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Pérou - Entretien de Laurent Fabius avec le quotidien péruvien « La Republica » (Lima, 21 février 2013)

Q - Monsieur le Ministre, peut-on dire que votre déplacement ouvre la voie à une possible visite du président Hollande ? Quand celle-ci pourrait-elle avoir lieu ?

R - Le président François Hollande a prévu de se rendre au Pérou à l’invitation du président Ollanta Humala, il en est heureux, la date n’est pas encore fixée.

Q - Je me permets de vous poser la question, car durant la visite en France, en novembre dernier, du président Ollanta Humala et de certains de ses ministres, les deux chefs d’État ont parlé de donner une « nouvelle dimension » aux relations entre nos deux pays : jusqu’à quel point pourrait aller cette « nouvelle dimension » et que comprendrait-elle ?

R - Nos deux pays ont toujours eu d’excellentes relations. Au Pérou, la présence française est importante ; réseau des Alliances française, lycée franco-péruvien, organismes de recherche (IRD, IFEA). Je m’en réjouis. Cependant, en dépit d’investissements français significatifs, nos relations économiques restent en deçà de ce qu’elles devraient être. La France n’est que le 22ème partenaire du Pérou, et le Pérou le 76ème pour la France. Il faut renforcer tout cela. Ma visite doit y contribuer.

Q - Quelle vision, le gouvernement français et vous-même, avez-vous du gouvernement du président Ollanta Humala ?

R - Le Pérou connaît depuis 10 ans une croissance économique impressionnante de 7 % environ par an, qui s’appuie notamment sur le développement des infrastructures. Le président Humala a fait le choix d’une politique d’inclusion sociale afin que ce succès économique profite à l’ensemble des Péruviens. La pauvreté, si elle n’a pas été supprimée, se réduit. Les progrès sont donc importants. Je note également, pour le saluer, que le Pérou connaît la plus longue période de régime démocratique de son histoire, une démocratie dont les institutions se consolident. Je veux apporter le salut amical du peuple français au peuple péruvien.

Q - En votre qualité de ministre des affaires étrangères, mais aussi en tant que figure du Parti socialiste français : considérez vous l’actuel modèle de développement économique et politique du Pérou comme le plus adéquat ou bien au contraire pensez vous qu’il est nécessaire d’approfondir davantage la question de la redistribution des richesses ?

R - Je ne me permettrais pas de porter un jugement de l’extérieur. Il me semble que face aux inégalités, votre gouvernement veut mettre en oeuvre une politique d’inclusion sociale : professionnalisation de la fonction publique, lutte contre le narcotrafic, programmes sociaux. Sur le plan de l’éducation, la France est heureuse d’apporter sa contribution à travers le programme Beca 18 qui permettra, à terme, l’envoi en France de 150 étudiants par an issus de milieux défavorisés.

Q - La lutte contre le narcotrafic est un sujet qui a retenu l’attention des deux chefs d’État en novembre dernier : quelles sont les mesures concrètes envisagées en la matière ?

R - En matière de coopération technique nous travaillons avec DEVIDA [l’agence de coordination pour la lutte antidrogue]. Nous le faisons à travers des programmes de formation à destination des policiers et magistrats péruviens en charge de la lutte contre la drogue, pour agir contre le blanchiment d’argent, établir un contrôle de zones (rivières, aéroports), etc. Nous participons également au programme de coopération de l’Union européenne et nous finançons un programme de l’ONUDC sur les facteurs de conversion de la feuille de coca. Je souhaite que cette coopération se développe au bénéfice de nos deux pays.

En matière de coopération policière, des opérations sont en cours. Pour ne citer qu’un exemple, la coopération avec la police péruvienne a abouti, en novembre dernier au démantèlement d’un réseau de trafiquants franco-espagnols opérant dans le sud de la France.

Q - Aujourd’hui, la France est le cinquième pays en terme d’investissements au Pérou avec près de 317 millions de dollars répartis entre environ 65 entreprises : à combien pourrait s’élever l’accroissement des investissements ?

R - Les entreprises françaises ont intérêt à investir dans un pays comme le Pérou, pays émergent à la croissance dynamique. C’est bon pour l’emploi au Pérou et en France. Le nombre des filiales françaises a augmenté de 50 % au cours des quatre dernières années. Les opportunités sont nombreuses dans les domaines de l’eau et de l’assainissement, de l’agroalimentaire, du tourisme, de l’énergie et des transports urbains notamment. Une délégation d’hommes d’affaires m’accompagne, ce qui illustre leur intérêt pour le Pérou. Il ne s’agit pas seulement d’établir une relation d’acheteur à vendeur, mais de créer de véritables partenariats en vue d’un développement durable, ce qui implique des transferts de technologie.

Q - Quelle mesure présenterez-vous au ministre de l’économie et des finances, M. Luis Miguel Castilla, durant la réunion à laquelle vous accompagneront les entreprises des domaines de l’énergie et des transports qui composent votre délégation ?

