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Conférence des Ambassadeurs – Rome - Discours de Laurent Fabius (21 décembre 2012)

Monsieur le ministre, Cher Giulio,

Madame et Monsieur les ministres,

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,

Mesdames et messieurs,

Je vous remercie chaleureusement de m’avoir invité à votre conférence annuelle. C’est pour moi un honneur et un bonheur d’être parmi vous. Vous consacrez en effet votre réunion à la diplomatie face à la crise économique et au rôle qu’elle doit jouer au service de la croissance. Or, j’ai fait du renforcement de la diplomatie économique une priorité de mon action de ministre français des Affaires étrangères.

De plus, je m’adresse à vous alors que les relations entre nos deux pays ont rarement – peut-être jamais - été aussi étroites et productives. Cela fait un peu plus de sept mois que le Président et le gouvernement ont changé en France. Or, au cours de cette période, ont eu lieu pas moins de trois déplacements du Président Hollande en Italie, une visite d’Etat du président Napolitano en France, trois visites en France du président du Conseil Mario Monti, un sommet franco-italien à Lyon et de nombreuses rencontres ministérielles bilatérales. Je ne compte plus pour ma part les occasions de rencontrer mon collègue et ami le ministre Terzi à Paris, Rome, Bruxelles ou encore la semaine dernière à Marrakech – pour travailler, je le précise.

Ces rencontres multiples s’expliquent par notre convergence sur de nombreux dossiers, notamment européens, et par notre volonté de travailler ensemble. Après une période de relations que je qualifierai diplomatiquement de « mouvementées », la France et l’Italie se sont retrouvées. Cela a été pour nous une grande satisfaction car, au vu de la proximité géographique, historique, culturelle, économique et souvent personnelle qui existe entre l’Italie et la France, nos pays ont une vocation naturelle à s’entendre. Il n’y a pas tant de pays au monde qui peuvent dire que leur amitié repose sur plus de deux millénaires d’échanges, d’apports mutuels, de destins communs et de croisements culturels aussi étroits et intenses que ceux qui existent entre nous.

Nous nous sommes retrouvés, aussi, car l’Italie a repris sa place et son rang. La France souhaite une Italie forte et entendue en Europe. C’est le cas. Votre pays est un des six membres fondateurs de la Communauté européenne, membre du G8, troisième économie de la zone euro. L’action des derniers mois, notamment le sommet de juin de l’Union européenne, ont rappelé le rôle indispensable de l’Italie. Ensemble, Italie et France, nous avons obtenu que l’Europe marche sur ses deux jambes : le sérieux budgétaire et l’impulsion économique, qui ne peuvent aller l’un sans l’autre. Le travail que nous avons mené ces derniers mois a remis l’Europe en marche sur le chemin de la sortie de crise. Evidemment, tout n’est pas réglé, mais ensemble nous avons pris la mesure des transformations majeures à opérer et commencé d’y procéder.

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Chers amis,

La crise que nous traversons n’est pas, en effet, une crise de conjoncture. On ne reviendra pas, après elle, exactement à la situation antérieure. Cette crise, ou plutôt devrais-je dire ces crises – à la fois politique, sociale, économique, financière, budgétaire, environnementale – s’accompagnent d’un véritable changement du monde.

Vous connaissez, comme moi, ces bouleversements. Vous les vivez. D’abord, l’Europe n’est plus le centre du monde. Elle reste la première zone économique de la planète, mais cette position est de plus en plus remise en cause par la croissance de l’Asie, de l’Amérique du Sud et demain de l’Afrique. Ce basculement du monde vers les puissances émergentes provoque des déséquilibres monétaires, financiers, commerciaux, sociaux nouveaux face auxquels nous sommes mal armés faute de structures de gouvernance globale permettant d’y apporter des réponses. C’est une autre caractéristique de ce nouveau monde : il est moins lisible et moins structuré. De bipolaire il est devenu non pas « multipolaire » mais fragmenté, éclaté même, sans qu’existe réellement une puissance ou une relation structurante. De même, le travail, l’emploi n’est évidemment plus celui de jadis. La compétition est devenue mondiale, les changements sont permanents, les distances ne comptent plus, la formation et la recherche sont déterminantes. J’ajoute que, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nos activités humaines menacent la planète elle-même. La croissance de nombreux pays provoque une augmentation des émissions polluantes et des rejets de gaz à effet de serre. La lutte contre le dérèglement climatique reste trop timide faute d’une approche coopérative à la mesure du danger.

