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La France et la Roumanie

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Brève

Entretiens de MM. Laurent Fabius et Thierry Repentin avec le ministre roumain des Affaires étrangères (Paris, 11 juin 2013)

Les ministres ont évoqué l’actualité européenne et notamment la mise en œuvre de l’union bancaire, l’approfondissement de l’union économique et monétaire et la négociation du budget européen pour la période 2014-2020.

Présentation

Relations politiques

Les liens culturels entre nos deux pays sont pluriséculaires. La diffusion de la langue française en Roumanie remonte au XVIIIème siècle, alors que les principautés roumaines de Valachie et de Moldavie se trouvaient encore sous domination ottomane et que les fils des grandes familles roumaines venaient faire leurs études à Paris.

La France a, au cours des siècles, accueilli de nombreux intellectuels, chercheurs, artistes d’origine roumaine : Cioran, Brancusi, Eliade, Ionesco, Anna de Noailles, Enesco…

Les relations politiques entre la France et la Roumanie sont également anciennes. Elles prennent leur origine dans le rôle joué par Napoléon III pour la création du jeune Etat roumain sur la scène européenne au XIXème siècle, puis dans l’aide apportée par la France à l’édification de ce nouvel Etat (concurrencée toutefois par l’Allemagne).

La Première Guerre mondiale a fait naître une fraternité d’armes durable. Sous le régime communiste, des liens se sont maintenus (visite du Général de Gaulle en Roumanie en mai 1968). Le soutien appuyé et constant apporté par la France à la double candidature de la Roumanie à l’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN s’est inscrit dans cette tradition de relations privilégiées unissant nos deux pays.

La France dispose par ailleurs avec la Roumanie dans les enceintes multilatérales d’un allié dont la proximité nous est précieuse.

Visites récentes

Le premier ministre Victor Ponta a été reçu à Paris le 21 février 2013 par le Président de la République ainsi que par le Premier ministre, avec lequel il a signé la nouvelle feuille de route (2013-2018) du partenariat stratégique signé en 2008 entre les deux pays.

Le Ministre de l’intérieur Manuel Valls et le Ministre chargé des Affaires européennes se sont rendus en Roumanie les 12 et 13 septembre 2012. Cette visite a été principalement consacrée à la question de l’intégration des Roms en Roumanie.

Elle a notamment permis la signature d’un accord entre le gouvernement roumain et l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). Les questions européennes ont également été à l’ordre du jour (crise de la zone euro, perspectives financières).

La dernière visite du Président de la République française en Roumanie a eu lieu en février 2008. Cette visite a permis de concrétiser la volonté des deux pays de relancer la relation bilatérale en mettant en place un partenariat stratégique, dont la mise en œuvre est encadrée par une feuille de route, qui a été agréée à l’occasion de la visite à Paris du Premier ministre roumain le 22 avril 2008.

La dernière visite à Paris du président roumain Traian Basescu a eu lieu les 18 et 19 mai 2009. Le ministre roumain des Affaires étrangères, Teodor Baconschi, s’est quant à lui rendu à Paris le 5 avril 2011 pour un entretien avec le Ministre d’Etat Alain Juppé.

Le groupe d’amitié France-Roumanie de l’Assemblée nationale est présidé par le député Lionnel Luca et celui du Sénat par le sénateur Bernard Fournier.

Relations économiques

Notre déficit commercial avec la Roumanie est en cours de résorption

Le commerce bilatéral de la France avec la Roumanie est déficitaire (- 230 M €). Les échanges commerciaux entre les deux pays s’établissent à 6,23 Mds € en 2012 (3 Mds € d’exportations françaises, 3,23 Mds € d’importations en provenance de Roumanie).

La structure et l’ampleur du commerce bilatéral sont en grande partie déterminées par la nature des investissements français en Roumanie, majoritairement concentrés dans l’industrie. En 2012, nos échanges commerciaux sont en hausse de 2%. Après une période de forte progression des exportations roumaines vers la France, ce sont à présent les exportations françaises vers la Roumanie qui continuent d’augmenter, quoique modérément, (+4,2%) alors que les ventes roumaines en France stagnent (+0,2%).

La France, qui enregistrait traditionnellement un excédent commercial vis-à-vis de la Roumanie, a vu sa position se renverser rapidement en 2008-2010 sous l’effet de la crise. Depuis 2010, notre déficit commercial se résorbe (-38,5% en 2011, -34,5% en 2012), ce qui correspond en fait à un retour progressif à la « normale ».