R - Un des enjeux de ma visite est l’arrivée au Pérou de l’Agence française de développement (AFD). Alors que le Pérou a besoin d’investir dans de grands projets d’infrastructure, elle apportera son expertise technique en matière d’ingénierie financière et sa capacité à monter de grands projets sectoriels en lien avec d’autres institutions financières internationales ou européennes.

Q - Sur ce point, au cours de la visite du président Ollanta Humala en France, celui-ci a proposé au président François Hollande des facilités pour inciter les investissements français dans les domaines de l’infrastructure, de l’énergie et de l’urbanisme : où en êtes-vous dans les négociations afin que davantage d’investisseurs français s’intéressent à notre pays, à quels secteurs pensez-vous ?

R - C’est un objet central de ma visite : appuyer des entreprises françaises intéressées par les opportunités au Pérou. Au cours de ce déplacement, ces entreprises vont pouvoir rencontrer les décideurs et les interlocuteurs dans leur secteur. Concernant les suites de la visite en France du président Humala, le ministre des transports et communications péruvien, M. Carlos Paredes, s’est rendu à Paris afin de signer deux accords concernant le secteur des transports urbains. Le ministre a également pu visiter des installations de transports publics parisiens à cette occasion.

Q - Quelles expériences ont les entreprises françaises dans des projets de grande envergure dans notre pays comme l’autoroute longitudinale qui traverse les Andes (sur 1800 à 2000 kms de long), l’aéroport de Chinchero à Cusco, le port de San Martin de Pisco ou le réseau de fibre optique ?

R - Les entreprises françaises ont une expérience reconnue dans ces domaines, mais leur intérêt est aussi orienté, à l’heure actuelle, sur les grands projets en matière de transports urbains, d’énergie, et d’eau et d’assainissement.

Q - La France propose d’impulser le développement des moyens de mobilité urbaine moins polluants et un meilleur accès des populations les plus vulnérables aux transports collectifs. À ce sujet, la France avait exprimé l’intérêt de participer à un projet du Train électrique. Qu’en est-il de cette possibilité ?

R - La France possède une longue expérience en matière de transports urbains et nos entreprises sont vivement intéressées par le développement de tous les modes de transports urbains, à Lima comme en province - métro, tramway, métro câble, etc. Elles suivent avec intérêt l’appel d’offre pour la ligne 2 du métro de Lima.

Q - La France brille par son développement éducatif et culturel : quelles expériences peut-elle transmettre au Pérou dans ces domaines.

R - Nous avons une coopération culturelle active à travers les alliances françaises ou l’ambassade et en particulier avec la mairie de Lima. En matière de coopération éducative, nous allons signer, à l’occasion de cette visite, un accord pour les étudiants péruviens qui partiront en France dans le cadre du programme « Beca 18 » et « Becas de excelencia ». À terme ce sont 400 boursiers qui devraient partir étudier en France chaque année d’ici à 2016. Nous avons également des échanges avec SERVIR sur la constitution d’une école de l’administration pour professionnaliser la fonction publique péruvienne.

Q - À ce sujet, nous savons que vous rencontrerez le ministre de la culture, M. Luis Peirano, et quelques intellectuels : cela donnera t-il lieu à une convention spéciale dans ces domaines ?

R - Nous évoquerons par exemple la coopération en matière de muséographie et les perspectives d’expositions à Paris sur le Pérou, sur l’art de la vice royauté au musée du Louvre, sur les civilisations Moche et Chimu au Musée des Arts premiers (Quai Branly).

Q - Une convention d’extradition sera également signée dans le but de renforcer les mesures communes de lutte contre le terrorisme et la délinquance organisée : quelles mesures seront comprises dans cet accord ?

R - Lors de la visite du président Humala, un traité de coopération judiciaire a été signé. Il s’agit d’une première étape. Avec la signature du traité d’extradition nous renforcerons notre coopération judiciaire afin notamment de lutter contre le narcotrafic. Il restera à concrétiser une troisième étape, un accord sur le transfèrement de prisonniers entre les deux pays. Comme vous le voyez, la coopération franco-péruvienne veut concerner tous les domaines.

Q - Si l’on se réfère à votre programme, on peut voir l’intérêt que vous portez au développement scientifique : au delà de la création en 2010 du Laboratoire andino-amazonien de chimie du vivant (LAVI), en collaboration avec l’Institut de recherche et de développement (IRD), dans quelle mesure la coopération scientifique est-elle présente au Pérou ?

R - La coopération scientifique et universitaire franco-péruvienne est déjà développée, notamment à travers les programmes de l’IRD et de l’IFEA. L’IRD représente au Pérou 25 chercheurs expatriés et 4 Laboratoires mixtes internationaux : LAVI, que je visiterai demain, sur les plantes médicinales ; DISCOH sur le courant de Humboldt, avec des recherches sur la physique de l’océan et sur la pêche ; EDIA qui effectue des recherches sur les poissons amazoniens, de la biologie moléculaire à l’aquaculture ; COPEDIM sur la relation géologie, érosion et gisement de cuivre, et une jeune équipe associée, VIP, qui travaille sur les volcans du Sud Pérou. Les thèmes de recherche correspondent à des questions importantes de recherche pour le développement du Pérou et participent à une meilleure connaissance des grands enjeux mondiaux.


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