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La France et l’Amérique centrale

En dépit de la distance géographique et culturelle, l’histoire de l’Amérique centrale a croisé, à plusieurs reprises celle de la France, comme par exemple à Panama en 1883, avec Ferdinand de Lesseps, lors du percement du canal interocéanique, ou encore dans les années 1980, quand les conflits internes et régionaux du nord de l’isthme ont interféré dans les rivalités Est-Ouest.

Aujourd’hui, la France doit rester attentive à cette région, notamment en raison de sa proximité avec les départements français d’Amérique. Les évolutions que connaissent ces pays ont été heureuses, là où les conflits internes ont laissé place à la paix civile et au développement économique ; elles n’en comportent pas moins des aspects préoccupants, là oùl’Etat ne parvient pas à endiguer la délinquance, le crime organisé et le développement du narcotrafic.

Malgré leurs fragilités, ces Etats sont aujourd’hui dirigés par des gouvernements démocratiques élus et connaissent des taux de croissance non négligeables, voire exceptionnels – celui du Panama s’élève à 7% en 2013.

Disparités entre le nord et le sud de l’isthme

L’Amérique centrale couvre une superficie d’environ 522 000 km² partagés par sept Etats, dont les plus petits, comme le Salvador ou Belize, sont dotés d’un territoire équivalent à deux ou trois départements français. Avec une population globale d’environ 45 millions d’habitants et un taux moyen de croissance démographique proche de 2% par an, cette région, flanquée au Nord par le Mexique (près de 2 millions de km²) et au Sud par la Colombie (1,1 million de km²) forme un ensemble hétérogène :

- Quatre pays, Guatemala, Salvador, Honduras et Nicaragua, structurellement affaiblis par les conflits internes qu’a connus la région, peinent à tirer pleinement parti d’indicateurs économiques favorables. Plus de 50% de la population y vit en dessous du seuil de pauvreté .

- Enclave anglophone, Belize, davantage tourné vers la Caraïbe et les Etats-Unis que vers ses voisins centraméricains, connaît une rapide progression économique.

- Etat plus développé, le Costa Rica, fait figure d’exception dans la région. Il a dissout son armée en 1948 et bénéficie d’institutions démocratiques déjà anciennes. Avec un PIB par habitant de 10892 dollars (2014), il peut se prévaloir du niveau de vie le plus élevé de la région. En 2013, l’extrême pauvreté est limitée à 3,1%, l’espérance de vie est proche des 80 ans et le Costa Rica dispose d’un système de protection sociale de très haut niveau couvrant presque la totalité de la population.

- Un pays stratégique, le Panama, connaît une expansion économique sans précédent. Panama est le garant de la liberté de circulation sur la voie interocéanique, à laquelle la France est très attachée. Il voit transiter par son canal 5% des échanges maritimes mondiaux (hors pétrole). Ces flux sont porteurs d’une croissance économique forte et durable (7% en 2013), qui génère des revenus importants et confortent les activités qui leur sont liées : la zone libre de Colon, deuxième zone franche au monde après Hong Kong, et un centre bancaire international très développé. Panama bénéficie aujourd’hui d’une réelle stabilité politique, en dépit du climat d’affairisme qui y règne et des inégalités sociales.

Progression économique et inégalités sociales

Pour 2014, le produit intérieur brut de l’Amérique centrale (évalué à 214,6 Mds USD) est comparable, bien qu’inférieur, à celui du Chili. Le Guatemala est en tête ( 58,5 Mds USD en 2014) en raison de sa population (15,9 millions d’habitants, soit plus du quart de celle de l’isthme) et de ses ressources agricoles, hydrauliques et minières. Viennent ensuite le Costa Rica (52,7 Mds USD), Panama (44,7 Mds USD) et.le Salvador (25,5 Mds USD).

