Accès rapide :

La France et l’Amérique centrale

Mosaïque de petits Etats, pauvres ou à revenus intermédiaires, qui ont souvent connu une histoire tourmentée, l’Amérique centrale, paraît, à certains égards, loin des préoccupations de la politique étrangère de la France. A plusieurs reprises, cependant, l’histoire de France a croisé celle de la région, comme par exemple à Panama en 1883, avec Ferdinand de Lesseps, lors du percement du canal interocéanique, ou encore dans les années 1980, quand les conflits internes et régionaux du nord de l’isthme ont interféré dans les rivalités Est-Ouest.

Aujourd’hui, la France doit rester attentive à cette région en raison de sa proximité avec les Départements français d’Amérique. Les évolutions que connaissent ces pays sont parfois préoccupantes ; la hausse de la délinquance et du crime organisé et le développement du narcotrafic suscitent de légitimes inquiétudes et sont devenus des facteurs de déstabilisation régionale.

Après une longue période de colonisation espagnole, les pays d’Amérique centrale ont subi une lourde domination américaine qui s’est traduite par de nombreuses interventions. Les coups d’Etat, la corruption, l’influence des compagnies étrangères sur les gouvernements ont durablement marqué la réputation des pays de la région.

En dépit de leurs fragilités, ces Etats sont aujourd’hui dirigés par des gouvernements démocratiques élus et connaissent des taux de croissance non-négligeables, voire même (c’est le cas du Panama et du Costa Rica) exceptionnels.

Illust: Carte d'Amérique (...), 27.6 ko, 250x192
Carte d’Amérique centrale

Disparités entre le nord et le sud de l’isthme

L’Amérique centrale couvre une superficie d’environ 522000 km² partagés par sept Etats, dont les plus petits, comme le Salvador ou Belize, sont dotés d’un territoire équivalent à deux ou trois départements français. Avec une population globale qui ne dépasse pas 40 millions d’habitants et un taux moyen de croissance démographique qui n’atteint pas 2% par an, cette région, flanquée au Nord par le Mexique (près de 2 millions de km²) et au Sud par la Colombie (1,1 million de km²) forme un ensemble hétérogène :

- quatre pays, Guatemala, Salvador, Honduras et Nicaragua, structurellement affaiblis par les conflits internes, subissent un sous-développement chronique, malgré des indicateurs économiques favorables. Plus de 50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et le PIB par habitant ne dépasse pas 1600 dollars américains. Ces pays sont également les plus touchés par la recrudescence de la délinquance et du crime organisé ;

- enclave anglophone, Belize, davantage tourné vers la Caraïbe et les Etats-Unis que vers ses voisins centre-américains, connaît, malgré les ravages d’une forte corruption, une rapide progression économique.

- Etat plus développé, le Costa Rica, fait figure d’exception dans la région. Il a dissout son armée en 1948 et bénéficie d’institutions démocratiques déjà anciennes. Avec un PIB par habitant de 5627 dollars (2007), il peut se prévaloir du niveau de vie le plus élevé de la région. L’extrême pauvreté est limitée à 7%, l’espérance de vie atteint 79 ans et le système de protection sociale couvre près de 80% de la population. Ce modèle économique et social attire de nombreux travailleurs immigrés, dont beaucoup de Nicaraguayens. Ce pays cherche à se moderniser en s’ouvrant au libre échange (CAFTA-DR, projet d’accord d’association avec l’UE) et aux réformes (notamment dans le secteur des télécommunications et des assurances). Cependant, depuis ces dernières années, la capitale San José et l’ensemble du pays sont à leur tour victimes de la violence et de l’insécurité, liées surtout au développement du trafic de drogues ;

- un pays stratégique, le Panama, connaît une expansion économique sans précédent. Les travaux d’élargissement du canal, engagés par le Président Torrijos, ont débuté à l’automne 2007. Panama est le garant de la liberté de circulation sur la voie interocéanique, à laquelle la France est très attachée. Il voit transiter par son canal 5% des échanges mondiaux. Ces flux sont porteurs d’une croissance économique forte et durable (plus de 8% en 2007), qui génère des revenus importants et confortent les activités qui leur sont liées : la zone libre de Colon, deuxième zone franche au monde après Hong Kong, et un centre bancaire international très développé. Ces services représentent 75% du PIB panaméen. Panama bénéficie aujourd’hui d’une réelle stabilité politique, en dépit du climat d’affairisme qui y règne et des inégalités sociales.