Les défis qui se présentent à nous - Italie et France - en politique étrangère dans les 3 ou 4 années qui viennent sont largement en relation avec tous ces bouleversements.

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Dans ce contexte de fragmentation de la puissance, la résolution des crises politiques est rendue plus difficile. De nombreux foyers d’instabilité existent, qui peuvent nous menacer directement, et qui doivent faire l’objet d’une mobilisation de la communauté internationale. Je veux souligner face à ces crises la proximité de la France et de l’Italie. C’est le cas notamment face au drame syrien, au risque nucléaire iranien, aux tensions sur le processus de paix au Proche-Orient ou face à la menace terroriste au Sahel.

Dans la crise syrienne, nous devons, sur le plan humanitaire, maintenir notre mobilisation en apportant de l’aide aux populations et aux réfugiés ; sur le plan politique, en soutenant l’opposition ; sur le plan diplomatique, en agissant pour isoler le régime du clan Assad et pour le sanctionner. Sans qu’on puisse fixer une date, la fin du régime approche et l’opposition doit se préparer à gouverner, avec la structuration de la Coalition nationale syrienne qui préfigure le gouvernement de la Syrie libérée. L’Italie, comme la France, a reconnu la Coalition comme le représentant légitime du peuple syrien. C’est notre conviction, depuis le début, que le meilleur rempart contre le chaos et l’extrémisme, c’est le soutien à la Coalition nationale syrienne et l’appui à l’aspiration des Syriens à la liberté.

La crise sahélo-malienne devra également continuer de mobiliser toute notre attention. Là aussi, Italie et France sont à l’unission. La présence au nord du Mali de foyers narcoterroristes est un grave danger qui concerne aussi les pays voisins, l’ensemble de l’Afrique et l’Europe. Nous devons favoriser la négociation entre le Sud et le Nord. Avec l’action des pays africains et le soutien de l’Union européenne, la mise sur pied d’une force pour combattre le terrorisme au nord progresse. Un mandat des Nations-Unies a été donné hier par une résolution unanime du Conseil de Sécurité. Ces progrès sont importants et ils viennent récompenser les efforts qu’avec notamment l’Italie nous avons déployés.

Nous collaborons étroitement aussi sur l’ensemble du bassin méditerranéen, qui est notre patrimoine commun, et pour lequel la France et l’Italie ont un devoir : celui d’être des partenaires attentifs et actifs pour accompagner les aspirations des peuples de la rive Sud. Nous avons mis en place un groupe de travail bilatéral entre nos deux ministères afin de développer des actions communes pour une « Méditerranée de projets ». Nous agissons ensemble dans les enceintes comme le partenariat de Deauville, le 5+5 ou le secrétariat de l’UPM. Nous sommes présents notamment en Libye, pays qui entretient depuis longtemps une relation de proximité avec l’Italie.

Autre enjeu, la question du nucléaire iranien est un sujet de grande préoccupation. Une des plus graves incertitudes actuelles tient au risque de prolifération nucléaire et à ses conséquences. L’Iran a le droit, en application des traités internationaux, de se doter de capacités nucléaires civiles, mais la détention par lui de l’arme nucléaire porterait le risque de la prolifération nucléaire et d’une destabilisation de toute la région. Ce serait inacceptable.

L’Italie, comme la France, a enfin récemment voté pour la reconnaissance de la Palestine comme Etat non-membre observateur aux Nations-Unies. Ce vote n’est pas une fin en soi, mais une étape sur la voie de l’établissement souhaité de deux Etats vivant en paix et en sécurité. La garantie nécesaire de la sécurité à long terme pour Israël passe par la création d’un Etat palestinien. Après cette étape, la négociation devra reprendre, sans conditions préalables et le plus rapidement possible. Nous y apporterons notre appui.

Face à toutes ces tensions et à ces conflits, la France et l’Italie partagent donc une vision globale commune : développement, démocratisation et stabilité politique sont trois objectifs que l’on ne peut conduire séparément.

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Mesdames et Messieurs,

Un autre grand défi qui nous rapproche concerne l’économie. Nos pays ont souffert et souffrent encore des conséquences de la crise financière et économique et d’une mondialisation mal maîtrisée. Pour autant, nous avons des atouts considérables à faire valoir dans la mondialisation.

Nous devons, dans cet esprit, inventer les ressorts de la croissance de demain, afin de reconstruire des économies en expansion. Il nous faut être offensifs afin de muscler notre innovation, notre recherche, la montée en gamme, le verdissement de nos économies.