Un poste déséquilibre encore considérablement la balance entre nos deux pays : les véhicules automobiles, où notre déficit approche 800 M€ (pour un déficit commercial total de 230 M€). On peut penser que le déficit accumulé par la France continuera à se résorber au fur et à mesure de la sortie de crise, avec une reprise de la consommation en Roumanie et une réorientation de la demande française vers d’autres segments de produits. Cela dépendra également de la capacité de la Roumanie à diversifier son offre exportable et cultiver ses avantages comparatifs.

Investissements : un positionnement stratégique dans l’économie roumaine

Le haut du classement des pays investisseurs en Roumanie est resté figé en 2011 pour la troisième année consécutive, Pays-Bas en tête avec 21,7% de parts de marché (biais statistique), suivis de l’Autriche (17,5%), de l’Allemagne (11,4%) et de la France. Celle-ci améliore nettement ses positions : avec un stock de 5,04 Mds d’€, elle occupe une part de 9,1%, contre 8,3% un an plus tôt et reste en quatrième position (si on corrige le biais statistique néerlandais).

Cette amélioration s’explique notamment par le positionnement stratégique et durable des investisseurs français en Roumanie, qui occupent souvent la 1ère ou la 2ème place dans leurs activités respectives, secteurs-clés de l’industrie et des services : BRD (groupe Société générale), deuxième banque du pays ; Orange, premier opérateur mobile ; GDF Suez, qui gère plus de la moitié de la distribution nationale du gaz, Sanofi, premier producteur et fournisseur de produits pharmaceutiques…

L’exemple le plus emblématique est sans doute Renault-Dacia, 1er exportateur roumain, qui a poursuivi un ambitieux programme d’investissement ces dernières années (150 à 250 M € par an) pour l’extension de ses capacités ou encore la création d’un centre d’essais Renault Technologie Roumanie (inauguré en 2010 pour un investissement total qui devrait atteindre 450 M€ à terme).

De nouveaux projets sont en cours et pourraient alimenter les flux d’investissements dans un avenir proche : développement de l’usine de Michelin à Zalau, extension de l’usine de Valeo à Timisoara, nouveau parc éolien de GDF Suez à Braila, rachat d’une raffinerie de sucre par Tereos, reprise de marques d’huile par Sofiprotéol (sous réserve de la validation de l’autorité de concurrence)…

AREVA est présent dans la filière nucléaire à travers un contrat de fourniture de systèmes de ventilation, signé en janvier 2012, avec le canadien SNC-Lavallin, qui est chargé de moderniser les réacteurs 1 et 2 de la centrale de Cernavoda. La difficulté à financer la construction des réacteurs 3 et 4 de cette même centrale pourrait donner ses chances au projet de deuxième centrale, qui représenterait alors une véritable opportunité pour le réacteur de moyenne puissance ATMEA1, développé conjointement par AREVA et le japonais MHI.

Après le temps de grands groupes pionniers, ce sont à présent les PME qui forment la grande majorité de la présence française en Roumanie (on recense en tout environ 3500 entreprises françaises en Roumanie). La plupart de ces PME se sont installées à la demande de leurs donneurs d’ordre (par exemple, les équipementiers automobiles dans le sillage des grands constructeurs).

Les PME sont également très actives dans les domaines de l’ingénierie, des TIC et des jeux vidéo. Par ailleurs, de plus en plus d’entreprises à capitaux français sont de très petites implantations locales détenues par des Français, notamment dans le secteur des services (hôtellerie, restauration, tourisme).

Coopération culturelle, scientifique et technique

La Roumanie, pays francophone et membre actif de l’OIF

Le français est aujourd’hui étudié par plus de la moitié des élèves et parlé par un Roumain sur cinq, mais est menacé par la montée rapide de l’anglais. En réponse aux besoins de la Roumanie de former rapidement des élites administratives, la France poursuit son action de soutien à la formation technique et linguistique des cadres administratifs, cette dernière s’inscrivant dans le plan pluriannuel, de « relance de l’apprentissage du français dans l’administration roumaine », mis en œuvre depuis 2004.

La loi sur l’éducation du 20 octobre 2010 maintient l’évaluation de deux langues de circulation internationale au baccalauréat. Cela constitue une victoire des défenseurs du français contre un projet qui visait à ne laisser subsister qu’une langue, ce qui aurait fortement pénalisé le français, aujourd’hui appris par 1,7 millions d’élèves roumains.

