cette coopération s’explique par l’interruption de nos relations diplomatiques en 2006 qui a entraîné le gel du Document Cadre de Partenariat (DCP) d’un montant prévisionnel compris entre 25 et 35 millions d’euros prévu sur la période 2007–2011.
Depuis le rétablissement des relations diplomatiques, un contrat de désendettement et de développement sur trois ans a été signé (26 mars 2010) pour un montant de 3,3 M€ portant sur le secteur de l’energie rurale.
Par ailleurs, l’école saint-exupéry a rouvert ses portes (20 septembre) et Radio France Internationale émet de nouveau au Rwanda. Enfin, le projet d’un nouveau centre culturel est actuellement en phase d’étude. Les premiers travaux de construction de ce nouveau centre culturel franco-rwandais débuteront au cours de l’année 2012.
A la suite de la visite du Président Paul Kagame à Paris au mois de septembre 2011, l’Agence Française de Développement (AFD) va augmenter ses engagements au Rwanda de 23,7 M€ actuellement à 42,2 M€. Dans le domaine économique, l’AFD prévoit d’accroître son soutien aux PME rwandaises à travers le secteur bancaire local.
L’action culturelle est également une dimension importante de la coopération bilatérale. Elle se caractérise notamment par l’accueil d’étudiants rwandais en France, pour lesquels le nombre de bourses a doublé, et le soutien au multilinguisme au Rwanda.
Mise à jour : 22.02.13
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