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Entrevue accordée par l’Ambassadeur de France en Hongrie à l’hebdomadaire Vilàggazdasàg (11 juin 2012)

C’est vendredi que l’on a inauguré à Veszprém le hall agrandi de la Valeo Auto-Electric Hongrie Sarl. Quel type de développement la société française a-t-elle effectué ?

Valeo est considéré comme l’un des plus grands fournisseurs de l’industrie automobile, cette société fabrique par exemple des systèmes informatiques embarqués. Ainsi, elle représente aussi une part considérable dans les exportations hongroises : elle exporte plus d’un millions de produits par mois. A l’aide du développement actuel, cette entreprise employant plus de 1000 salariés pourra offrir du travail à 250 personnes supplémentaires. L’extension concerne l’unité spéciale, traitant d’une innovation d’un haut niveau de l’usine, qui emploie d’ores et déjà 250 personnes. Valeo est présente en Hongrie dès les années 1990, et la critique récurrente selon laquelle les investisseurs viendraient pour faire du profit pour partir ensuite ne peut pas être évoquée dans son cas.

On peut quand même dire à son sujet qu’elle a bénéficié d’un soutien accordé par l’Etat hongrois ?

Certainement. D’une part, on lui a accordé des conditions avantageuses dans le domaine fiscal. D’autre part, l’investissement de 16 millions d’euros inauguré actuellement a reçu un soutien depuis les ressources du Nouveau Plan Széchenyi, et des fonds structurels de l’Union Européenne. Cela aussi démontre que la Hongrie profite de son appartenance à l’Union Européenne et ce non seulement à cause des sommes, mais aussi du fait qu’elle représente une force d’attraction aux yeux des investisseurs français aussi. Par exemple, cette société peut exporter plus facilement dans les autres pays du marché interne.

Et en raison des avantages fiscaux ? On peut constater que c’est un avantage sérieux s’agissant des fabricants d’automobiles implantés en Hongrie.

Il n’y a pas de fabricants d’automobiles français en Hongrie, ce n’est pas comme au niveau des équipements : outre Valeo, Michelin a une usine à Nyiregyháza. A ma connaissance, aucune ne bénéficie d’une exemption fiscale totale, mais il est certainement décisif qu’elles ont bénéficié d’avantages.

Ceci dit, plusieurs sociétés françaises ont déclaré au cours des deux dernières années qu’elles avaient été discriminées en Hongrie.

Il est indubitable que cela s’est produit, mais en général, il faut dire que la présence économique française est très variée : plus de 400 sociétés sont présentes ici, et de nouvelles arrivent sans cesse. Le cimentier Lafarge a par exemple inauguré sa nouvelle usine à Királyegyháza. La France est le troisième investisseur le plus important en Hongrie, ses sociétés donnent du travail à 70 000 employés. Vous avez raison dans la mesure où des problèmes existent chez certaines sociétés, mais en même temps, je ne crois pas que la discrimination ne touche que les Français, les investisseurs d’autres nationalités se sont également plaint de ce fait. Nombreux sont ici les supporters de football, eux connaissent certainement le principe fondamental selon lequel à la mi-temps, il ne faut pas modifier les règles du jeu. Le gouvernement hongrois fait ce qu’il veut, mais s’il souhaite modifier des contrats de droit privé, il ne peut le faire sans consultations préliminaires. Et cela s’est produit à plusieurs occasions : tel a été le cas des services des eaux de Pécs ou des chèques-déjeuner. En ce qui concerne le premier : à Budapest, il a été possible de se mettre d’accord avec Suez Environment, tandis que dans le cas de Pécs, c’est le tribunal qui tranchera. La partie française est certaine qu’une décision favorable pour elle sera prise, et le ballon se trouve donc dans le camp de la partie hongroise.

Que se passe-t-il au sujet des sociétés d’émission des chèques-déjeuner ?

C’est une question un peu plus compliquée. Auparavant, il s’est trouvé que des sociétés françaises dominaient ce marché en Hongrie. Le gouvernement hongrois a décidé de changer la donne, ce qui est normal, à l’opposé du fait qu’un monopole s’est ainsi créé, et qui plus est sans aucune consultation préalable. Les sociétés françaises ont tenté d’initier des négociations avec le gouvernement hongrois, et les responsables de Paris leur ont offert une aide pour ce faire. A présent, des consultations ont plus ou moins commencé, et entre-temps la Commission Européenne envisage aussi une procédure d’infraction dans cette affaire. Ainsi, là encore, le ballon se trouve sur le terrain de la partie hongroise. Qui s’efforce d’obtenir un compromis doit négocier. Si on ne veut pas négocier, il faut accepter le verdict du tribunal.

Vous venez d’évoquer le fait qu’il "s’est trouvé" que les sociétés françaises dominaient ce marché. Selon le gouvernement hongrois, ces sociétés ont bel et bien fait tout pour atteindre cette position, et pour se constituer un profit sérieux. Le gouvernement a voulu mettre fin à la pratique qui veut que ce bénéfice quitte le pays.

