Entretien de l’Ambassadeur de France au Mali avec le quotidien malien "Info-Matin" (30 mars 2012)
Q : Le fait que la France considère toujours Amadou Toumani Touré comme le seul président du Mali et exige son maintien au pouvoir ne dénote-t-il pas d’une immixtion de Paris dans les affaires internes du Mali en faveur d’un de ses protégés ?
R : Comme l’ensemble de la communauté internationale, à commencer par l’Union africaine, la France considère qu’Amadou Toumani Touré reste à ce jour le Président démocratiquement élu du Mali. Attaché à l’acquis démocratique dont le Mali peut se prévaloir depuis vingt et un an, elle condamne le coup d’Etat et se prononce pour un retour à l’ordre constitutionnel. Pour autant, pas plus que les autres pays, elle ne s’immixe dans les affaires internes du Mali. La solution à la crise malienne doit être malienne. A cet égard, la France a pris connaissance des déclarations du Président Amadou Toumani Touré selon lesquelles "à deux mois de la fin de son mandat, il restait disponible et surtout compréhensif pour toute solution allant dans le sens de l’apaisement et de la sauvegarde de la démocratie malienne". Ces propos sont, je crois, suffisamment clairs.
Q : Comment la France peut-elle convaincre l’opinion malienne qu’elle n’a pas donné le gite et le couvert à l’ancien président si c’est son ambassadeur le premier à rentrer en contact par téléphone avec lui et si ce sont les médias français (RFI et France 24) qui lui donnent le micro pour dire qu’il n’est pas arrêté ?
R : Le Président, il vous l’a dit, n’est pas prisonnier. Il peut donc prendre l’attache de qui il veut, quand il veut, d’où il veut.
Q : Comme beaucoup d’autres, la France a condamné le coup d’Etat et exigé le retour à la normalité constitutionnelle. Au-delà des annonces de principes, la France a-t-elle un plan de sortie de crise à proposer ou de concert avec la CEDEAO ?
R : La France a marqué dès le début sa disponibilité à œuvrer dans le sens d’un apaisement. Des mécanismes constitutionnels prévoient l’intérim du Président de la République. On pourrait s’en inspirer. Pour le cas où les mécanismes constitutionnels seraient respectés, la France pourrait apporter son soutien à un gouvernement d’union nationale englobant toutes les forces politiques maliennes en présence et dont les missions prioritaires seraient de faire face au défi alimentaire qui se pose au Mali, de reprendre le processus électoral pour doter dans les meilleurs délais le Mali d’un Président et d’une Assemblée nationale démocratiquement élus et de négocier un cessez-le-feu au Nord Mali.
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