A cette fin, nous agissons chacun avec nos forces. Compte tenu de notre proximité, de nombreux domaines de coopération s’offrent à nous dans notre intérêt commun. L’Italie est le deuxième client de la France et la France le deuxième fournisseur de l’Italie. Selon plusieurs classements, la France est le premier investisseur en Italie. Sur cette base, comme nous avons eu l’occasion de le souligner lors du récent sommet de Lyon, nous souhaitons développer des coopérations, notamment en matière industrielle. Je prendrai quelques exemples.

Dans le domaine des transports, l’un des enjeux majeurs pour l’avenir est de favoriser le report modal de la route vers le rail. C’est un objectif de développement durable ; c’est aussi un choix porteur de croissance. Nous avons décidé ensemble de lancer l’autoroute ferroviaire alpine en 2009 et nous venons de confirmer notre engagement commun dans la construction de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin.

Un autre grand défi est celui de l’énergie. Les entreprises françaises investissent fortement en Italie – je citerai l’exemple de Total à Tempa Rossa en Basilicate, le plus gros investissement dans le sud italien. L’importance stratégique pour nos pays de la sécurité des approvisionnements, de la gestion des déchets nucléaires après le démantèlement des réacteurs en Italie, du développement des énergies renouvelables imposent de renforcer notre coopération et nos échanges sur le long terme. La France a proposé une coopération renforcée européenne en matière énergétique et nous souhaitons pouvoir travailler avec l’Italie afin de progresser dans ce sens. Parmi les domaines d’action concrets figure également l’aire méditerranéenne : capacités additionnelles de production d’énergie renouvelable, développement de lignes interconnectées, renforcement de l’efficacité énergétique. Nous disposons d’instruments comme le plan solaire méditerranéen ou Medgrid (où Français et italiens sont présents) visant à créer un réseau méditerranéen d’interconnexions électriques entre le nord et le sud de la Méditerranée. Nous pourrions aussi coopérer en Libye ou en Tunisie sur le transport de gaz.

Dans l’industrie de la défense, nous avons des intérêts communs, même si nous sommes aussi quelquefois concurrents. Nos efforts pourraient porter sur le développement de stratégies communes à l’export et le maintien, par notre coopération, de notre avance sur le plan technologique et de l’innovation. Le récent Sommet de Lyon a permis d’établir une feuille de route dans ce domaine et je veillerai, pour ce qui concerne la diplomatie, à sa mise en œuvre. Nous partageons également la volonté de relancer la défense européenne dans tous ses aspects - institutionnels, opérationnels et capacitaires - notamment entre les cinq partenaires du groupe « Weimar + ».

Sur le plan commercial, nos positions sont très proches. On connaît le dynamisme de l’Italie, notamment à l’export et par ses PME. Nous plaidons pour que l’Europe soit ouverte au monde, c’est une nécessité. Mais elle ne doit pas être offerte. Le commerce doit se faire sur une base de réciprocité. Ce doit être le cas en matière d’ouverture des marchés publics, de barrières tarifaires ou réglementaires, de normes sociales et environnementales. C’est un terrain où nos diplomaties économiques doivent agir ensemble pour faire avancer la réciprocité et l’impératif du « juste échange ». Nous ne sommes certainement pas protectionnistes ; nous ne devons pas non plus être naïfs.

L’enjeu économique renvoie plus largement à celui du développement. Les impasses d’une économie dérégulée et sur-financiarisée ne peuvent plus être ignorées, de même que les limites écologiques, énergétiques, sociales, de notre modèle de développement. La France propose, comme l’Italie, une certaine conception du développement au XXIème siècle. Nous pensons que pour être durable, la croissance ne peut pas être la simple répétition du passé. Inégalités massives, destruction de l’environnement, crises financières récurrentes : nous n’oublions pas que les périodes de prospérité passées se fondaient sur un modèle qui n’était pas viable à long terme.

Nous pensons que, face aux enjeux environnementaux, l’Europe doit être à l’avant-garde. L’impératif environnemental, quand il est bien compris, n’est pas contradictoire avec le développement économique. Il peut-être un gisement de croissance et d’une croissance qui soit durable. Pour cela il nous faut construire des structures de régulation – économique, environnementale, sociale, politique – qui permettront d’améliorer le fonctionnement de ce système mondialisé. Là aussi, nous devons agir ensemble.

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Mesdames et Messieurs,

Au plan national, face aux difficultés économiques, vous comme nous pensons que tous les services de l’Etat doivent être mobilisés au service de la croissance. C’est le cas notamment de la diplomatie et c’est le thème majeur de votre réunion cette année, comme cela a été d’ailleurs le thème central de la conférence française des ambassadeurs à Paris en août dernier. Il est intéressant de confronter nos expériences, d’autant plus que nous connaissons l’extrême compétence des diplomates italiens.