L’agriculture continue de jouer un rôle économique déterminant. Le sous-sol recèle du pétrole au Guatemala, mais en faible quantité. Dans le contexte actuel de mondialisation, le principal atout de la région réside dans le faible coût de sa main d’œuvre à proximité du grand marché nord-américain. Les Etats-Unis ont délocalisé dans cette région plusieurs types d’activités : ateliers de confection dans les pays du nord de l’isthme ; fabrication de composants électroniques ou activités de service - centres d’appels - dans le pays au niveau éducatif le plus élevé, le Costa Rica.

Par ailleurs, le manque d’emplois dans des pays où les investissements publics et privés restent très insuffisants oblige une part importante de la population active des 4 pays du nord de l’isthme à s’expatrier aux Etats-Unis. En 2014, ces migrants transfèrent des montants qui s’élèvent à 3,5 Mds USD au Salvador, environ 5 Mds USD au Guatemala, et 3,2 Mds USD au Honduras (2013).

Dans l’ensemble des pays de l’isthme, les indicateurs économiques marquent une augmentation du PIB qui ne parvient pourtant pas à réduire les inégalités économiques et sociales.

Les ravages de la délinquance et du crime organisé

Depuis une quinzaine d’années, la délinquance a connu une forte croissance dans les pays du nord de l’isthme (tout particulièrement au Guatemala, au Salvador, au Honduras) et, dans une moindre mesure, au Belize et au Costa Rica. Alimenté par le trafic de drogues, le crime organisé et l’insécurité qu’il génère inquiètent vivement les populations et constituent un redoutable défi pour les autorités.

L’Amérique centrale enregistre un taux moyen d’homicides parmi les plus élevés du monde (29 pour 100 000 habitants). Les causes de cette violence sont multiples mais la pauvreté joue un rôle fondamental. Il faut y ajouter les comportements issus des guerres civiles et le basculement, au Guatemala et au Salvador, des groupes paramilitaires dans la délinquance. Au Salvador et au Honduras, dans les années 1990, est apparu le phénomène des maras, né dans les ghettos des grandes villes du sud des Etats-Unis. Ces gangs de jeunes délinquants, particulièrement dangereux, aux activités transnationales, se partagent violemment le marché de la délinquance dans la région. Enfin, le trafic de drogues, en pleine croissance, vient aggraver l’ampleur de ces phénomènes.

Présence de l’Espagne et influence nord-américaine

L’influence espagnole reste significative en Amérique centrale, qu’il s’agisse de la langue, de la culture, des liens économiques ou politiques. Elle est aussi une « porte d’entrée » tentante vers l’Europe pour les candidats à l’émigration.

Sur le plan économique et commercial, les Etats-Unis sont dans tous les domaines le premier partenaire de chacun des pays de l’isthme. Deux Etats de la zone ont « dollarisé » leur économie : le Salvador (depuis 2001) et Panama, dont la monnaie, le « Balboa » n’est autre que le dollar. Cette relation s’est renforcée avec la mise en œuvre, depuis le 1er janvier 2006, du traité de libre-échange entre les Etats-Unis, l’Amérique centrale et la République Dominicaine (CAFTA-DR).

Le Japon, Taïwan, la Chine, l’Inde et la Corée du sud, au même titre que la Colombie, le Brésil, l’Argentine et le Chili sont devenus des partenaires incontournables du marché centraméricain. Ils font partie des principaux usagers du canal de Panama et investissent dans les infrastructures portuaires, de communication et de transport de la région.

Les efforts d’intégration régionale

L’Amérique centrale s’est dotée d’instruments d’intégration régionale : le SICA (Système d’intégration centre-américain, instance politique), le SIECA (système d’intégration économique centre-américain), l’Union douanière centre-américaine, et le Parlacen (Parlement centre-américain). L’entrée en vigueur de l’Accord d’association entre l’Union européenne et l’Amérique centrale est de nature à dynamiser les relations bi-régionales mais devrait également avoir un effet positif sur le processus général d’intégration en Amérique centrale.