Personne ne le conteste, il en a le droit. Prenons par exemple le cas de Pécs : si les édiles décident de changer de prestataire des eaux, ils n’ont qu’à lancer un appel d’offres. Il y a en effet un problème du fait qu’au lieu de cela, des vigiles ont surgi au milieu de la nuit pour boucler les lieux. On aurait pu gagner beaucoup de temps en négociant tout de suite, au lieu de tenter de trouver un accord ultérieurement.

Mais une procédure judiciaire aussi dure des années.

C’est justement le point essentiel : éviter le tribunal en négociant au préalable sur la résiliation du contrat.

Voyez-vous un changement positif quelconque ?

Un tout petit : on constate actuellement au moins une ouverture à la négociation.


La présence française est sérieuse sur le marché des assurances aussi. Comment voyez-vous la position de cette présence ?

Là aussi, la situation s’est arrangée plus ou moins, et nous espérons qu’il sera possible de trouver par voie de négociations une réponse aux questions qui subsistent encore. Là encore, l’essentiel est que si un pays bénéficie des avantages de l’appartenance à l’Union Européenne, il doit aussi en respecter les règles.

Comment tous ces facteurs influencent-ils les relations économiques bilatérales ?

Il serait difficile de le déterminer avec précision, mais il est certain que la perte du marché représente pour les sociétés d’émission de chèques-déjeuner un manque à gagner important. La situation est la même dans le cas de Suez Environment.

Comment a évolué dans l’ensemble le commerce bilatéral dans la période écoulée ?

En 2011, les sociétés françaises ont exporté vers la Hongrie pour une valeur de 2,9 milliards d’euros, ce qui représente une augmentation de 10% par rapport à l’année précédente. Ainsi, ce pays est notre troisième pays partenaire le plus important. Mais les investissements sont même plus importants que le commerce, car les prévisions de croissance hongroise ne sont pas trop bonnes, et on sait que la clef de l’élargissement est là le capital étranger. Il serait erroné de croire que dans une économie mondialisée, l’un gagne et l’autre perd. Tout le monde gagne à un tel investissement.

L’accélération de la croissance est une question-clef non seulement en Hongrie, mais c’est M. François Hollande, le nouveau Président français, qui l’a élevée au niveau européen aussi comme sujet le plus important. Est-ce que quelque chose aurait commencé ?

Personne ne conteste l’importance de la discipline budgétaire, mais on a désormais conscience du fait qu’il est aussi nécessaire d’avoir une stratégie de croissance. Le Président Hollande a souligné justement ce fait. La démarche suivante sera le Sommet européen de fin juin où, selon nos attentes, une prise de position sera également adoptée à ce sujet au niveau européen. Nous sommes d’accord sur le fait qu’il est nécessaire d’avoir une stratégie, et que la BCI doit bénéficier d’un rôle plus important, en particulier dans des pays où il est difficile de lever des crédits, de même que l’usage plus souple des fonds structurels a également été évoqué. Le project bond peut aussi être une solution pour la suite. Disons que si la Hongrie entend bâtir une centrale nucléaire, elle pourrait en émettre.

Il n’y a pas d’ accord aussi tangible sur toutes les questions.

Oui, il y a aussi des questions plus contestées que celles-ci : par exemple les obligations européennes, que Berlin critique fermement. Toutefois, nous attendons là une responsabilité commune, et non pas ce que les détracteurs de l’idée évoquent si souvent en disant que l’on financerait ainsi des dettes anciennes. Il est toutefois intéressant d’observer aussi le débat relatif au budget suivant de l’Union Européenne, car ces pays sont évidemment pour que les ressources de l’Union à disposition ne baissent pas, cependant que la partie Nord de l’Europe y est favorable.

Paris a représenté une position adoptée à l’époque de la présidence de M. Sarkozy : la France a lancé l’initiative du gel du budget avec d’autres contributeurs nets. Quel est l’avis des nouveaux dirigeants ?

Nous n’avons pas encore défini de position fixe. Toutefois, le Président Hollande a aussi rendu clair qu’il fallait adopter un budget responsable pendant la période de crise. Cela peut concerner le maintien de la PAC, importante pour les Français et les Hongrois, mais aussi les fonds structurels. Il est aussi important de parler du côté recettes. C’est pourquoi nous voudrions une solution dans le cas de la taxe sur les transactions financières.

Vous venez d’évoquer l’extension de la centrale nucléaire hongroise. L’avenir de Paks était à l’ordre du jour dès cette semaine lorsqu’une société russe a annoncé sa disponibilité à y participer. Qu’en est-il des Français ?

Ils sont certes intéressés également, et nous attendons le lancement de l’appel d’offres. Tant que nous ne connaissons pas les paramètres, il est difficile de donner une réponse à la question. Il est toutefois singulier de voir que, tandis que les Hongrois cherchent à réduire par le développement de Paks leur dépendance du gaz russe, ils pourraient faire construire un réacteur par une société russe.

Par Mercédesz Gyükeri
et Miklos Ujvàri


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