Nous pensons que la diplomatie a un rôle essentiel à jouer sur plusieurs plans. Elle doit se mobiliser pour soutenir les entreprises à l’exportation. Elle doit agir au service de l’attractivité afin notamment de développer les investissements allant vers l’extérieur ou venant de l’extérieur. Elle doit œuvrer à la construction d’un environnement normatif favorable au développement de nos économies.

L’Italie a pris, un peu avant nous, la mesure de cet enjeu avec notamment la mise en place du dispositif de promotion du sistema paese à partir de la fin 2010. Il met au service de vos acteurs économiques l’ensemble du réseau extérieur italien afin de promouvoir les intérêts de vos entreprises à l’étranger. Il présente plusieurs caractéristiques qui ont retenu toute notre attention : la complémentarité entre la dimension économique et la dimension culturelle, le pilotage stratégique assuré par le Ministère des Affaires étrangères, le rôle central des ambassadeurs dans l’animation de la présence économique à l’étranger, le lien étroit avec les collectivités locales et les régions.

Le dispositif que j’ai mis en place, piloté par une nouvelle direction des entreprises créée au sein du Quai d’Orsay, possède des caractéristiques proches. Bien entendu, la diplomatie française était déjà active en matière économique. Mais j’ai souhaité accélérer, stimuler et systématiser plusieurs évolutions en cours. L’impératif économique, ce que j’appelle le « réflexe économique », est désormais une priorité générale et explicite de l’action de nos diplomates. Chaque ambassadeur, formé à ces disciplines, aura à ses côtés un conseil économique, proposera un plan d’action précis et daté, il sera évalué sur ses résultats. J’ai désigné des personnalités éminentes dans quelques pays (Chine, Russie, Japon, Algérie, Mexique) pour suivre nos relations. Je mets également en place des « ambassadeurs en région », en contact étroit avec la réalité économique des territoires, ayant pour mission d’apporter une aide concrète et directe aux entreprises, notamment aux PME. Autre traduction concrète de l’impératif économique : l’adaptation de notre réseau aux priorités géographiques. Traditionnellement tourné surtout vers l’Europe et l’Atlantique, le réseau français doit désormais se diriger davantage vers les continents en croissance, ce qui implique des transferts de moyens et de ressources. La diplomatie économique - autre point important – se nourrit de la valorisation de tous nos atouts : cela implique de la concevoir en lien avec notre diplomatie culturelle, linguistique, scientifique, éducative et aussi politique. Car l’image globale du pays qui est renvoyée à l’extérieur est décisive pour la promotion économique : la France et l’Italie partagent de ce point de vue un extraordinaire avantage commun – la chance de disposer d’une culture rayonnante mondialement connue. Ne perdons pas cet avantage.

Le développement de la dimension économique de nos diplomaties est un des exemples des adaptations rendues nécessaires par le « nouveau monde ». Nos diplomaties économiques se trouveront quelquefois en concurrence – et il n’y a pas là matière à s’en offusquer dès lors que nos pratiques respectives restent loyales – mais elles seront aussi souvent en appui réciproque. D’autant plus que, au-delà de ces mesures nationales que nous prenons chacun de notre côté, le continent européen a besoin d’une ambition commune.

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Mesdames et Messieurs,

C’est un autre grand défi qui nous rapproche : remettre l’Europe sur les rails de l’avenir. Depuis mai dernier, la France a travaillé en ce sens avec l’Allemagne, comme nous le faisons traditionnellement, mais aussi avec nos autres grands partenaires, en particulier l’Italie, et je veux saluer le succès de notre action commune. La France et l’Italie ont établi ces derniers mois un partenariat incontestablement utile à l’Europe entière.

Si nous avons pu avancer, c’est parce que nous avons concilié le sérieux, la solidarité et la nécessité d’apporter des réponses concrètes aux attentes des peuples européens. Même si de nombreuses difficultés demeurent, nous avons connu depuis juin 2012 un semestre décisif pour l’Europe, qui a commencé de changer la donne.

Le pacte pour la croissance et l’emploi adopté en juin a remis la croissance au cœur des politiques européennes. Ont été décidés dans ce cadre notamment l’augmentation de capital de la BEI pour lui permettre d’élargir son champ d’action, la mobilisation des fonds structurels en faveur de la croissance, le lancement des project bonds. L’engagement total se monte à 120 milliards d’euros, avec un effet de levier double.