Les relations de l’isthme avec la France

La France bénéficie en Amérique centrale d’un véritable capital de sympathie. Le Panama, notamment, n’a pas oublié l’œuvre de Ferdinand de Lesseps, pionnier du canal interocéanique. De même, notre intervention, aux côtés de l’Union européenne, dans les négociations de paix d’Esquipulas, les voyages du Président Chirac (1998 et 2004), tout particulièrement au Guatemala (rencontre avec MmeRigoberta Menchú), et dans les pays touchés par le cyclone Mitch en 1998 (Honduras, Nicaragua), ont été fortement appréciés par les autorités et les populations.

En raison de la proximité des départements français d’Amérique, notre pays ne saurait se désintéresser du sort de cette région, d’autant que l’accroissement du trafic de drogue, et sa destination vers l’Europe, constituent une réelle menace pour nos intérêts.

En outre, la France souhaite maintenir avec certains pays de l’isthme (Guatemala, Salvador, Nicaragua et Honduras) un dialogue politique sur plusieurs sujets, dont la question des droits de l’homme, le renforcement de l’Etat de droit, la lutte contre l’impunité et le narcotrafic et la coopération régionale avec les DFA.

Enjeux économiques et commerciaux

La progression économique, conjuguée à une stabilité politique retrouvée, à un potentiel agricole certain, à une population active jeune, à des aides européennes substantielles, à d’importants besoins en infrastructures, peuvent intéresser les entreprises françaises. Le secteur de l’aéronautique est particulièrement porteur pour la France dans la région. En effet, en 2012, la part d’Airbus dans les exportations françaises vers l’Amérique centrale était de 22%.

En 2012, les échanges commerciaux entre la France et l’Amérique centrale ont atteint 549 millions d’euros, ce qui représente une augmentation de 6,4% par rapport aux chiffres de l’année précédente. En Amérique centrale, le Costa Rica est le premier fournisseur de la France, qui importe principalement des produits industriels et des fournitures à usage médical et dentaire. Le Guatemala est quant à lui le premier client de la France dans la région, principalement grâce aux exportations de produits chimiques et de machines.

Une implantation culturelle française dynamique

L’Institut français d’Amérique centrale (IFAC), basé à San José, au Costa Rica, est le maître d’œuvre de la coopération française dans cette zone. Les projets et actions menés par l’FAC couvrent tous les champsde la coopération : linguistique, éducatif, culturel, universitaire, scientifique et technique.

En matière de coopération universitaire, le Programme « CentrAm Sup » vise notamment à structurer les relations entre la France et la région, en prenant appui sur les instituts français de recherche présents en Amérique centrale : l’Institut des Amériques, le CIRAD, l’IRD et le Centre d’études mexicaines et centraméricaines (CEMCA). Quant à la coopération linguistique et culturelle, elle s’appuie principalement sur le réseau des Alliances françaises, tandis que la coopération technique cherche à favoriser les échanges au sujet d’expériences françaises et centraméricaines dans les domaines de l’environnement, de la gouvernance et l’Etat de droit. En effet, la France dispose d’un réseau d’établissements scolaires et culturels important par sa densité et sa qualité : six lycées français sont implantés dans la région : Guatemala (Guatemala), El Salvador (San Salvador), Nicaragua (Managua), Costa Rica (San José), Honduras (Tegucigalpa), et Panamá (Panamá Pacifico, inauguré en 2010) et quatorze Alliances françaises : trois au Guatemala (Guatemala, Antigua et Quetzaltenango), deux au Honduras (Tegucigalpa, San Pedro Sula), trois au Nicaragua (Managua, Granada et León), une au Salvador (San Salvador), trois au Costa Rica (San Jose, La Sabana et Heredia) et deux à Panama (Panama et David). Ces structures, très dynamiques, constituent des supports essentiels pour la diffusion de notre langue et de notre culture, facteurs de développement de la formation et des échanges universitaires.