Progression économique et inégalités sociales

Illust: Femme en habit (...), 62.7 ko, 200x298
Femme en habit traditionnel
Région Quiche, Guatemala
© ONU/John Olsson

Pour 2007, le produit intérieur brut de l’Amérique centrale (évalué à 111,18 Mds USD) est comparable à celui du Chili et de la Colombie. Le Guatemala est en tête (32,7 Mds USD) en raison de sa population (13,3 millions d’habitants, soit plus du quart de celle de l’isthme), et de ses ressources agricoles, hydrauliques et minières. Viennent ensuite le Costa Rica (22 Mds USD), le Salvador (20,3 Mds USD) et le Panama (19 Mds USD).

L’agriculture continue de jouer un rôle économique déterminant. Le sous-sol recèle du pétrole au Guatemala, mais en faible quantité. Dans le contexte actuel de mondialisation, le principal atout de la région réside dans le faible coût de sa main d’œuvre à proximité du grand marché nord-américain. Les Etats-Unis ont délocalisé dans cette région plusieurs types d’activités : ateliers de confection dans les pays du nord de l’isthme ; fabrication de composants électroniques ou activités de service - centres d’appels - dans le pays au niveau éducatif le plus élevé, le Costa Rica.

Par ailleurs, le manque d’emplois dans des pays où les investissements publics et privés restent très insuffisants oblige une part importante de la population active des 4 pays du nord de l’isthme à s’expatrier aux Etats-Unis. Ces migrants transfèrent des montants qui ont atteint en 2007 18,6% du PIB au Salvador avec 3,7 Mds USD, 10,1% du PIB au Guatemala avec 3,6 Mds USD, et 12% du PIB au Honduras avec 1,01 Mds USD.

Dans l’ensemble des pays de l’isthme, les indicateurs économiques marquent une augmentation du PIB qui ne parvient pourtant pas à réduire les inégalités économiques et sociales.
 
 
 

L’Amérique centrale en chiffres(2007)

L’Amérique centrale en chiffres
Pays Population(M) Superficie PIB (Mds$) PIB/hab
COSTA RICA 4,3 51100 24,2 5627 $
PANAMA 3,2 75520 19 5 937 $
SALVADOR 6,8 20720 20,3 2 985 $
GUATEMALA 13,3 108890 32,70 2 458 $
HONDURAS 7,4 112492 8,48 1 145 $
NICARAGUA 5,6 130000 5,36 957 $
BELIZE 0,3 22966 1,14 3800 $
TOTAL 40,9 521688 111,18 2718 $

Les ravages de la délinquance et du crime organisé

Depuis une dizaine d’années, la délinquance est en forte croissance dans les pays du nord de l’isthme (tout particulièrement au Guatemala, au Salvador, au Honduras) et, dans une moindre mesure, au Belize et au Costa Rica. Alimenté par le trafic de drogues, le crime organisé et l’insécurité qu’il génère inquiètent vivement les populations et constituent un redoutable défi pour les autorités qui paraissent désemparées face à cette réelle menace.

L’Amérique centrale enregistre un taux moyen d’homicides, parmi les plus élevés du monde (45 pour 100 000 habitants). Les causes de cette violence sont multiplesmais la pauvreté joue un rôle fondamental. Il faut y ajouter les comportements issus des guerres civiles et le basculement, au Guatemala et au Salvador, des groupes paramilitaires dans la délinquance. Au Salvador et au Honduras, dans les années 1990, est apparu le phénomène des maras, né dans les ghettos des grandes villes du sud des Etats-Unis. Ces gangs de jeunes délinquants, particulièrement dangereux, aux activités transnationales, se partagent violemment le marché de la délinquance du Guatemala au Panama. Enfin, le trafic de drogues, en pleine croissance, vient aggraver l’ampleur de ces phénomènes. Au Honduras, par exemple, le risque de déstabilisation de la société et de mainmise sur l’appareil d’Etat par les narcotrafiquants est réel.La prise de contrôle des partis politiques, donc de l’Etat par le biais des élections, aurait des conséquences dramatiques. Les sommes générées par le blanchiment d’argent sont énormes, et difficilement contrôlables.

