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50ème anniversaire de la visite du général de Gaulle à Bonn - discours de Laurent Fabius (Bonn, 5 septembre 2012)

Remettre l’Europe sur les rails de l’avenir

Monsieur le ministre des Affaires étrangères, mon cher Guido,

Monsieur le maire,

Mesdames et messieurs,

Je suis heureux et honoré de répondre à l’invitation du ministre Guido Westerwelle. C’est avec émotion que je prends la parole devant vous. Nous plaçons en effet modestement nos pas dans ceux de deux grands hommes d’Etat – Konrad Adenauer et Charles de Gaulle - en commémorant ensemble le séjour que le président français fit ici, à Bonn, il y a cinquante ans, à l’invitation du chancelier.

Cette visite du général de Gaulle en septembre 1962 a marqué les mémoires. On se souvient de l’accueil que lui réserva le chancelier dans sa maison de Rhöndorf. C’était un symbole de la volonté partagée d’ouvrir entre la France et l’Allemagne une nouvelle ère d’amitié et de proximité.

De Gaulle avait choisi de dire ici, au balcon de cet hôtel de Ville l’estime et la confiance qu’il éprouvait pour le peuple allemand. Ce discours fut bref mais fort. « Nos deux peuples, disait-il, ont à faire ensemble beaucoup et de grandes choses. [..] Je me sens, plus encore qu’hier, rempli d’estime et de confiance pour le grand peuple que vous êtes, oui ! pour le grand peuple allemand. »

Nous mesurons, à cinquante ans de distance, le poids des mots, des gestes et des symboles d’alors. Il y avait en effet dans les mémoires et dans les cœurs trois guerres récentes, la dernière surtout, si proche de part et d’autre du Rhin, le souvenir présent de tant d’atrocités et de tant de morts. On mesure aujourd’hui le courage et la force qu’il a fallu à ces deux hommes pour renverser ainsi l’histoire.

* *

Les images d’archive de la visite de 1962 montrent la liesse populaire. En écho, vous avez choisi, Monsieur le Maire, de célébrer ce jubilé par une fête dans votre ville. Je vous félicite pour cet engagement. Bonn est la ville du renouveau et de l’espoir. C’est le berceau de la démocratie allemande après 1945 et de la vocation européenne de l’Allemagne.

L’amitié qu’évoquaient Adenauer et de Gaulle, nous l’avons faite vivre d’abord en construisant l’Europe. Défilent dans nos mémoires les souvenirs de ces échanges et de ces dirigeants qui l’ont fait prospérer. La volonté de construire ensemble, entre Français et Allemands, a rendu possible les grandes réalisations de l’Union européenne, de l’Acte unique à l’Union économique et monétaire en passant par les fondements d’une Europe de la défense.

Je pense aussi aux réalisations bilatérales nombreuses. Conformément au souhait du général de Gaulle et du chancelier Adenauer, la jeunesse y a été largement associée, qu’il s’agisse de l’Office franco-allemand de la jeunesse, qui a permis, depuis 1963, à plus de 8 millions de jeunes Français et Allemands de participer à un programme d’échange, ou de l’Université franco-allemande, à la tête d’un large réseau d’établissements d’enseignement supérieur.

* *

Nous sommes les dépositaires de cet héritage ; nous devons être à sa hauteur. Nous voulons faire progresser encore cette amitié que de Gaulle et Adenauer ont nouée entre nos peuples. C’est un devoir vis-à-vis de ceux qui nous ont précédés comme à l’égard de ceux qui viendront après nous. Ce devoir est d’autant plus actuel qu’il n’est pas question de dissimuler les difficultés que nous devons affronter. La crise qui frappe l’économie mondiale, la situation de la zone euro, le doute qui existe chez certains sur notre avenir commun sont des défis que nous devrons relever ensemble.

C’est pourquoi « l’année franco-allemande, cinquantenaire du traité de l’Elysée » est si importante. Dans quelques jours, le 22 septembre, la Chancelière Merkel et le président Hollande l’ouvriront à Ludwigsburg, 50 ans après le discours du général de Gaulle à la jeunesse allemande.

A nous de mettre à profit cette année pour travailler, avec nos autres partenaires, à relancer notre coopération et à remettre l’Europe sur les rails de l’avenir. Les conditions ont changé, mais la coopération européenne n’est pas moins vitale qu’il y a cinquante ans et l’importance du couple franco-allemand, avec ses paramètres fondamentaux, n’est pas moins décisive. Dans la mondialisation, la construction d’une Europe de la croissance durable, de l’emploi et de la prospérité est incontournable. Il faut pour cela de la coopération, de la discipline évidemment, et davantage de solidarité.

J’aimerais ici le souligner : Allemands et Français, nous devons travailler ensemble de façon étroite, mais sur une base d’égalité et sans exclure quiconque, bien au contraire. C’est la force du message franco-allemand de s’adresser à toute l’Europe.

Pour garantir le succès de cette entreprise, notre position est claire : c’est vers plus d’intégration solidaire que nous devons aller, en garantissant pour cela un approfondissement de la démocratie européenne. L’Allemagne a besoin de l’Europe. La France a besoin de l’Europe. L’Allemagne et la France ont besoin à la fois l’une de l’autre et de l’Europe.

* *

Ce message, je veux le passer notamment à la jeunesse. Vous êtes, jeunes participants aux programmes de l’Office franco-allemand de la Jeunesse, jeunes lycéens, les acteurs d’un projet, toujours renouvelé, qui a besoin de vos idéaux, de votre dynamisme, de vos indignations pour continuer à progresser. Peut-être avez-vous le sentiment que l’époque où cet engagement était l’urgence de tout un continent est révolue. Vous avez la chance d’avoir toujours vécu dans une Europe en paix et dans un pays libre. Mais rien n’est jamais acquis. La liberté, la prospérité et la paix sont un héritage fragile. Nous devons le protéger en allant de l’avant.

Vous êtes jeunes, vous êtes prêts à voyager, à tenter l’aventure, à nouer des liens là où la vie vous portera. Vos études le prouvent : vous avez voulu que le champ des possibles ne se limite pas à votre pays natal, mais comprenne aussi la France et l’Europe. C’est un beau choix. Merci d’avoir fait ce pas. Tenez bon, car c’est à vous de porter les couleurs de l’Europe de demain ! N’oubliez jamais qu’en vous engageant pour l’Europe, c’est aussi pour vous que vous vous engagez !

Je forme donc aujourd’hui le vœu que le cinquantième anniversaire qui va bientôt s’ouvrir remette l’Europe sur les rails de l’avenir ; qu’il porte à la fois la gravité qui convient au souvenir et l’espoir qui marque les grandes créations humaines.

Merci à vous tous et vive l’amitié franco-allemande !


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