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Entretien de Yamina Benguigui, ministre de la Francophonie avec le quotidien algérien "TSA" (5 septembre 2012)

Quel est l’objet de votre visite en Algérie et quel en est le programme ?


Je suis ici en tant que ministre de la Francophonie et représentante personnelle du président de la République française auprès de l’OIF. Ma présence s’inscrit dans le cadre de la visite que le président François Hollande effectuera avant la fin de l’année.

J’aurai des entretiens avec le ministre des Affaires étrangères, le ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, la ministre de la Culture et le ministre de l’Éducation nationale. Je visiterai aussi la cinémathèque d’Alger qui est pour moi un lieu chargé de symboles.

François Hollande a annoncé qu’il serait présent au Sommet de la francophonie du 12 au 14 octobre à Kinshasa. Êtes‑vous porteuse d’une "invitation" au président Bouteflika pour une participation à ce sommet ?


L’Algérie a répondu présent quant à sa participation à Kinshasa. Cette année, le grand rendez‑vous de la francophonie se passera en terre africaine où seront réunis 75 États. L’Algérie, qui est le deuxième pays francophone du monde, est toujours très attendue au sein du Sommet. Évidemment, si l’agenda du président Bouteflika le lui permet, sa présence sera un grand événement, comme à Beyrouth en 2002, à Ouagadougou en 2004 et à Québec en 2008, où il était très attendu.

L’Algérie est le deuxième pays francophone après la France. Mais l’usage du français y recule régulièrement. Avez‑vous des idées ou des projets pour remédier à cette situation ?


La culture algérienne francophone est connue du monde entier avec ses auteurs comme Assia Djebar, Boualem Sansal, Yasmina Khadra ou des réalisateurs comme Mohamed Lakhdar Hamina, Merzak Allouache, Mohamed Chouikh, Yasmina Chouikh ou Nadir Mokneche.

S’il existe un recul de la langue dans ce grand pays francophone, c’est regrettable. Car aujourd’hui, la langue française a muté, elle s’est débarrassée des oripeaux du colonialisme et c’est à la France qu’il appartient de transmettre de façon visible cette mutation : la langue française est aujourd’hui une langue solidaire, égalitaire, une langue qui rassemble à hauteur d’homme. Elle doit aujourd’hui être le fleuve qui fédère les peuples de la francophonie.

En tant que réalisatrice, vous avez beaucoup travaillé sur la question de l’immigration et dénoncé les discriminations en France. En tant que membre du gouvernement, comment comptez‑vous poursuivre ce combat ?


Je n’ai pas laissé mon combat contre les préjugés et les discriminations, la place de l’immigré dans la société, à la porte de mon ministère. Mon engagement sur ces questions m’a suivie dans cette maison de la République et sera toujours présent dans toutes les décisions que je prendrai dans le cadre de ma mission.

Relancer une francophonie porteuse de valeurs humanistes, de démocratie, tel est mon objectif. Il y aura dans mon projet de relance un volet qui concernera la francophonie en France. Elle sera en direction des territoires abîmés, maltraités où l’absence de maîtrise de la langue française est un handicap pour l’avenir des jeunes, car la langue est un rempart contre l’ignorance et ses conséquences.

L’Algérie célèbre cette année le 50e anniversaire de son indépendance. Votre père a lutté contre le colonialisme. Comment concevez‑vous la réconciliation entre les deux pays ?


Mon père a lutté pour l’indépendance de son pays et contre la colonisation. Il m’a transmis l’amour et la fierté d’avoir un pays debout. Cette éducation m’a donné une identité de réalisatrice engagée, j’ai toujours utilisé l’image comme une arme incontournable pour lutter contre les préjugés et changer de regard sur l’autre.

Ma volonté était de redonner respect et dignité à nos parents pour que les jeunes puissent se projeter dans le futur. Depuis plus de vingt ans, les débats initiés autour de mes films ont permis de libérer la parole pour regarder vers l’avenir.

La repentance de la France est perçue en Algérie comme un préalable à cette réconciliation…


Avec l’élection du président François Hollande, je perçois une embellie dans les relations entre la France et l’Algérie. C’est un humaniste qui a conscience que nous sommes aujourd’hui arrivés au carrefour historique de ce qui doit se défaire et se faire.

Quels sont les rapports que vous entretenez avec votre pays d’origine ?


Ce sont des rapports très forts, de cœur. C’est le pays d’origine de mes parents, le berceau de ma famille. Ces liens de cœur font partie intégrante de mon identité et de ma personnalité. Ma passion du cinéma est née de ma rencontre avec le cinéma algérien, et surtout Chronique des années de braise, de Mohamed Lakhdar Hamina. Je n’oublierai jamais non plus, ma rencontre avec Boudjemaa Karèche, le directeur de la cinémathèque d’Alger qui m’a dit : « va et deviens une cinéaste ».

Est-il vrai que vous ayez reçu des fleurs de la part du président Bouteflika à l’occasion de votre nomination au gouvernement ?


En effet, j’ai été très émue et honorée de recevoir des fleurs du président Bouteflika. J’ai eu le sentiment de recevoir des fleurs de tout un pays et qui avaient la couleur de l’élégance du cœur.


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