L’Union européenne (UE), partenaire politique et principal bailleur de fonds

Les relations entre l’UE et l’Amérique centrale se sont nouées quand le Processus de Paix de San José a été mis en place en juin 1983, lors du Conseil européen de Stuttgart. Puis, elles se sont renforcées à l’occasion de l’accord d’Esquipulas en 1988, de la création du SICA à Tegucigalpa en 1991, et avec la signature de l’Accord de dialogue politique et de coopération (ADPC) de Rome le 15 décembre 2003. Ce dernier, qui est entré en vigueur le 1er mai 2014, a pour but de renforcer les relations et la coopération entre les régions et de promouvoir leur intégration régionale. Le 17 octobre 2014 s’est tenue la première réunion de la commission mixte entre l’Union européenne et l’Amérique centrale. Suite à un accord des Etats parties, la prochaine réunion aura lieu au cours du second semestre de l’année 2015.

L’ADPC, pierre angulaire des relations qu’entretient l’Union européenne avec les pays d’Amérique centrale, restera en vigueur jusqu’à la ratification complète de l’accord d’association signé en 2012. Ce dernier repose sur trois piliers : le dialogue politique, la coopération et le commerce. Le texte prévoit notamment un accord de libre-échange qui couvre les investissements, les services, les produits manufacturés et les produits agricoles. Dans la perspective de lever certains obstacles techniques au commerce, l’accord couvre également l’accès aux marchés publics et les droits de propriété intellectuelle. Si le volet commercial de l’accord est déjà entré en vigueur, l’intégralité de l’accord ne pourra entrer en vigueur qu’après avoir été ratifié par l’ensemble des Parties.

Lors de la première réunion de la Commission mixte qui s’est tenue en octobre 2014 dans le cadre de l’ADPC, les Parties ont manifesté leur volonté de développer leur action de façon complémentaire avec les programmes bilatéraux de coopération qui peuvent exister entre l’Union européenne et les Etats de la région, ainsi qu’avec l’Amérique latine dans son ensemble.

La coopération UE/Amérique centrale, aujourd’hui substantielle, a pour objectif la stabilisation de la région par le biais de l’intégration régionale, du développement économique et d’une coopération ciblée. Le 19 novembre 2014, l’Union européenne a annoncé l’adoption de son programme de coopération régionale en faveur de l’Amérique latine. Dans ce cadre, pour la période 2014-2020, l’Union européenne consacrera un budget de 120 millions d’euros à l’Amérique centrale destinés à appuyer les actions des Etats de la région dans les domaines suivants :

  • l’intégration économique régionale ;
  • la sécurité et l’État de droit ;
  • le changement climatique et la gestion des catastrophes.

Représentant 8,7% de ses échanges centraméricains, l’Union européenne est le 3ème partenaire commercial de la région après les Etats-Unis et les pays du Marché Commun Centraméricain (Costa Rica, Guatemala, Honduras, Nicaragua, El Salvador). Si les exportations intra régionales sont relativement importantes en Amérique centrale (28,9%), l’Union européenne représente une part non négligeable des exportations extra régionales (13,5% en 2013), derrière les Etats-Unis (31,7%). En revanche, seules 7,3% des importations centraméricaines proviennent de l’Union européenne. Les exportations centraméricaines vers l’Europe sont principalement constituées de produits agricoles et de denrées alimentaires (bananes, café, crevettes). De son côté, l’UE exporte principalement des machines et des produits chimiques. Le Costa Rica, le Guatemala et le Honduras sont les principaux partenaires de l’UE.

Tant dans le cadre bilatéral que multilatéral, la France encourage le processus d’intégration régional en Amérique centrale et le rapprochement bi-régional qui est en marche avec l’Union européenne. En matière économique, les accords négociés entre les deux régions sont primordiaux pour dynamiser nos investissements.

Mise à jour : 23.03.15


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