Présence de l’ Espagne et influence nord-américaine

Illust: Panama City<br, 44.3 ko, 250x166
Panama City
© thinkpanama

L’influence espagnole reste significative en Amérique centrale, qu’il s’agisse de la langue, de la culture, des liens économiques ou politiques. Elle est aussi une « porte d’entrée » tentante vers l’Europe pour les candidats à l’émigration.

Sur le plan économique et commercial, les Etats-Unis sont dans tous les domaines le premier partenaire de chacun des pays de l’isthme. Deux Etats de la zone ont « dollarisé » leur économie : le Salvador (depuis 2001) et Panama, dont la monnaie, le « Balboa » n’est autre que le dollar. Cette relation s’est renforcée avec la mise en œuvre le 1er janvier 2006, du traité de libre-échange entre les Etats-Unis, l’Amérique centrale et la République Dominicaine (CAFTA-DR).

Le Japon, Taïwan, la Chine, l’Inde et la Corée du sud, au même titre que la Colombie, le Brésil, l’Argentine et le Chili sont devenus des partenaires incontournables du marché centre-américain. Ils font partie des principaux usagers du canal de Panama et investissent dans les infrastructures portuaires, de communication et de transport de la région.

Influence du Venezuela du Président Chavez dans la zone

Le Venezuela tente d’attirer les pays de l’isthme dans l’ALBA (Alternative bolivarienne pour les Amériques), pour contrecarrer l’ALCA (en français ZLEA : zone de libre échange des Amériques) promue par les Etats-Unis. Seul le Nicaragua a répondu aux propositions du Président Chavez. En échange de livraisons de pétrole à des prix avantageux, le Président nicaraguayen Daniel Ortega offre à son homologue vénézuélien un soutien ferme sur la scène internationale. Le Honduras a entrepris des négociations pour intégrer l’organisation Petrocaribe (Hugo Chavez s’est rendu à Tegucigalpa en janvier 2008 pour soutenir ce dossier), mais le Président Zelaya a du mal à faire accepter cet accord. L’influence du Venezuela dans la zone ne semble pas avoir d’impact sur des pays comme le Guatemala, le Costa Rica, le Panama et le Salvador qui veulent, en tout premier lieu, protéger leur relation avec les Etats-Unis et conserver leurs distances à l’égard de l’idéologie bolivarienne.

Les efforts d’intégration régionale

L’intégration régionale progresse lentement. Elle constitue une priorité du Guatemala, du Nicaragua, du Salvador et du Honduras. Le Costa Rica et le Panama sont plus réservés et considèrent qu’ils n’ont pas les mêmes besoins que leurs voisins du Nord. L’Amérique centrale s’est dotée d’instruments d’intégration régionale : le SICA (Système d’intégration centre-américain, instance politique), le SIECA (système d’intégration économique centre-américain), l’Union douanière centre-américaine, et le Parlacen (Parlement centre-américain). Actuellement, les négociations portent sur l’union douanière et économique, l’ouverture des marchés, la question des préférences économiques régionales, la protection de l’environnement et l’élaboration des traités de libre échange, notamment avec l’Union européenne.

Les relations de l’Isthme avec la France

Illust: Vue de Panama City, 35.1 ko, 250x167
Vue de Panama City de nuit
© thinkpanama

La France bénéficie en Amérique centrale d’un véritable capital de sympathie. Le Panama, notamment, n’a pas oublié l’œuvre de Ferdinand de Lesseps, pionnier du canal interocéanique. De même, notre intervention, aux côtés de l’Union européenne, dans les négociations de paix d’Esquipulas, les voyages du Président Chirac (1998 et 2004), tout particulièrement au Guatemala (rencontre avec Mme Rigoberta Menchu), et dans les pays touchés par le cyclone Mitch en 1998 (Honduras, Nicaragua), ont été fortement appréciés par les autorités et les populations.

En raison de la proximité des Départements français d’Amérique, notre pays ne saurait se désintéresser du sort de cette région, d’autant que l’accroissement du trafic de drogue, et sa destination vers l’Europe, constituent une réelle menace pour nos intérêts.

En outre, la France souhaite maintenir avec certains pays de l’isthme (Guatemala, Salvador, Nicaragua et Honduras) un dialogue politique sur plusieurs sujets, dont la question des droits de l’homme, le renforcement de l’Etat de droit, la lutte contre l’impunité et le narcotrafic, la coopération régionale avec les DFA.