La Roumanie, membre à part entière de la Francophonie depuis le Sommet de l’Ile Maurice en 1993, a accueilli le XIème Sommet de la Francophonie les 28 et 29 septembre 2006.

Notre coopération culturelle et linguistique est dans ce contexte intense. Elle s’appuie en Roumanie sur un réseau ramifié d’institutions : l’Institut français de Roumanie, avec trois antennes en province (Cluj-Napoca, Iasi, Timisoara), cinq Alliances françaises (Brasov, Constantza, Craiova, Pitesti, Ploiesti) et le Lycée français de Bucarest "Anna de Noailles", à qui le gouvernement roumain a attribué à titre gratuit un terrain pour la construction d’un nouvel établissement, qui devrait être inauguré en juin 2013.

Ce dispositif est complété par des sections bilingues dans l’enseignement secondaire (59), des filières francophones (10), des modules d’enseignement francophone de 3ème cycle (17) et dans le supérieur (70), le tout appuyé par un important programme de bourses d’études.

La France accueille près de 5.000 étudiants roumains (première destination pour les jeunes roumains) et la Roumanie plus de 1.000 étudiants français.

En 2012, le montant de l’enveloppe de l’ambassade dédiée à la coopération culturelle, scientifique et technique s’élève à 2,3 millions d’euros.

Une coopération dans le secteur de la gouvernance articulée entre Etat, collectivités et ONG.

Notre coopération dans le domaine de la gouvernance accompagne la Roumanie dans ses efforts de réforme et de modernisation de l’administration et de son système judiciaire et vise à améliorer la cohésion territoriale ainsi que la cohésion sociale dans le pays d’Europe marqué par les plus fortes disparités interrégionales et sociales.

L’entrée dans l’espace Schengen reste très attendue et les objectifs du Mécanisme de coopération et de vérification (MCV) n’ont pas encore été atteints : en effet, en dépit des progrès très importants réalisés par la Roumanie, la réforme judiciaire et la lutte contre la corruption demeurent un sujet de préoccupation.

Par ailleurs la Roumanie peine à tirer profit des fonds européens dont elle pourrait bénéficier (le taux de consommation des fonds reste inférieur à 10%) et ne parvient pas à gérer de manière efficace les fonds structurels.

Dans ce contexte, la coopération bilatérale se poursuit et se concentre sur des thématiques prioritaires pour ce pays européen qui peine à structurer et à territorialiser les politiques publiques indispensables à son développement sur le long terme.

Les projets mis en œuvre visent à développer les coopérations dans le domaine de la réforme administrative, de la décentralisation, de la gestion des fonds européens, du pilotage des politiques sociales, (notamment en faveur des droits de l’enfant et de l’insertion des Rroms), de l’urbanisme, de l’agriculture et de la santé.

Par ailleurs, il convient de consolider la complémentarité avec les partenariats menés par collectivités sur l’ensemble du territoire roumain..La coopération décentralisée franco-roumaine est dense : on dénombre aujourd’hui plus de 250 partenariats, dont une cinquantaine concerne des projets structurants sur des thématiques au cœur des défis du développement local : éducation et jeunesse, développement économique et emploi, organisation des services sociaux et de santé, intégration sociale des populations défavorisées (dont les Roms), urbanisme, patrimoine et développement rural.

A ce jour, trois assises ont déjà eu lieu : en 2003 à Villefranche de Rouergue, en 2005 à Cluj et en 2007 à Nantes. L’objectif de la édition, qui se tiendra les 13 et 14 juin 2013, est de faire un point de situation sur les partenariats existants, mais également d’encourager de nouvelles coopérations en proposant un meilleur accompagnement des collectivités et un cadre d’action plus cohérent.

Ainsi, le poste souhaite proposer des outils de coordination à l’attention des collectivités afin de constituer, à terme, un réseau actif avec un meilleur partage de l’information.

Coopération franco-roumaine sur la problématique de l’intégration des populations roms

Une coopération bilatérale a été mise en place dans le but de lutter contre la criminalité des réseaux qui exploitent les populations roms, et de favoriser l’insertion et la réinsertion de ces populations en Roumanie.

Depuis fin 2011, une quinzaine de policiers roumains est affectée en France pour épauler la police française dans la lutte contre les réseaux criminels qui sévissent entre nos deux pays. D’autres échanges sont prévus dans l’optique de renforcer cette coopération. Le souhait de la France est que cette question soit débattue au niveau européen, afin de créer un cadre permettant aux Etats d’origine des populations roms d’assumer leur responsabilité de les intégrer.

Mise à jour : 25.04.13

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