En parallèle, nous avons obtenu la mise en place de la Taxe européenne sur les transactions financières sous forme de coopération renforcée, incluant l’Italie, qui permettra d’agir pour le financement du développement et de constituer des ressources propres pour l’Union.

Nous nous sommes mis d’accord, la semaine dernière, avec l’Italie notamment, sur le principe de la supervision bancaire unifiée, première étape vers une union bancaire. C’est sans doute la décision la plus importante pour notre système financier depuis la création de l’Euro. Une crise bancaire comme celle qu’a connue l’Espagne ne pourra pas se reproduire.

Toujours dans ce deuxième semestre européen 2012, l’instauration des instruments de gestion collective des dettes – MES, « mécanisme Draghi » de rachat d’obligations par la Banque Centrale Européenne – a permis la stabilisation financière et a représenté une séries d’avancées importantes et positives dans le sens de la mutualisation. Nous avons également établi une trajectoire de sortie de crise pour la Grèce, qui lui permettra de retrouver à terme un niveau d’endettement soutenable. La zone euro a ainsi clairement réaffirmé que la place de la Grèce était en Europe et a ainsi sauvé son intégrité.

Le dernier sommet européen a pris la décision de mettre en place des « contrats de compétitivité et de croissance » pour améliorer la coordination des politiques économiques, en prenant en compte la dimension budgétaire, économique et sociale.

D’autres avancées ont eu lieu. Je pense en particulier à la relance de l’Europe de la défense dans le cadre notamment du « Weimar+ ».

En six mois, le travail réalisé a donc été considérable. Au printemps, on ne parlait que du risque d’éclatement de la zone euro et de la situation incontrôlée de la Grèce. En décembre, on peut parler, en restant prudents et lucides, de perspectives d’avenir, de croissance et de solidarité.

Ces avancées, qui sont de premières étapes, devront être prolongées. Il en va de la place de notre continent dans le monde. Il en va de la pérennité du projet européen, aujourd’hui souvent contesté non par hostilité de principe mais par déception face à ce qui est souvent perçu comme une déconnexion entre le projet européen et l’action. La France défend une approche ambitieuse tournée vers l’intégration solidaire et l’Europe politique qui implique de progresser par étape, car une vision à long terme ne doit pas servir de prétexte pour refuser d’agir à court terme.

Soyons lucides à cet égard. Depuis le début de la crise en 2008, l’Europe a trop souvent agi avec retard, ce qui a considérablement augmenté le coût de la crise. Le « sauvetage » de la Grèce n’aurait coûté que quelques milliards d’euros s’il avait été décidé à temps, au lieu de plusieurs centaines. L’Europe doit apprendre à agir vite et à être pragmatique. Cela signifie par exemple que dans un premier temps les avancées devront se faire sans doute sans modification des traités, laquelle viendra ensuite. Pour la France, on devra aller probablement aussi vers une différenciation entre plusieurs cercles. Un premier, la zone euro, ouvert aux autres, avancera vers cette intégration renforcée. Un second se concentrera davantage sur les acquis de l’Union. Au sein du premier cercle, au fur et à mesure que l’intégration progressera, il faudra adapter les institutions pour garantir la participation citoyenne et démocratique aux décisions.

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Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Je sais que l’Italie défend une approche volontariste et concrète d’une Union économique et monétaire au service de la croissance. Il nous reviendra, je l’espère, de porter ensemble ce beau projet et nous y sommes d’autant plus disposés que notre coopération bilatérale sur de nombreux sujets rapproche nos points de vue et nos intérêts.

L’histoire a créé entre nous des affinités puissantes que des intérêts communs évidents renforcent aujourd’hui. Je souhaite que nous puissions mettre cette proximité au service d’une Europe de la croissance et de la solidarité. La France « puissance d’influence » veut travailler avec une Italie forte et respectée. Nos deux diplomaties doivent donc conjuguer sans cesse davantage leurs actions.

Comme le notait Stendhal, le plus italien des écrivains français, « les peuples n’ont jamais que le degré de liberté que leur audace conquiert sur la peur ». Notre monde inspire souvent de la peur aux Européens. A nous, Italiens et Français, d’avoir cette « audace de la liberté » en faisant en sorte qu’avenir rime pour l’Europe avec progrès. Peu de nations sont mieux disposées par leur caractère et leur histoire que la France et l’Italie et que les diplomates qui les servent. Merci Mesdames et Messieurs les ambassadeurs pour votre mobilisation pour l’amitié franco-italienne, pour l’Europe, pour le progrès et pour la paix.


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