Enjeux économiques et commerciaux

Illust: Port de Belize (...), 42.7 ko, 250x168
Port de Belize City
© afagen

La progression économique, conjuguée à une stabilité politique retrouvée, à un potentiel agricole certain, à une population active jeune, à des aides européennes substantielles (175 M€/an), à d’importants besoins en infrastructures, peuvent intéresser les entreprises françaises. La compagnie aérienne salvadorienne TACA, a fait le choix de s’équiper uniquement en appareils Airbus. TACA est ainsi le premier client du constructeur européen en Amérique Latine : elle a acquis 89 appareils Airbus au total et vient de passer commande de quinze appareils de type A-320 et A-319.

Pour la France, le canal de Panama constitue la voie maritime la plus courte et la plus sûre vers l’Asie. Pour la conception et laréalisation des nouvelles écluses du canal, marché de 3,5 milliards de dollars,Bouygues, Alstom et Vinci ont formé un consortium, associé à quelques autres partenaires. Pré-qualifié, il se mesurera au cours des prochains mois notamment aux candidats américain Bechtel et japonais Mitsubishi.

 

Une implantation culturelle française dynamique

La France dispose d’un réseau d’établissements scolaires et culturels important par sa densité et sa qualité : cinq lycées - Guatemala, San Salvador, Managua, San José de Costa Rica et Tegucigalpa -, un projet de lycée à Panama, et onze Alliances françaises : trois au Guatemala (Guatemala, Antigua et Quetzaltenango), deux au Honduras (Tegucigalpa, San Pedro Sula) deux au Nicaragua (Managua et León), une à San Salvador, une à San Jose et deux à Panama (Panama et David). Ces structures, très dynamiques, constituent des supports essentiels pour la diffusion de notre langue et de notre culture, facteurs de développement de la formation et des échanges universitaires.

L’Union européenne (UE), partenaire politique et principal bailleur de fonds

Les relations entre l’UE et l’Amérique centrale se sont nouées quand le Processus de Paix de San José a été mis en place en juin 1983, lors du Conseil européen de Stuttgart. Puis, elles se sont renforcées à l’occasion de l’accord d’Esquipulas en 1988, de la création du SICA à Tegucigalpa en 1991, et avec la signature de l’Accord de dialogue politique et de coopération de Rome le 15 décembre 2003.

Illust: Ecoliers au Costa, 55.2 ko, 250x188
Ecoliers au Costa Rica
© Toastie14

La coopération UE/Amérique centrale, aujourd’hui substantielle, a pour objectif la stabilisation de la région par le biais de l’intégration régionale, du développement économique et d’une coopération ciblée. L’UE a maintenu une aide importante, pour un montant de 660 millions d’Euros pour la période 2002-2006, et engagé pour la période 2007-2013 une coopération pour un montant de 570 millions d’Euros.

L’Union européenne est le 2ème partenaire commercial de l’Amérique centrale, après les Etats-Unis. L’Amérique centrale ne constitue, quant à elle, que 0,5% du commerce extérieur de l’UE. Les exportations centraméricaines vers l’Europe sont constituées à 85% de produits agricoles et de denrées alimentaires (bananes, café, crevettes). De son côté, l’UE exporte principalement des machines et des produits chimiques. Le Costa Rica et le Panama sont les principaux partenaires de l’UE.

Les pays centraméricains ont été invités à poursuivre leurs efforts en matière d’intégration régionale et à honorer les engagements figurant dans la déclaration du Sommet du SICA de Panama en mars 2006 et dans celle du IVème sommet UE/Amérique latine et Caraïbes de Vienne en mai 2006 (renforcement du mécanisme juridictionnel, ratification du Traité sur les services et investissements, approfondissement de l’Union douanière).

Les premières négociations pour un accord d’association UE/Amérique centrale, engagées à San José de Costa Rica en octobre 2007, ont permis d’ouvrir un dialogue sur le partenariat UE/AC dans le cadre de l’intégration régionale. Les principaux points d’achoppements dans les négociations se concentrent aujourd’hui autour de la banane, des mesures sanitaires et phytosanitaires et du renforcement des institutions régionales. L’importance de cet accord est primordiale pour dynamiser nos investissements dans la région.

Mise à jour : 27.02.08


Informations complémentaires

PLAN DU SITE



MENTIONS LÉGALES & INFOS PRATIQUES

Tous droits réservés - Ministère des Affaires étrangères et du Développement international - 2014