Après des siècles où les méthodes de travail n’ont guère évolué, les lendemains des révolutions de 1848 donnent le départ d’une période de mutation rapide marquée par l’accélération de l’Histoire et des progrès techniques.
Politique et commercial : « distinction surannée et forcée » ( rapport de Berthelot, futur secrétaire général, 1907).
L’installation au quai d’Orsay
C’est plus qu’un changement d’adresse. Pour la première fois, un ministère s’établit dans des bâtiments construits pour lui et qui sont, pour l’époque, relativement fonctionnels. Peu après apparaît le télégraphe. L’ambassade est reliée au Département en temps réel. Les conditions d’exercice du métier sont transformées comme elles ne le seront plus par la suite, même par la dactylographie (1890), le téléphone (fin du siècle) et le chiffrement automatique à partir de 1950. Il faudra attendre l’informatisation des années 1980 et les techniques actuelles pour en trouver l’équivalent.
Démocratisation et structuration
En 1877, la République entreprend de mettre à jour le recrutement du Quai d’Orsay, resté assez aristocratique dans une Europe presque entièrement monarchique. Un concours est institué, aussi difficile que celui des autres grands corps administratifs, mais laissant encore quelque place à la cooptation, c’est-à-dire au choix des nouveaux par les anciens. Un nouvel organigramme sépare en deux directions le politique et le commercial, qui était traité jusqu’alors par la direction des affaires consulaires. Trente ans plus tard, on crée une grande direction des affaires politiques et commerciales à subdivisions géographiques.
Ramification et coordination
Après la guerre de 1914 apparaissent de nouveaux services répondant à des tâches nouvelles : la presse, les œuvres, embryon de la future direction des relations culturelles, la Société des Nations (SDN). Le besoin croissant de coordination conduit en 1920 à institutionnaliser le secrétaire général, apparu pendant la guerre ; il exerce « la haute direction de tous les services » (décret du 21 janvier 1920). En 1945, le ministère revient à la distinction entre affaires politiques et affaires économiques (sauf de 1951 à 1959). Il s’y ajoute la direction générale des relations culturelles puis d’autres services correspondant aux réalités nouvelles : les pactes (gestion des alliances militaires), le désarmement et plus tard la coopération économique européenne. À l’usage, la prolifération des services fonctionnels fait craindre pour la cohésion de la politique menée envers chaque pays. D’où le retour à la géographie avec l’importante réforme de 1976-1978.
Géographisation
Les directions géographiques de la direction politique deviennent autonomes et sont chargées de l’ensemble des affaires bilatérales des pays de leur ressort, qu’elles soient politiques ou économiques, avec un droit de regard sur les affaires culturelles. La direction politique et la direction économique se concentrent sur les affaires multilatérales. La réforme de 1993 avait réuni dans une même direction générale les affaires européennes et économiques, y compris les affaires bilatérales des pays de l’Europe non communautaire, dite « continentale ». Il est vite apparu que ce n’était pas le meilleur moyen de coordonner le pôle européen et le pôle économique. En 1998, cette direction générale disparaît ; des directions autonomes traitent les affaires économiques et financières et les affaires de la Communauté européenne et des pays candidats.